Un an après la publication du guide HODI consacré à la (re)construction, le CAUE de Mayotte publie un Manuel de réparation des maisons mahoraises maçonnées. Élaboré à partir de 280 visites-conseils réalisées en 2025, ce document identifie les désordres les plus fréquemment observés dans les logements maçonnés de l’île. Infiltrations, fissures et surélévations figurent parmi les problématiques qui ressortent de ce travail de terrain.
Les constats réunis dans ce manuel permettent de mieux comprendre les principales fragilités du parc résidentiel mahorais. Ils montrent que les dégradations résultent d’un ensemble de facteurs, allant de l’exposition aux aléas naturels jusqu’aux choix constructifs ou aux transformations réalisées au fil du temps.
Trois facteurs reviennent régulièrement dans les diagnostics
Les 280 visites-conseils menées par le CAUE concernent différents types de maisons maçonnées, des anciennes cases SIM aux constructions en parpaings ou couvertes d’une dalle béton. Elles avaient pour objectif d’identifier les désordres les plus courants et d’en analyser les causes.
Premier constat : les phénomènes naturels continuent de mettre les constructions à rude épreuve. Les cyclones, les fortes pluies, les glissements de terrain, les débordements de cours d’eau et les séismes exercent des contraintes importantes sur les bâtiments.
Les observations mettent également en évidence plusieurs défauts de conception ou de mise en œuvre. Fondations peu profondes, armatures insuffisamment protégées, mauvais dosage du béton ou encore absence d’étanchéité des dalles figurent parmi les situations régulièrement rencontrées. Ces défauts favorisent ensuite l’apparition de désordres qui s’aggravent progressivement avec le temps.
Les surélévations constituent enfin un troisième facteur récurrent. Plusieurs maisons ont fait l’objet d’extensions successives sans adaptation des fondations ou des éléments porteurs. Les diagnostics relèvent notamment des structures non alignées, des charges supplémentaires sur des dalles déjà fragilisées ou encore des fondations devenues inadaptées à l’évolution du bâtiment.
L’eau concentre une grande partie des désordres observés
Les infiltrations apparaissent comme l’une des pathologies les plus fréquentes relevées lors des visites de terrain. Elles concernent de nombreux éléments du bâtiment, depuis la toiture jusqu’aux fondations.
Le manuel identifie plusieurs points sensibles : débords de toiture mal fixés, dalles béton infiltrées, façades exposées aux ruissellements, menuiseries, escaliers extérieurs, pieds de murs, poteaux ou encore poutres. Lorsque l’eau pénètre dans la structure, elle accélère la corrosion des armatures métalliques, dégrade le béton et favorise l’apparition de nouvelles fissures.
Les diagnostics montrent également que la gestion des eaux pluviales autour des habitations joue un rôle important. L’absence de drainage, des protections insuffisantes au niveau des murs ou des ouvrages d’étanchéité dégradés contribuent à fragiliser progressivement les constructions.
Des fissurations aux origines multiples
La seconde grande famille de pathologies concerne les fissurations des éléments maçonnés.
Les visites ont permis d’identifier des fissures sur les poteaux, les poutres, les murs en parpaings chaînés ainsi qu’autour des ouvertures. Le manuel distingue également plusieurs formes de fissuration, notamment verticales, horizontales ou obliques, qui peuvent traduire des phénomènes différents selon leur localisation et leur évolution.
Les observations montrent que ces désordres résultent souvent de plusieurs causes combinées : infiltrations prolongées, corrosion des aciers, mouvements de terrain, défauts constructifs ou modifications successives de la structure. L’identification de l’origine de la fissure constitue ainsi une étape préalable avant toute intervention.
Un diagnostic qui oriente les méthodes de réparation
Le manuel est organisé autour de deux grandes problématiques : protéger les maisons contre les infiltrations d’eau et réparer les éléments maçonnés dégradés. Pour chaque situation, il présente les principales solutions techniques, en distinguant les interventions temporaires des réparations durables.
Les recommandations portent notamment sur la consolidation des toitures, l’étanchéité des dalles béton, la protection des pieds de murs, la réparation des bétons dégradés ou encore le traitement des poteaux, poutres et murs en parpaings. Les interventions sont également classées selon leur niveau de complexité, leur coût et les situations nécessitant le recours à un bureau d’études ou à une entreprise qualifiée.
Au-delà de la publication du manuel, les 280 visites-conseils réalisées en 2025 dressent un état des lieux des désordres les plus fréquemment rencontrés sur les maisons mahoraises maçonnées. Elles mettent en évidence des pathologies récurrentes et les principaux facteurs qui les favorisent, offrant ainsi une lecture concrète des enjeux de réparation et de préservation du bâti existant à Mayotte.

Vous pouvez télécharger ici le document : https://caue976.fr/hodi-lemanuel/
Dans le prochain article, Bâtisseurs Outre-Mer reviendra sur l’un des principaux enseignements des diagnostics : les infiltrations d’eau, leurs causes et les solutions techniques proposées pour protéger durablement les maisons mahoraises.









