Loger une population en forte croissance : le défi de MAYOTTE

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Mayotte compte désormais 323 153 habitants. Au-delà de ce nouveau repère démographique, les premiers résultats du recensement exhaustif de l’Insee mettent en lumière un défi majeur pour l’aménagement du territoire : la densité atteint 860 habitants au km², alors que le logement collectif reste très minoritaire.

Dans une île engagée dans la reconstruction après le cyclone CHIDO, cette évolution oblige à penser conjointement la production de logements, la transformation des formes d’habitat et le renforcement des équipements publics.


Une population en hausse de 26 % depuis 2017

Au 1er janvier 2026, Mayotte compte précisément 323 153 habitants, soit 66 635 personnes de plus qu’au précédent recensement exhaustif de septembre 2017. La population a progressé de 26 % en un peu plus de huit ans et a doublé depuis 2002.

Entre 2017 et 2026, le territoire a gagné environ 8 000 habitants par an en moyenne. Avec une croissance annuelle de 2,8 %, Mayotte reste le département français où la population augmente le plus rapidement. Le rythme observé est deux fois supérieur à celui de la Guyane, deuxième département le plus dynamique sur la période étudiée.

Ces chiffres fournissent une nouvelle échelle de référence pour la programmation des logements et des infrastructures. Ils confirment que les besoins résidentiels ne relèvent pas d’une hausse ponctuelle, mais d’une progression durable de la population.

860 habitants au km², mais peu de logements collectifs

Pour les acteurs de la construction et de l’aménagement, l’un des principaux enseignements du recensement concerne la densité. Celle-ci est passée de 690 habitants au km² en 2017 à 860 en 2026.

Seuls cinq départements franciliens présentent une densité supérieure. Ces territoires sont toutefois beaucoup plus urbanisés et disposent d’une part importante d’habitat collectif. À Mayotte, le collectif ne représentait encore que 8 % des logements en 2024, avant le passage de CHIDO.

Ce contraste souligne la singularité du modèle résidentiel mahorais. Le territoire atteint une densité comparable à celle de départements fortement urbanisés sans disposer de la même structuration du parc de logements.

La croissance démographique accentue ainsi la pression sur les espaces disponibles. L’enjeu ne consiste plus seulement à construire davantage, mais à produire des logements adaptés aux besoins familiaux tout en limitant l’extension désordonnée de l’urbanisation.

Un parc déjà confronté à de fortes fragilités

Les nouveaux résultats de population ne fournissent pas encore un état détaillé du parc après Chido. Les données antérieures permettent néanmoins de mesurer les difficultés structurelles auxquelles la reconstruction doit répondre.

À titre de repère, l’enquête logement de l’Insee de 2017 estimait que 39 % des résidences principales relevaient de l’habitat précaire, notamment des constructions en tôle, en bois, en matériaux végétaux ou en terre. Près de 29 % des ménages ne disposaient pas d’un point d’eau à l’intérieur de leur résidence principale.

La même enquête indiquait que 59 % des résidences principales ne bénéficiaient pas du confort sanitaire de base et que 10 % étaient dépourvues d’électricité. Elle faisait également apparaître un taux de surpeuplement de 57 %, dans un territoire où les logements sont souvent de taille modeste alors que les familles sont nombreuses.

Ces données datent de 2017 et ne peuvent pas être présentées comme une photographie du parc en 2026. Elles montrent toutefois que le cyclone a frappé un territoire où une part importante de l’habitat était déjà fragile, insuffisamment équipée ou fortement occupée.

Le poids limité du logement social constitue une autre contrainte. Selon les données réunies par l’IEDOM auprès de la Société immobilière de Mayotte et d’AL’MA, le parc comptait 1 410 logements sociaux en 2025. Cette même année, 268 logements sociaux avaient été financés.

Rapportée à l’évolution démographique, cette offre illustre l’écart entre la progression des besoins et les capacités actuelles du parc organisé.

Densifier sans dégrader les conditions d’habitat

Le développement de formes d’habitat plus compactes apparaît comme l’un des leviers possibles pour accompagner cette évolution. Il ne peut toutefois se résumer à augmenter le nombre de logements sur une même parcelle ou à multiplier les bâtiments à plusieurs niveaux.

À Mayotte, la densification devra intégrer la taille des ménages, la qualité des logements, la ventilation naturelle, les espaces communs et l’accès aux services de proximité. La fréquence du surpeuplement rappelle notamment que des logements plus compacts ne doivent pas devenir des logements trop petits pour les familles auxquelles ils sont destinés.

Les constructions devront aussi être adaptées aux contraintes du territoire : risques cycloniques et sismiques, mouvements de terrain, fortes pluies et difficultés d’accès à certains secteurs.

La capacité des réseaux constitue un autre point déterminant. Une opération résidentielle ne peut être pensée indépendamment de l’accès à l’eau, à l’assainissement, à l’électricité, à la voirie et aux transports. Une densification qui ne serait pas accompagnée par les infrastructures nécessaires risquerait d’accentuer les difficultés existantes.

L’Insee doit publier, à la fin de 2026, une première analyse détaillée de la population et des logements à partir des informations collectées pendant le nouveau recensement. Elle sera suivie de travaux plus approfondis en 2027, notamment sur la structure du parc et la part du bâti en tôle.

Ces données permettront de mieux apprécier l’évolution des conditions d’occupation et l’état du logement après Chido.

Mamoudzou concentre près de trois Mahorais sur dix

La pression urbaine demeure particulièrement forte à Mamoudzou. La population du chef-lieu atteint environ 94 600 habitants, soit près de trois Mahorais sur dix, après une progression de plus de 23 000 résidents depuis 2017.

Avec Koungou et les deux communes de Petite-Terre, le quart nord-est de Mayotte concentre désormais la moitié de la population de l’île.

Cette concentration renforce les enjeux de mobilité, de maîtrise foncière et de raccordement aux réseaux structurants. La production de logements devra être coordonnée avec l’amélioration des dessertes, l’implantation des activités économiques et la capacité des services publics.

Une croissance trop concentrée autour de Mamoudzou pourrait également accentuer les déséquilibres entre les pôles d’emploi, les zones résidentielles et les communes moins équipées. L’aménagement devra donc chercher à rapprocher logements, services et activités sans augmenter davantage les déplacements quotidiens.

De nouveaux foyers de croissance dans l’ouest

Le recensement montre que la hausse de la population ne concerne plus uniquement Mamoudzou et le nord-est.

Les progressions les plus fortes entre 2017 et 2026 sont observées dans l’ouest de Mayotte. Chiconi enregistre une croissance annuelle moyenne de 8,6 % et voit sa population doubler depuis 2017. M’Tsangamouji progresse de 7,7 % par an, tandis que Mtsamboro affiche une hausse annuelle moyenne de 5 %.

Cette évolution impose d’anticiper les investissements dans des communes dont les besoins pourraient continuer à croître rapidement. La programmation de nouveaux logements devra s’accompagner de réseaux, de voiries et d’équipements de proximité adaptés.

Elle peut aussi constituer une occasion de mieux répartir la croissance à l’échelle de l’île, à condition que le développement résidentiel soit soutenu par une implantation cohérente des services publics et des activités.

Les écoles au cœur de la programmation urbaine

La croissance mahoraise repose principalement sur un solde naturel très positif. Entre septembre 2017 et la fin de 2025, l’excédent des naissances sur les décès a atteint 73 200 personnes.

Cette dynamique confirme le caractère durable des besoins en logements familiaux et en équipements destinés à une population jeune.

En octobre 2025, 117 960 élèves étaient déjà scolarisés dans les premier et second degrés à Mayotte. Les effectifs scolaires ont progressé de 2,2 % par an en moyenne entre 2017 et 2025.

La construction et l’extension des établissements scolaires deviennent donc indissociables de la programmation résidentielle. La création d’un nouveau quartier ne peut être envisagée sans tenir compte des capacités d’accueil des écoles, des déplacements des élèves et de l’accessibilité des services.

Reconstruire pour une population en croissance

Ces premiers résultats offrent une base démographique actualisée pour orienter la reconstruction après Chido. Les projets devront réparer les dommages tout en anticipant des besoins durables en logements, réseaux et équipements.

À Mayotte, construire davantage ne suffira pas : l’enjeu sera aussi de produire un habitat plus résilient et d’organiser un développement mieux équilibré du territoire.