MAYOTTE a du bambou, mais peut-elle vraiment construire avec ?

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Bambou (1)

Présent sur le territoire mahorais, le bambou semble offrir une ressource intéressante pour réduire la dépendance aux matériaux importés. Mais entre la plante disponible localement et son utilisation dans un bâtiment réglementé, plusieurs obstacles restent à franchir. À Doujani, le projet Davu Dago sert justement de terrain d’expérimentation.


À Mayotte, le bambou est bien présent sur le territoire. Deux espèces y sont notamment identifiées : Bambusa vulgaris et Dendrocalamus giganteus. Certaines bambouseraies dépasseraient 20 000 m². Pourtant, cette ressource reste encore peu exploitée dans la construction.

Le projet Davu Dago, qui prévoit 17 logements sociaux à Doujani, à Mamoudzou, permet de mesurer concrètement l’écart entre la présence du matériau et son emploi dans un bâtiment. Le bambou y est utilisé dans plusieurs éléments constructifs, mais son intégration a nécessité un important travail de recherche, d’essais et d’adaptation.

Une ressource disponible, mais pas encore simple à prescrire

Le premier obstacle est réglementaire.

Le bambou ne bénéficie pas en France d’un cadre aussi établi que le bois ou l’acier. Les normes européennes utilisées pour le bois, notamment l’Eurocode 5, ne s’appliquent pas directement au matériau.

Des référentiels internationaux existent, comme l’ISO 22156, mais les questions de justification technique et d’assurance restent complexes pour les projets.

Autrement dit, disposer de bambou ne suffit pas. Pour l’intégrer à un bâtiment, il faut pouvoir caractériser ses performances, définir son traitement et sécuriser sa mise en œuvre.

À cela s’ajoute une contrainte propre au matériau : sa durabilité dépend fortement de sa protection. Le bambou doit être tenu à distance du sol et protégé de la pluie comme du soleil. Sur Davu Dago, les éléments de charpente et de structure sont notamment placés sous des couvertures ou des auvents.

Pourquoi Davu Dago utilise du bambou malgache

Le chantier révèle toutefois un paradoxe : alors que Mayotte dispose de sa propre ressource, une partie du bambou utilisé à Doujani provient de Madagascar.

L’équipe s’est tournée vers Mada Habitat et vers du Bambusa asper, dont les caractéristiques sont présentées comme proches du Bambusa vulgaris présent à Mayotte.

Ce choix doit permettre de travailler avec un matériau répondant aux exigences nécessaires au projet tout en testant des procédés susceptibles d’être réutilisés plus tard avec du bambou mahorais.

Le recours au matériau malgache est ainsi présenté comme une étape vers une possible utilisation future de la ressource locale, une fois les questions de caractérisation et de certification suffisamment avancées.

L’importation elle-même n’a pas été immédiate. Les équipes se sont heurtées à la réglementation phytosanitaire applicable au bambou. Elles ont alors plaidé pour que le bambou sec et traité soit distingué du végétal frais.

Une note technique a ensuite précisé les conditions permettant l’importation à Mayotte de bambous bruts séchés et traités, avec justification des procédés appliqués.

Le chantier comme laboratoire

Davu Dago ne se limite donc pas à tester un matériau. Le projet cherche aussi à produire des références de mise en œuvre.

Les recherches menées entre 2023 et 2025 ont porté sur les traitements, les protections, les assemblages et les techniques constructives observées à Mayotte mais aussi dans plusieurs territoires étrangers.

Des prototypes grandeur nature ont ensuite été réalisés avant leur confrontation au chantier.

Cette phase a permis d’affiner plusieurs détails. Les lattes de bambou destinées au lattis sont par exemple préparées en atelier avant leur installation sur site. Elles mesurent environ 5 cm de large et sont vissées horizontalement sur l’ossature.

Mais le passage du prototype au bâtiment réel a également révélé des écarts. Certains cadres préfabriqués ne s’intégraient pas parfaitement dans les murs. Ils ont dû être partiellement démontés et adaptés directement sur le chantier.

Ces ajustements font précisément partie de l’intérêt du projet. Ils permettent de documenter ce qui fonctionne, ce qui doit être corrigé et les conditions nécessaires pour mieux maîtriser le matériau.

Les auteurs du projet restent toutefois prudents : les résultats obtenus sur Davu Dago ne sont pas universels. Ils doivent être adaptés à l’essence disponible, au climat et aux caractéristiques de chaque opération.

À Mayotte, le défi n’est donc pas seulement de disposer de bambou. Il consiste encore à transformer une ressource locale en matériau de construction caractérisé, maîtrisé et assurable.

Davu Dago apporte ainsi des premiers retours sur les traitements, les assemblages et la mise en œuvre, autant de références nécessaires avant d’envisager un recours plus large au bambou mahorais dans la construction.


Les Deux livrets sont consultable sur le site Pergola-Outremer suivant ce lien : https://www.pergola-outremer.fr/