Le bâtiment s’éloigne de ses objectifs climatiques

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Malgré la progression des rénovations énergétiques soutenues par l’Agence nationale de l’habitat, la décarbonation du bâtiment marque le pas. Dans son rapport annuel 2026, intitulé « Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités », le Haut Conseil pour le climat relève que les émissions du secteur n’ont diminué que de 2,1 % en 2025. Un rythme insuffisant pour respecter les objectifs fixés à la fin de la décennie, alors que les besoins de rénovation et d’adaptation du parc immobilier continuent de s’accroître.


Une baisse des émissions encore trop lente

Selon les estimations présentées dans le rapport annuel 2026 du Haut Conseil pour le climat, les bâtiments ont émis 54,9 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025. Le secteur représente ainsi environ 15 % des émissions territoriales françaises.

La baisse enregistrée en un an se limite à 1,2 million de tonnes équivalent CO₂, loin du recul annuel moyen de 5,7 % observé au cours des cinq années précédentes. Le ralentissement amorcé en 2024 se poursuit donc, après les diminutions plus marquées constatées en 2022 et 2023.

Cette évolution éloigne le secteur de la trajectoire prévue par la troisième Stratégie nationale bas-carbone. Pour la période 2024-2028, le budget carbone fixe un niveau moyen annuel de 51 millions de tonnes équivalent CO₂.

La baisse devrait ainsi atteindre 3,1 millions de tonnes entre 2025 et 2026, soit plus du double de celle obtenue au cours de l’année écoulée.

À plus long terme, le projet de stratégie nationale prévoit de ramener les émissions des bâtiments à environ 36 millions de tonnes en 2030, puis à 3 millions de tonnes en 2050. Pour atteindre ces objectifs, le HCC estime que la rénovation énergétique devra être déployée à une échelle beaucoup plus importante.

Le chauffage et l’eau chaude encore dépendants des énergies fossiles

La consommation énergétique reste la principale source d’émissions du secteur. Le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire à partir de gaz, de fioul ou d’autres énergies fossiles représentent 82 % des émissions des bâtiments.

En 2025, la diminution observée provient principalement du recul de la consommation de gaz naturel et, dans une moindre mesure, de celle du fioul domestique. Les ventes de chaudières fonctionnant au gaz ou au fioul ont baissé de 5,2 %.

En parallèle, les ventes de brûleurs permettant de prolonger l’utilisation des équipements existants ont progressé de 13,8 %, signe que le remplacement des installations fossiles reste parfois différé.

Le poids économique de cette dépendance demeure important. En 2024, les bâtiments résidentiels et tertiaires ont consommé 698 TWh d’énergie finale, soit 45 % de la consommation française.

Leur facture énergétique totale s’est élevée à 98,7 milliards d’euros, dont 52,6 milliards liés aux énergies fossiles.

L’empreinte du secteur dépasse par ailleurs les seules émissions produites lors de l’utilisation des bâtiments. Celle de l’habitat résidentiel est estimée à 115 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, soit 20 % de l’empreinte carbone française.

Malgré une diminution de 35 % depuis 2010, la part des émissions importées est passée de 38 à 46 %, notamment en raison des matériaux et équipements produits à l’étranger.

La construction neuve concentre près de 80 % de l’empreinte associée aux produits de construction. En intégrant les matériaux, les travaux et l’artificialisation des sols, son empreinte totale avoisinerait 50 millions de tonnes équivalent CO₂.

Le recours à des matériaux moins carbonés, notamment à des biomatériaux locaux, apparaît dès lors comme un levier complémentaire à la rénovation du parc existant.

Des rénovations d’ampleur en progression

Les résultats enregistrés en matière de rénovation présentent toutefois plusieurs signaux favorables. En 2025, l’Anah a distribué 3,81 milliards d’euros d’aides à la rénovation énergétique, en hausse de 16 % sur un an.

Ces financements ont soutenu 307 731 rénovations énergétiques, dont 120 306 rénovations d’ampleur. Ces dernières représentent 39 % des opérations aidées et dépassent, pour la première fois, l’objectif annuel de 100 000 dossiers.

La dynamique progresse également dans les copropriétés, où le nombre de rénovations a augmenté de plus de 50 %.

Ces résultats ne suffisent cependant pas à inverser la tendance générale. Le nombre total de rénovations énergétiques a diminué entre 2022 et 2025, tandis que l’objectif de 250 000 rénovations par geste n’a pas été atteint.

Le HCC insiste également sur les conséquences des changements successifs de règles et de financement. MaPrimeRénov’ a notamment été suspendue pour les rénovations d’ampleur du 23 juin au 30 septembre 2025, avant une nouvelle interruption complète entre le 1er janvier et le 23 février 2026.

Pour le Haut Conseil, « l’instabilité chronique des dispositifs d’aide … limite leur effectivité ». Ces interruptions réduisent la visibilité des ménages, mais aussi celle des entreprises qui doivent recruter, se former et organiser leur activité sur plusieurs années.

Stabiliser les aides et préparer les bâtiments au climat futur

Le rapport recommande donc de fixer une trajectoire pluriannuelle de soutien aux rénovations globales, en ciblant prioritairement les ménages en situation de précarité énergétique et les territoires les plus vulnérables.

La massification des travaux demande, selon le HCC, « un engagement sur le long terme, de la clarté, et des professionnels organisés ».

Plusieurs solutions poursuivent leur développement. La production de chaleur issue des pompes à chaleur a progressé de 8,7 % en 2025 pour atteindre 56 TWh. Plus de 52 000 bâtiments sont désormais raccordés à un réseau de chaleur, dont le mix comprenait 67 % d’énergies renouvelables ou de récupération en 2024.

Les territoires ultramarins disposent également de leviers spécifiques. Les départements et régions d’Outre-mer produisent 44 % de l’énergie solaire thermique française.

À La Réunion, cette technologie représente environ les deux tiers des énergies renouvelables utilisées pour produire de la chaleur, contre moins de 1 % dans l’Hexagone.

Au-delà de la consommation d’énergie, le HCC demande enfin que les rénovations et les constructions neuves préparent davantage les bâtiments aux températures futures. Protections solaires, ventilation, confort d’été et réduction de la vulnérabilité aux risques climatiques doivent progressivement être intégrés aux projets.

La progression des rénovations d’ampleur constitue une avancée, mais elle ne permet pas encore de replacer le bâtiment sur sa trajectoire climatique.

Pour le HCC, l’accélération passera par des aides plus stables, une rénovation performante du parc existant et une meilleure adaptation du bâti aux conditions climatiques de chaque territoire.


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Consulter ici le rapport annuel 2026 du Haut conseil pour le climat (HCC)