Face à la progression des prix immobiliers et aux difficultés rencontrées par une partie des ménages, plusieurs outils commencent à se structurer en Martinique. Bail réel solidaire, location-accession, mobilisation du foncier public ou évolution des documents d’urbanisme : l’ADDUAM recense différentes pistes pour préserver la fonction résidentielle et développer une offre plus accessible.
Parmi ces dispositifs, le Bail réel solidaire apparaît comme l’un des leviers les plus avancés. Son principe consiste à dissocier la propriété du terrain de celle du logement. Le ménage achète le bâti, tandis qu’un Organisme de foncier solidaire conserve le foncier, ce qui permet de réduire le coût initial de l’acquisition.
Le BRS entre dans une phase d’expérimentation
L’Établissement public foncier local de Martinique dispose depuis le 8 décembre 2023 d’un agrément d’Organisme de foncier solidaire. Cette fonction lui permet de porter des opérations en BRS et de maintenir durablement la maîtrise du terrain.
L’EPFL envisage une expérimentation répartie entre le Nord, le Centre et le Sud de la Martinique. L’objectif est d’évaluer la faisabilité technique, financière et économique du dispositif dans plusieurs configurations territoriales.
Différentes formes urbaines pourraient être testées :
- petits logements collectifs ;
- maisons en bande ;
- logements intermédiaires.
L’intégration paysagère et l’acceptabilité des projets figurent également parmi les paramètres étudiés. L’EPFL prévoit de mobiliser en priorité des terrains qu’il maîtrise déjà pour le compte des collectivités, qu’il s’agisse de petites parcelles en centre-bourg ou d’emprises plus importantes.
Une première opération mêlant logements et commerces
L’entretien publié par l’ADDUAM fait aussi état d’un projet plus concret. L’EPFL a identifié plusieurs fonciers et engagé des discussions avec des collectivités. L’établissement prévoit notamment de réhabiliter lui-même un bâtiment afin d’y créer une première opération de BRS en Martinique.
Le programme envisagé comprendrait 5 ou 6 logements ainsi que des commerces. L’EPFL assurerait la maîtrise d’ouvrage de la réhabilitation, une fonction qui ne faisait pas initialement partie du montage prévu lors de sa demande d’agrément.
Cette opération doit permettre de tester le dispositif à une échelle limitée avant un éventuel déploiement plus large. Dans la publication, Christophe Clairis, directeur de l’EPFL de Martinique, précise que la structure n’a pas encore vocation à intervenir massivement dans la production de logements.
La location-accession pour accompagner les ménages
Le Bail réel solidaire n’est pas le seul outil mis en avant. Le Prêt social location-accession, ou PSLA, permet à un ménage d’occuper d’abord un logement comme locataire avant d’en devenir progressivement propriétaire.
Selon l’ADDUAM, ce dispositif peut notamment s’accompagner d’une TVA réduite et d’une exonération de taxe foncière pendant quinze ans. Il vise principalement des ménages qui ne disposent pas immédiatement des conditions financières nécessaires à une acquisition classique.
Cette logique doit notamment être portée par La Case Martiniquaise, une coopérative HLM créée pour favoriser l’accession des ménages aux revenus modestes et intermédiaires. Soutenue par les bailleurs sociaux de l’île et par la Fédération nationale des sociétés coopératives d’HLM, elle doit produire et commercialiser des logements abordables en s’appuyant sur le PSLA et le BRS.
Une déclinaison dite « très sociale » du PSLA est également évoquée pour les Antilles, notamment à destination de ménages concernés par des opérations de résorption de l’habitat insalubre. La coopérative prévoit un accompagnement individualisé des familles avant et après l’acquisition.
Les documents d’urbanisme comme instruments de régulation
Les réponses peuvent aussi passer par les plans locaux d’urbanisme. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 ouvre notamment la possibilité d’instaurer, dans certains secteurs, une servitude de résidence principale. Pour les constructions neuves concernées, le logement doit alors être occupé à titre permanent.
La publication cite plusieurs autres leviers pouvant être intégrés aux politiques locales :
- réserver une part des nouvelles opérations au logement abordable ;
- limiter la transformation de logements en hébergements touristiques ;
- définir des quotas de logements à usage permanent ;
- instaurer des servitudes de mixité sociale pour développer le logement social en secteur diffus.
Les collectivités peuvent également agir sur les meublés touristiques à travers les obligations déclaratives, les autorisations ou des règles adaptées aux secteurs les plus tendus.
Ces différents dispositifs ne constituent pas une réponse unique à la pression immobilière. Leur efficacité dépendra du foncier mobilisable, du montage économique des opérations et de leur adaptation aux besoins locaux. Les premières expérimentations annoncées autour du BRS permettront d’en mesurer plus concrètement la portée en Martinique.
Source : ADDUAM, « Quelles perspectives d’accès à la propriété en Martinique ? », collection Zoom sur, avril 2026.









