L’accès à la propriété ne se résume pas à une moyenne à l’échelle de la Martinique. Derrière l’évolution globale des prix se cachent des disparités territoriales importantes, qui placent certains secteurs parmi les plus difficiles d’accès pour les ménages locaux, tandis que d’autres conservent un niveau de prix plus abordable. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude publiée par l’ADDUAM sur les perspectives d’accès à la propriété dans l’île.
Des marchés immobiliers aux réalités très contrastées
Les données analysées par l’ADDUAM montrent que les prix médians des maisons varient fortement d’une commune à l’autre. Sur la période 2020-2023, les Trois-Îlets affichent un prix médian atteignant 4 862 €/m², devant Le Diamant (3 673 €/m²), les Anses-d’Arlet (3 670 €/m²) ou encore Sainte-Luce (3 225 €/m²).
À l’inverse, plusieurs communes du Nord présentent des niveaux nettement inférieurs, comme Grand’Rivière (476 €/m²), Macouba (845 €/m²), Bellefontaine (1 284 €/m²) ou Basse-Pointe (1 347 €/m²).
Ces écarts illustrent l’existence de plusieurs marchés immobiliers au sein d’un même territoire, avec une pression particulièrement marquée dans les communes littorales et touristiques.*

Le ratio prix/revenus révèle l’intensité de la pression immobilière
Au-delà du seul prix au mètre carré, l’ADDUAM propose un indicateur permettant d’apprécier l’accessibilité financière : le ratio prix/revenus. Celui-ci estime le nombre d’années de revenu médian nécessaires pour acquérir une maison représentative dans chaque commune.
Les résultats mettent en évidence des écarts particulièrement importants.
Aux Trois-Îlets, ce ratio atteint 25, le niveau le plus élevé de Martinique. Les Anses-d’Arlet et Le Diamant affichent chacun un ratio de 18, devant Case-Pilote (17) et Sainte-Luce (16).
À l’opposé, Grand’Rivière présente un ratio de 2, tandis que Macouba et Le Prêcheur s’établissent à 4, traduisant une accessibilité financière bien plus favorable.
Selon la grille de lecture retenue par l’ADDUAM, un ratio supérieur à 10 traduit un niveau de tension particulièrement élevé, où l’achat d’un logement devient difficilement accessible pour une grande partie des ménages locaux.
Le littoral concentre les secteurs les plus tendus
La répartition géographique des prix n’est pas aléatoire.
L’étude fait apparaître une concentration des niveaux de prix les plus élevés dans plusieurs communes du Sud et du littoral, où la pression immobilière s’accompagne également d’une forte présence de résidences secondaires.
Ainsi, près de 44 % des logements de Sainte-Anne sont des résidences secondaires, contre environ 36 % aux Trois-Îlets. Le Diamant, les Anses-d’Arlet, Sainte-Luce ou encore Le Vauclin présentent également des proportions importantes.
L’ADDUAM observe une corrélation entre ces secteurs attractifs, les niveaux de prix élevés et le développement des usages résidentiels saisonniers. Sans établir de lien de causalité direct, la publication souligne que ces dynamiques participent à réduire l’offre disponible pour les résidents permanents dans certaines communes.

Une géographie qui interroge les politiques d’aménagement
Ces disparités dépassent la seule question du marché immobilier.
Pour l’ADDUAM, elles interrogent également l’équilibre territorial, la répartition de l’offre de logements et les conditions d’accès à la propriété selon les secteurs de l’île. Elles mettent en évidence la nécessité d’adapter les politiques foncières et les stratégies de production de logements aux réalités locales plutôt que d’aborder le marché immobilier martiniquais comme un ensemble homogène.
Le troisième volet de cette série reviendra précisément sur les réponses actuellement envisagées en Martinique, notamment autour du Bail Réel Solidaire (BRS), du Prêt Social Location-Accession (PSLA) et des outils mobilisés par les collectivités pour favoriser une offre de logements plus accessible.
Source : ADDUAM, « Quelles perspectives d’accès à la propriété en Martinique ? », collection Zoom sur, avril 2026. Article 2/3









