Sargasses : un défi de plus en plus coûteux pour les Antilles françaises

0
sargasses

Selon une note publiée en janvier 2026 par le partenariat CEROM (IEDOM, Insee et AFD), les sargasses ne constituent plus seulement un enjeu environnemental dans les Antilles françaises.

La multiplication des échouements, leur intensification et leur extension dans le temps entraînent désormais des coûts croissants pour les collectivités, l’État et les acteurs économiques. Collecte, stockage, traitement, surveillance sanitaire ou encore équipements de protection mobilisent des moyens humains et financiers de plus en plus importants.


Les échouements de sargasses changent d’échelle dans les Antilles françaises

Présentes de manière récurrente depuis 2011, les sargasses connaissent une expansion qui inquiète les collectivités et les services de l’État. La note CEROM souligne que l’année 2025 figure parmi les plus marquantes depuis le début du suivi satellitaire du phénomène.

Dans l’océan Atlantique, un record a même été atteint au mois de mai avec une biomasse estimée à 37,5 millions de tonnes.

Au-delà de leur volume, c’est également l’évolution du calendrier des échouements qui préoccupe les observateurs. Alors que les arrivages étaient historiquement concentrés entre mars et septembre, des épisodes importants ont désormais lieu en dehors de cette période.

Les auteurs de la note évoquent une désaisonnalisation progressive du phénomène, laissant craindre des échouements tout au long de l’année.

Les territoires les plus exposés restent les façades atlantiques des îles. En Martinique, environ 70 kilomètres de côtes, soit 16 % du littoral, sont régulièrement touchés.

En Guadeloupe, près de 83 kilomètres de côtes sont concernés, représentant 12 % du littoral.

Les îles du Nord sont également affectées, tandis que la Guyane a connu des échouements importants au printemps 2026, un phénomène jusqu’alors relativement limité sur ce territoire.


Collecte en mer, ramassage à terre : des moyens de plus en plus importants

Face à l’augmentation des volumes, les dispositifs de collecte ont considérablement évolué ces dernières années.

La Martinique mise sur la collecte en mer

La Martinique a développé une stratégie reposant en partie sur la collecte en mer. En 2025, plus de 30 000 big bags ont été récupérés, soit environ 7 634 tonnes ou 45 000 m³ de sargasses fraîches. Les quantités collectées ont été multipliées par cinq par rapport à 2024 et par dix par rapport à 2023.

Cette montée en puissance repose sur plusieurs équipements spécifiques, notamment les barrages anti-sargasses installés au François et au Robert, les navires de collecte de type Sargator ainsi que la mobilisation des marins-pêcheurs.

Ces derniers assurent d’ailleurs plus de 70 % des opérations de récupération en mer.

La Guadeloupe privilégie le ramassage à terre

La situation est différente en Guadeloupe, où le ramassage reste principalement réalisé à terre. En 2025, 152 720 m³ de sargasses y ont été collectés. Les volumes les plus importants ont été enregistrés à Capesterre-de-Marie-Galante, avec 50 000 m³, devant La Désirade et Sainte-Anne.

Les îles du Nord font également face à des volumes considérables. Plus de 9 000 tonnes ont été ramassées à Saint-Martin en 2025, tandis que Saint-Barthélemy a dépassé les 14 000 tonnes.


Plus de 50 millions d’euros de besoins identifiés pour les prochaines années

L’augmentation des échouements s’accompagne logiquement d’un effort financier croissant.

Le plan Sargasses II a mobilisé 36 millions d’euros

Entre 2022 et 2025, le plan Sargasses II a mobilisé 36 millions d’euros pour la Martinique, la Guadeloupe et les îles du Nord.

Ces financements ont permis de soutenir la collecte, l’installation de barrages, le stockage, les études environnementales et sanitaires ainsi que le développement de projets de valorisation.

La période a également été marquée par une structuration progressive de la gouvernance. En Martinique, un Groupement d’intérêt public (GIP) est devenu opérationnel en septembre 2024.

Il associe l’État, la Collectivité territoriale de Martinique et les intercommunalités afin de coordonner les actions liées aux sargasses.

Plus de 50 millions d’euros déjà estimés pour la période 2026-2029

Les besoins identifiés pour les prochaines années atteignent déjà :

  • 22,7 M€ pour la Martinique ;
  • 29 M€ pour la Guadeloupe ;
  • plus de 50 M€ au total avec les Îles du Nord.

Ces montants concernent notamment le renforcement de la collecte, le développement des infrastructures de stockage, l’acquisition de nouveaux équipements et la poursuite des actions de prévention.

Collecte, stockage et traitement : des dépenses qui progressent rapidement

La gestion quotidienne des sargasses représente déjà une charge importante pour les finances publiques.

En Martinique, l’État a consacré plus de 4 millions d’euros en 2025 au financement du ramassage à terre assuré par les Ateliers et Chantiers d’Insertion. Cette activité mobilise l’équivalent de 172,5 emplois à temps plein sur l’année.

La collecte en mer a représenté de son côté un coût de 1,7 million d’euros en 2025. Si cette dépense est supérieure à celle de 2024, l’augmentation des volumes collectés a permis de réduire fortement le coût unitaire.

Celui-ci est passé de 707 euros par tonne en 2024 à environ 230 euros par tonne en 2025.

Dans le détail, ce coût moyen se répartit entre :

  • 130 €/t pour la collecte ;
  • 45 €/t pour le transfert ;
  • 26 €/t pour le stockage ;
  • 25 €/t pour l’immersion ;
  • 4 €/t pour la coordination.

En Guadeloupe, le coût du ramassage à terre est estimé à 3,2 millions d’euros pour l’année 2025. À Saint-Martin, les opérations de collecte et de transport vers les sites de stockage ont dépassé un million d’euros.

À Saint-Barthélemy, les dépenses liées à la collecte et au transport atteignaient déjà 1,28 million d’euros en 2024.

Au-delà des coûts de fonctionnement, les investissements nécessaires restent importants. Selon la Direction de la mer de Martinique, une chaîne complète de collecte en mer — comprenant la collecte, le transfert, le stockage et l’immersion — représente environ un million d’euros d’investissement.

Le stockage reste l’un des principaux défis à résoudre

Si la collecte progresse rapidement, le stockage apparaît aujourd’hui comme l’un des maillons les plus fragiles de la filière.

La Martinique dispose actuellement de huit sites de stockage, contre douze en Guadeloupe. La plupart ont été créés dans l’urgence au fil des crises successives et ne répondent pas toujours aux exigences techniques et environnementales nécessaires à une gestion durable du phénomène.

La note CEROM souligne que plusieurs sites sont saturés, insuffisamment équipés ou ne disposent pas des infrastructures adaptées pour gérer les jus de sargasses, les émissions gazeuses ou les risques de contamination environnementale.

Les auteurs rappellent également que le stockage devrait idéalement permettre un prétraitement des algues, comprenant notamment le dessablage, le tri, le séchage ou encore la stabilisation des effluents.

Des sites pilotes sont actuellement en préparation au Robert, en Martinique, et à Saint-François, en Guadeloupe.

Pour les prochaines années, les besoins financiers liés au stockage sont estimés à 1,4 million d’euros en Martinique et à 1,8 million d’euros en Guadeloupe, sans compter les investissements nécessaires à la création des nouvelles installations.

Derrière les coûts, des enjeux économiques pour les territoires

La facture ne se limite pas aux dépenses publiques.

Les échouements affectent directement la pêche, les activités nautiques, la restauration et le tourisme littoral. En Martinique, une enquête menée auprès de 517 entreprises estimait déjà les pertes annuelles à environ 1,5 million d’euros dans les communes les plus exposées.

En 2025, plusieurs restaurants et établissements touristiques de Marie-Galante ont dû interrompre leur activité, tandis que les activités nautiques ont été perturbées à Saint-Barthélemy et que le port du Marigot, en Martinique, a été bloqué par les sargasses.

À ces pertes d’exploitation s’ajoutent des dommages matériels. Les travaux du projet CORSAiR ont confirmé les effets corrosifs des gaz émis lors de la décomposition des algues, susceptibles d’endommager véhicules, équipements, moteurs de bateaux et infrastructures techniques.


Consulter ici la note publiée en janvier 2026 par le partenariat CEROM (IEDOM, Insee et AFD)