Toitures en tôle, dalles béton, façades ou pieds de murs : les infiltrations relevées dans les maisons mahoraises prennent des formes multiples. Le manuel publié par le CAUE de Mayotte en recense douze, à partir des désordres étudiés lors de 280 visites-conseils réalisées en 2025. Une fois entrée dans l’ouvrage, l’eau peut atteindre les armatures, dégrader le béton et favoriser l’apparition de fissures.
Six points sensibles dans les parties hautes
Les premières entrées d’eau se situent au niveau des toitures et des éléments qui les supportent. Le CAUE identifie 6 situations :
- un débord de toiture trop grand ou mal fixé,
- une toiture de varangue raccordée à la couverture principale,
- des pannes trop espacées,
- une tôle de rive inadaptée,
- une dalle béton infiltrée
- et une poutre touchée par l’humidité.
Sur les toitures en pente, la résistance de la couverture dépend notamment de la charpente, des fixations et du traitement des jonctions. Lors de fortes tempêtes ou d’épisodes cycloniques, les tôles peuvent se soulever ou s’arracher. Les percements laissés par des fixations dégradées et les raccords mal exécutés créent alors des passages pour l’eau.
Les angles de toiture constituent également des zones sensibles. Faîtage, arêtiers et rives doivent correspondre au type de tôle utilisé et disposer d’un nombre suffisant de fixations. La liaison entre la toiture principale et un auvent ou une varangue peut aussi transmettre les efforts du vent et favoriser les infiltrations lorsqu’elle est mal conçue.
Une dalle béton laissée nue reste exposée
La toiture-terrasse présente d’autres risques. Selon le manuel, une dalle béton laissée sans protection étanche laisse pénétrer l’eau, qui peut ensuite atteindre les armatures métalliques et provoquer leur corrosion.
La seule imperméabilisation de la surface ne suffit pas toujours. L’eau doit aussi pouvoir s’écouler. Le document prévoit notamment une chape présentant une pente minimale de 2 %, destinée à orienter les eaux pluviales vers une évacuation. Acrotère, relevé d’étanchéité, couvertine ou trop-plein complètent le dispositif selon la configuration de la toiture.
L’état de la dalle doit toutefois être vérifié avant l’ajout de nouveaux ouvrages. Une chape ou une surtoiture représente une charge supplémentaire, en particulier lorsque la structure a déjà subi des infiltrations ou une surélévation.
Les façades et les ouvertures prolongent le parcours de l’eau
L’eau atteint aussi les parties verticales du bâtiment. Parmi les situations illustrées figurent le débord d’une dalle, une façade infiltrée, une menuiserie laissant passer l’eau et un escalier extérieur exposé aux intempéries.
Ces désordres apparaissent souvent au niveau des jonctions. Un nez de dalle sans protection peut laisser l’eau ruisseler sur la façade inférieure. Autour des portes et des fenêtres, des raccords dégradés ou une étanchéité insuffisante favorisent l’humidité à l’intérieur du logement.
Les escaliers extérieurs sont eux aussi directement exposés. L’eau peut pénétrer dans le béton, atteindre les armatures et provoquer des dégradations sur les marches, les paliers ou les éléments qui les soutiennent.
Au pied des murs, ruissellement et capillarité se cumulent
Les deux derniers points recensés concernent un pied de mur creusé par le ruissellement et un pied de poteau infiltré. Ces zones proches du sol concentrent les eaux qui tombent de la toiture ou circulent sur la parcelle.
Lorsque les fondations et la base des murs manquent de protection, l’humidité présente dans le sol peut remonter dans la maçonnerie par capillarité. Ce phénomène entretient l’humidité au pied des façades et fragilise progressivement les matériaux.
La gestion de l’eau dépasse donc l’enveloppe du bâtiment. Une cunette peut guider les eaux de surface, tandis qu’un drain enterré les collecte avant qu’elles n’atteignent les fondations. Le CAUE conseille également de conserver des surfaces végétalisées permettant l’infiltration dans le sol, plutôt que de bétonner l’ensemble des espaces extérieurs.
Lorsque les fondations sont creusées ou fissurées, le manuel oriente les propriétaires vers un bureau d’études.
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L’infiltration peut accélérer la fissuration
Dans les éléments en béton armé, l’eau et les fissures entretiennent un même processus de dégradation. L’humidité atteint les fers, qui commencent à rouiller. Leur corrosion peut ensuite faire éclater le béton qui les entoure.
Les nouvelles fissures facilitent à leur tour l’entrée de l’eau. Le phénomène peut alors s’étendre si la cause initiale — défaut de couverture, absence d’étanchéité, ruissellement ou mauvaise évacuation — reste en place. Le CAUE précise qu’un béton éclaté peut présenter un risque pour la stabilité du bâti, en particulier lorsque les aciers sont fortement corrodés ou que les fissures sont profondes.
Le diagnostic détermine le niveau d’intervention
Une réparation doit porter à la fois sur la zone dégradée et sur l’origine de l’infiltration. Reboucher une fissure ou reprendre un enduit sans traiter l’entrée d’eau expose l’ouvrage à de nouvelles dégradations.
Le niveau d’intervention dépend ensuite de l’élément concerné. Certaines protections temporaires peuvent être mises en œuvre rapidement. Les travaux qui touchent la charpente, une dalle, les fondations ou un élément porteur demandent en revanche une vérification technique et, selon les cas, l’intervention d’une entreprise qualifiée ou d’un bureau d’études.
Du toit jusqu’aux fondations, les infiltrations concernent l’ensemble de la maison. Le prochain volet présentera les solutions proposées pour protéger les couvertures, les dalles, les murs et les éléments en béton.

Vous pouvez télécharger ici le document : https://caue976.fr/hodi-lemanuel/









