MAYOTTE. 17 logements sociaux mettent le bambou et la terre à l’épreuve du chantier

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Doujani, Mamoudzou – le projet pilote Davu Dago expérimente la construction de 17 logements sociaux avec un système associant béton, bambou et terre crue. L’opération cherche à adapter ces matériaux aux contraintes du chantier mahorais, tout en développant un habitat bioclimatique susceptible d’alimenter de futurs projets.

Davu Dago prend place dans une opération de résorption de l’habitat insalubre à Doujani. Les 17 logements doivent notamment contribuer au relogement de ménages vivant dans l’habitat informel. Ils sont répartis dans six bâtiments et couvrent plusieurs typologies, du T1 au T5.


Construire autrement dans le contexte mahorais

Le chantier a démarré en octobre 2024. Les deux livrets consacrés aux expérimentations annoncent une livraison prévisionnelle pour fin 2026. La maîtrise d’œuvre est assurée par Julien Beller Architecte (JBA), accompagné notamment de Stratégie Bois pour la structure et d’Efuzif pour les fluides.

Le projet a également été soutenu par les programmes Engagés pour la qualité du logement de demain (EQLD) et TOTEM – Un Toit pour Tous en Outre-mer. Ces dispositifs ont notamment permis de financer les recherches, les études et les prototypes nécessaires à la mise au point du système constructif.

L’expérimentation répond à une difficulté bien identifiée dans les documents : l’approvisionnement en matériaux à Mayotte est complexe et coûteux. L’équipe a donc cherché à mobiliser davantage de ressources bio et géosourcées, tout en limitant les besoins énergétiques futurs des logements.

Davu Dago ne fait toutefois pas disparaître les matériaux conventionnels. Le système reste hybride. Une base en béton sur pilotis et fondations isolées assure notamment la stabilité des bâtiments sur des terrains en pente. Le bambou intervient ensuite dans plusieurs éléments de structure secondaire et dans le lattis des murs. Le torchis vient assurer leur remplissage.

La conception privilégie également le confort passif. Les bâtiments, d’environ 6,5 mètres de largeur, sont traversants afin de favoriser la ventilation naturelle nord-sud. Les façades largement ouvertes, les casquettes et les sur-toitures doivent limiter l’échauffement solaire.

Le bambou passe du matériau disponible au matériau constructif

Mayotte dispose notamment de Bambusa vulgaris et de Dendrocalamus giganteus. Le livret consacré au bambou décrit une ressource abondante, mais encore peu exploitée dans la construction réglementée. Certaines bambouseraies dépasseraient 20 000 m².

Davu Dago n’utilise cependant pas encore exclusivement du bambou mahorais. Une partie du matériau est fournie depuis Madagascar. Le Bambusa asper retenu présente des caractéristiques proches du Bambusa vulgaris présent à Mayotte. Selon les auteurs, cette étape doit préparer une future utilisation du bambou local lorsque les questions de caractérisation et de certification auront suffisamment avancé.

C’est là que l’expérimentation dépasse la seule question architecturale. Le cadre réglementaire du bambou reste moins développé en France que celui du bois ou de l’acier. Le livret cite notamment la norme internationale ISO 22156, mais relève que les difficultés réglementaires et assurantielles freinent encore son emploi dans la construction publique.

Sur le chantier, les détails de mise en œuvre sont donc testés grandeur nature. Les lattes de bambou font environ 5 cm de large et sont disposées horizontalement sur l’ossature. D’autres essais portent sur les assemblages et la préfabrication.

Les prototypes ont d’ailleurs conduit à revoir certaines solutions. Des cadres préparés en atelier ne s’intégraient pas parfaitement dans les murs. Ils ont dû être partiellement démontés et adaptés sur place.

Ce retour d’expérience est précisément l’un des intérêts de Davu Dago : tester ce qui fonctionne réellement une fois confronté au chantier.

Du torchis traditionnel à une méthode reproductible

La terre renvoie directement à l’histoire constructive de Mayotte. Jusqu’aux années 1980, les logements associaient largement structures légères, bois ou bambou, fibres végétales et torchis.

Davu Dago ne cherche pourtant pas à reproduire ces techniques à l’identique. L’objectif est de les transformer en procédés pouvant être documentés et contrôlés.

Cinq mélanges de torchis ont ainsi été testés à l’échelle 1 en juin et juillet 2025. Les formulations combinaient notamment terre, padis, feuilles de bananier, sable et eau. Leur comportement a ensuite été suivi jusqu’à 60 jours afin d’observer l’adhérence au lattis, la fissuration et le séchage.

Les essais ont mis en évidence l’intérêt de l’association entre padis et feuille de bananier. Après ajustement de la quantité d’eau et du protocole de mise en œuvre, l’une des formulations s’est montrée particulièrement satisfaisante à ce stade de l’expérimentation.

Tous les résultats ne sont cependant pas encore disponibles. Certains essais scientifiques complémentaires n’ont pas pu être conduits, le laboratoire concerné étant hors service depuis le passage du cyclone Chido en décembre 2024.

Les auteurs restent donc prudents. Ils précisent eux-mêmes que « les résultats ne sont pas universels » et devront être adaptés aux terres, aux fibres et aux conditions propres à chaque opération.

Les 17 logements de Doujani ne constituent ainsi pas encore une solution prête à être reproduite partout à Mayotte. Davu Dago apporte cependant une étape essentielle : confronter le bambou et la terre à la réalité d’un programme de logement social, documenter les difficultés rencontrées et transformer progressivement l’expérimentation en savoir-faire de chantier.


Les Deux livrets sont consultable sur le site Pergola-Outremer suivant ce lien : https://www.pergola-outremer.fr/