MAYOTTE : la mosquée d’Antana-Bé se prépare à renaître après le cyclone CHIDO

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Sélectionnée parmi les 18 projets emblématiques du Loto du patrimoine 2026, la mosquée d’Antana-Bé, située sur le territoire de Chirongui, s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de restauration. Gravement endommagé par le cyclone CHIDO en décembre 2024, l’édifice constitue aujourd’hui le dernier vestige historique encore en élévation de l’ancien village d’Antana-Bé.

Au-delà de la sauvegarde d’un lieu de culte, le projet vise à préserver un témoin rare de l’histoire du sud de Mayotte et à accompagner sa transmission aux générations futures.


Un édifice durement touché par CHIDO

Lorsque le cyclone CHIDO frappe Mayotte en décembre 2024, la mosquée d’Antana-Bé subit des dégâts majeurs. La toiture et la charpente sont presque entièrement arrachées, laissant le bâtiment exposé pendant de longs mois aux fortes pluies, à l’humidité et aux conditions climatiques du littoral mahorais.

Face à l’urgence, la Direction des affaires culturelles (DAC) de Mayotte engage des opérations de sécurisation à la fin de l’année 2025. Une nouvelle charpente est installée ainsi qu’une couverture provisoire afin de protéger l’édifice des intempéries et d’éviter une dégradation irréversible.

Cette première étape a permis de stabiliser la structure. Toutefois, des travaux plus importants demeurent nécessaires pour assurer la pérennité du bâtiment et permettre sa réouverture aux fidèles.

Le dernier témoin d’un village déplacé

L’histoire de la mosquée est indissociable de celle d’Antana-Bé, l’un des plus anciens villages de Mayotte.

Le village est fondé en 1890 par Mzé Mhami et sa famille, originaires de Madagascar. Son nom, issu des mots malgaches tanana et , signifie littéralement « grand village ». La première mosquée est alors construite à partir de matériaux végétaux, notamment de terre et de feuilles de cocotier.

En 1930, l’édifice est reconstruit en dur à l’aide de moellons de pierre basaltique assemblés au mortier de chaux. Implantée sur un socle maçonné légèrement surélevé, la mosquée présente une architecture simple et fonctionnelle. Sa composition presque symétrique et l’absence d’ornementation témoignent de la sobriété des constructions religieuses locales de l’époque.

Mais l’histoire du village bascule plusieurs décennies plus tard. En 1987, un programme de résorption de l’habitat insalubre conduit les habitants à quitter le site pour s’installer à quelques centaines de mètres de là, dans l’actuel village de Poroani. Peu à peu, les constructions disparaissent.

Aujourd’hui, la mosquée constitue l’unique vestige historique encore debout de l’ancien village d’Antana-Bé.

Consolider les maçonneries et reconstruire durablement

La restauration prévue vise désormais à dépasser les seules mesures d’urgence mises en œuvre après le cyclone.

Le programme prévoit notamment la reprise et la consolidation des structures maçonnées, le renforcement des murs existants ainsi que la réalisation d’une nouvelle charpente et d’une couverture pérennes capables de mieux résister aux conditions climatiques du territoire.

L’objectif est de sécuriser durablement l’édifice tout en respectant ses caractéristiques patrimoniales.

La sélection par la Mission Patrimoine en mars 2026 doit permettre d’accélérer ce chantier. La fin des travaux est actuellement envisagée pour janvier 2027.

Une mobilisation engagée avant même le cyclone

La sauvegarde du site ne date pas du passage de Chido. Bien avant la catastrophe, la mosquée et l’ancien village d’Antana-Bé faisaient déjà l’objet d’une attention particulière de la part des acteurs publics.

En 2022, la DAC de Mayotte et le Conservatoire du littoral avaient lancé un appel à projets consacré à l’entretien et à la mise en valeur du site. Cette démarche témoignait déjà de l’intérêt patrimonial reconnu à cet ensemble historique.

Après le cyclone, la mobilisation s’est élargie. Des étudiants en architecture venus de La Réunion ont participé aux opérations de sécurisation aux côtés de l’agence Building for Climate. L’association des fidèles s’est également impliquée dans la préservation du lieu, en lien avec la mairie de Chirongui et les services de l’État.

Préserver un repère historique du sud de Mayotte

La restauration de la mosquée d’Antana-Bé dépasse la seule remise en état d’un bâtiment endommagé. Elle vise à préserver l’un des rares témoins matériels de l’histoire d’un village aujourd’hui disparu et à maintenir vivant un lieu profondément ancré dans la mémoire locale.

Dans un territoire encore marqué par les conséquences du cyclone Chido, ce chantier illustre également les défis auxquels sont confrontés les patrimoines ultramarins : protéger des édifices historiques exposés à des aléas naturels de plus en plus intenses tout en assurant leur transmission aux générations futures.