Féminisation du secteur du BTP : Une réalité à amplifier  

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    Dans le cadre de la récente « Journée internationale des droits des femmes », le 08 mars dernier, la Fédération Régionale du Bâtiment et Travaux Publics (FRBTP) de Martinique avait organisé la visite du chantier du nouveau plateau sportif du quartier Rivière Lézarde, au Gros-Morne. Une rencontre dont l’objet était notamment de montrer la présence, active et investie, de femmes dans le secteur du BTP – parmi les neuf professionnelles présentes ce jour-là, sept avaient été conviées sur ledit chantier et deux y travaillent – et de souligner l’intérêt d’un secteur d’activités majeur, offrant diverses perspectives sous nos cieux.

    Steve Patole
    STEVE PATOLE, PRÉSIDENT DE LA FRBTP

    « Nous avons un manque évident de personnels qualifiés », souligna d’emblée Steve Patole, le président de la FRBTP, « et si en Martinique les femmes sont pratiquement à 40% dans l’encadrement dans le BTP, on n’en trouve quasiment pas – même pas 02% – dans le secteur ouvrier. » Le dirigeant d’ajouter : « Le secteur du BTP n’est plus ce qu’il était il y a 20 ans voire même 10 ans en Martinique ; aujourd’hui et grâce aux matériels dont nous disposons, il y a une certaine ‘’facilité’’ à travailler dans ce secteur. Or ‘’on’’ est toujours ancrés dans cette vieille habitude de voir ces métiers du BTP comme fatigants, pénibles physiquement, etc. » Puis Steve Patole de lancer ce rappel opportun : « Le BTP c’est la vie ; rien ne peut se faire sans le Bâtiment et les Travaux Publics : il n’y aurait ni eau courante, ni routes, ni hôpitaux (etc.) sans le BTP. Donc ceux et celles qui veulent travailler pour leur pays, ont tout intérêt à venir travailler dans le BTP. » Le message est lancé. Et de poursuivre : « Je reste persuadé que nous pourrons intégrer beaucoup de femmes dans ce secteur : par exemple en conduite d’engin(s) ou en monteurs électriciens confirmés, monteurs pour lesquels nous avons un besoin aujourd’hui. » Une sensibilisation aux métiers du BTP qui est déjà à l’œuvre. « C’est à nous de faire le travail, de communiquer », souligne en effet le dirigeant, « d’ailleurs nous allons souvent dans les collèges et lycées pour montrer aux jeunes qu’il y a un secteur d’avenir, et qu’au lieu de partir en Métropole ils et elles ont leur place en Martinique. » Puis Steve Patole de glisser, dans un sourire : « Et dans ces établissements scolaires que nous visitons, les filles sont généralement plus curieuses de ces métiers que les garçons, donc il y a de l’espoir. »

    Jean-Yves Bonnaire, secretaire général de la FRBTP
    Jean-Yves Bonnaire, secretaire général de la FRBTP

    « Dès l’adolescence j’ai été attirée par les engins, les camions, etc. » 

    Catherine Maslet et Leslie Scholastique
    Catherine Maslet et Leslie Scholastique

    Parmi les figures féminines présentes pour cette visite, se trouvait une femme pour laquelle ce chantier est particulièrement familier, et pour cause : il s’agit de Leslie Scholastique, conductrice de travaux à l’entreprise JLTP, en charge dudit chantier. « Dès l’adolescence j’ai été attirée par les engins, les camions, etc. », partage la jeune femme, « après des stages et immersions en entreprises, j’étais encore plus motivée par ces métiers donc je me suis inscrite en ‘’BTS Travaux Publics’’ au Lycée Léopold Bissol. Après ça, BTS en poche, j’ai d’abord été aide-conducteur puis aujourd’hui conductrice de travaux, depuis deux ans. » La responsable d’expliquer : « Concrètement il s’agit d’encadrer les équipes de travail, le fonctionnement et l’avancée des chantiers. Le chef de chantier gère au quotidien l’ensemble du chantier et les tâches à exécuter, mais le conducteur est la première personne à donner les consignes. Dès que l’entreprise obtient le marché, le conducteur de travaux étudie le dossier, puis donne les grandes lignes au chef de chantier. Et contrairement au chef de chantier, le conducteur de travaux peut gérer plusieurs chantiers à la fois, ou parfois un seul si le chantier est très complexe. » Le machisme est-il une réalité dans le secteur du BTP en Martinique ? Y avez-vous été confrontée ?, demandons-nous alors. « De façon générale, ça peut arriver », débute Leslie Scholastique, « mais dans mon cas personnel je n’ai pas eu ce type de difficulté pour le moment. » Et de poursuivre : « Je conseille ce métier aux jeunes, dont les femmes, car maintenant tout est fait pour qu’une femme soit aussi à l’aise qu’un homme ; aujourd’hui les conditions permettent d’avoir un chantier très bien aménagé et adapté aux femmes : il faut fournir impérativement des vestiaires, des bureaux pour travailler à distance, des toilettes, etc. Donc les peurs que certaines pensent avoir pour se lancer dans ces métiers, peuvent être levées. Et oui, ce sont des métiers parfois physiques mais il y a des règles de postures ergonomiques qui permettent de pallier à cela, il y a des visites médicales régulières, etc. » Puis la responsable de chantier de conclure, en ces termes choisis : « Aujourd’hui tout est fait pour que tous et toutes – hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, proches de la retraite – puissent travailler dans de bonnes conditions, comme dans les autres secteurs d’activités. »

    « Voir la réalisation finale est une très grande satisfaction » 

    Nathalie Fortunée, directrice de Constructys, entourée de Cédric Lanes, Jean-Yves Bonnaire, et de Yann Honoré

     « Je suis cheffe d’entreprise depuis 27 ans », indique Catherine Maslet, dirigeante de la société SMRC et conductrice de travaux au sein d’une autre structure. Après un ‘’BTS Bâtiment’’, notre interlocutrice débute en bureau d’études puis crée son entreprise de travaux, spécialisée notamment dans la construction de lignes électriques. « Je suis arrivée complètement accidentellement dans le métier », poursuit-elle dans un sourire, « après le collège je voulais être styliste-modéliste, mais n’ayant pas la formation j’ai été orientée vers le dessin en génie civil. Je me suis donc retrouvée dans le secteur du BTP, secteur que j’ai progressivement apprécié, avec une préférence pour le terrain :  organiser les chantiers, gérer les équipes, etc. » Qu’est-ce qui vous plaît tant dans ces fonctions-là ?, demandons-nous alors. « Le fait de voir le passage de l’état brut du terrain, à sa transformation finale, de voir l’évolution et ce qu’on a réalisé concrètement ; il y avait du brut au départ, puis on sort littéralement le projet de terre : voir la réalisation finale est donc une très grande satisfaction (sourire). » Même question qu’à Leslie Scolastique : avez-vous été confrontée à du machisme dans l’exercice de votre profession dans ce secteur ? « Moi j’y suis depuis 27 ans et au début c’était très difficile ; on n’avait pas les réseaux sociaux d’aujourd’hui, qui font que beaucoup d’hommes réfléchissent avant de faire n’importe quoi… », souligne Catherine Maslet. La tonalité est donnée. Puis d’expliquer : « J’ai été victime de harcèlement, à tel point d’avoir eu envie d’arrêter la profession car c’était très compliqué. Mais je constate que, de tout temps, les ouvriers des chantiers avec lesquels nous travaillons ont toujours eu beaucoup de respect pour nous les femmes. Par exemple, les personnes qui m’ont harcelée étaient dans les catégories des décideurs. » Et d’ajouter : « Mais aujourd’hui on est très bien encadrées, beaucoup de choses sont mises en place pour que les gens fassent attention à ce qu’ils font et sachent qu’une femme doit être respectée, sur le terrain et ailleurs. » La dirigeante de partager alors ses convictions, assurant que « c’est un métier où l’on est épanoui.e dans ce que l’on fait et où il y a beaucoup d’évolutions de carrière : d’ouvrier à ingénieur. » Des propos possiblement inspirants : assurément l’une des ambitions de cette visite de chantier.

    Mike Irasque


    Un ambitieux programme de rénovation et construction d’équipements sportifs de proximité

    « Nous sommes au quartier Rivière Lézarde, l’un des plus grands du Gros-Morne, où une aire sportive existe depuis 1987 », explique Alain Dély, le directeur des services techniques et de l’aménagement à la municipalité, « mais cette aire nécessitait une profonde rénovation. » On se dirige donc vers un « plateau multisports » de deux hectares, ce qui implique la réfection du terrain de football ainsi que la création d’un boulodrome de 21 mètres et d’un parcours santé de 700 mètres, prolongé d’un kilomètre supplémentaire dans une seconde phase. En outre, un mini-terrain de basket viendra compléter cette offre. « La politique sportive de la ville s’articule autour de la santé et du bien-être », poursuit Alain Dély, « car le maire, Gilbert Couturier, souhaitait impérativement que chaque quartier-phare dispose de son équipement dédié. » Ainsi après Rivière Lézarde le quartier Glourain sera modernisé ; la municipalité prévoyant par la suite de déployer, dans les quartiers de taille plus modeste, des aires « multisports de proximité » afin que la population puisse pratiquer une activité à deux pas de chez elle. C’est là un ambitieux programme d’infrastructures sportives de proximité qui est décliné au Gros-Morne, « au service du bien-être et du lien social dans chaque quartier. »

    Philippe Pied et Mike Irasque


                                                                                                                                                                                                                                                    

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