MAYOTTE. Construction en terre comprimée : des règles professionnelles issues de 40 ans de pratique

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À Mayotte, quarante ans de construction en blocs de terre comprimée (BTC) ont servi de base à l’élaboration de règles professionnelles, validées en juin 2022. Présentée lors de BATIMAT 2026, cette démarche s’appuie sur un patrimoine estimé à près de 40 millions de blocs, selon ART.TERRE Mayotte.

Développée notamment dans le logement social et les équipements publics, la filière disposait d’un savoir-faire éprouvé, mais encore insuffisamment encadré. La norme expérimentale XP P13-901, consacrée au produit BTC, ne couvrant pas la conception et la mise en œuvre des ouvrages, la formalisation de règles communes devait permettre de sécuriser les pratiques constructives.


 

Une filière développée depuis les années 1980

Le développement de la construction en BTC à Mayotte remonte au début des années 1980, dans le cadre d’une politique de l’habitat adaptée aux réalités locales. En 1983, un chantier expérimental est réalisé à Passamainty avec l’appui technique de CRAterre.

Cette opération participe à la mise en place d’une filière qui se structure progressivement autour des artisans, des producteurs et des acteurs institutionnels.

La Société immobilière de Mayotte (SIM) joue alors un rôle central, notamment dans la programmation des opérations, la formation des professionnels, le développement des matériaux, le contrôle de leur production et l’approvisionnement des chantiers.

Au fil des réalisations, les professionnels accumulent des connaissances sur les systèmes constructifs, les conditions de mise en œuvre et la durabilité des ouvrages. Ce retour d’expérience constitue le socle des travaux de formalisation engagés plusieurs décennies plus tard.

Deux années de travaux pour formaliser les pratiques

La rédaction des règles professionnelles débute en février 2020, sous l’impulsion d’ART.TERRE Mayotte, avec l’assistance technique de CRAterre.

La démarche mobilise un comité d’environ 30 acteurs, comprenant notamment des briquetiers, des maçons et des architectes, ainsi qu’une dizaine d’experts contributeurs. L’entreprise AC BTP figure également parmi les professionnels associés.

Les travaux s’appuient sur les acquis techniques existants, notamment l’Appréciation technique d’expérimentation (ATEx) BTC Mayotte A 2855. Plusieurs versions du document sont successivement examinées afin de définir les conditions d’utilisation des blocs et les exigences applicables aux ouvrages.

Les discussions portent notamment sur les méthodes de dimensionnement, les limites d’emploi, les mortiers de terre, la protection des façades ou encore les fixations et les ancrages.

Les rédacteurs doivent trouver un équilibre entre un référentiel suffisamment ouvert pour tenir compte des pratiques constructives et des prescriptions garantissant leur maîtrise technique.

Présenté devant une première sous-commission de la Commission Prévention Produits (C2P) en avril 2022, le texte fait l’objet de demandes de modifications. Un deuxième examen intervient en mai, avant sa validation en juin 2022 et sa publication le mois suivant.

Un cadre technique pour sécuriser les constructions

Les règles professionnelles encadrent les principales étapes de réalisation des ouvrages en BTC. Le référentiel couvre notamment :

  • les domaines d’application et les matériaux utilisés ;
  • la conception, le dimensionnement et les dispositions constructives ;
  • la mise en œuvre et le contrôle qualité ;
  • l’identification des principaux désordres et leurs traitements ;
  • les qualifications des entreprises.

Le référentiel distingue plusieurs catégories d’ouvrages. Il prévoit notamment, dans les conditions définies :

  • des maçonneries porteuses chaînées jusqu’à R+3 ;
  • des remplissages d’ossature en béton jusqu’à R+5 ;
  • des remplissages d’ossature en bois ou en métal jusqu’à R+1.

Les parois enterrées restent exclues de son domaine d’application.

Ces prescriptions tiennent compte des contraintes propres à Mayotte, notamment l’exposition aux vents cycloniques, la sismicité et l’humidité. Elles visent également à renforcer la lisibilité technique des procédés et à faciliter l’assurabilité des ouvrages dans le cadre prévu.

La formalisation de ces règles constitue ainsi un acquis pour les professionnels de la construction en terre comprimée.

ART.TERRE Mayotte souligne toutefois la nécessité de poursuivre les retours d’expérience sur les chantiers, la formation des entreprises et l’amélioration de la qualité de production afin de faire évoluer les pratiques et le référentiel.


A consulter : RÈGLES PROFESSIONNELLES BTC MAYOTTE