GUYANE : l’ancien moulin de Loyola s’apprête à retrouver sa place dans l’histoire sucrière du territoire

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(c) MyPhotoAgency / Ronan Liétar

Dominant autrefois l’une des premières sucreries de Guyane, l’ancien moulin de l’habitation Loyola n’est plus aujourd’hui qu’un imposant vestige de pierre envahi par la végétation. Situé à Rémire-Montjoly, cet ouvrage plusieurs fois centenaire témoigne d’une période clé de l’histoire économique du territoire, lorsque les jésuites développaient des activités agricoles destinées à financer leurs missions.

Retenu parmi les projets emblématiques du Loto du patrimoine 2026, le site doit prochainement faire l’objet d’une restauration ambitieuse.

Au-delà de la sauvegarde du bâti, l’objectif est de redonner à ce moulin son rôle de témoin de l’histoire sucrière guyanaise en reconstituant les mécanismes qui faisaient autrefois fonctionner cet équipement industriel.


Un moulin en ruine menacé par la végétation et les intempéries

Aujourd’hui, seul subsiste le tronc maçonné du moulin qui dominait autrefois l’habitation Loyola. Les mécanismes qui permettaient de capter le vent et d’actionner les équipements de broyage ont disparu depuis longtemps.

L’état de conservation du bâtiment suscite désormais des inquiétudes. Les maçonneries présentent de nombreuses dégradations, avec des effondrements partiels de certains linteaux et parements en briques. La végétation a progressivement envahi l’édifice, au point qu’un arbre s’est développé à l’intérieur même de la structure.

Les racines aériennes de ficus ont déjà provoqué des fissurations importantes, notamment sur le cintre de la porte ouest, tandis que les eaux pluviales fragilisent davantage les maçonneries.

Face à cette dégradation progressive, le projet de restauration vise à sauvegarder l’ouvrage avant que les dommages ne deviennent irréversibles.

Un témoin de l’une des premières sucreries de Guyane

L’histoire du moulin est étroitement liée à celle de l’habitation Loyola.

Les jésuites acquièrent ce vaste domaine en 1668 dans le cadre de leurs missions d’évangélisation en Guyane. Au fil des décennies, l’habitation devient la plus importante exploitation esclavagiste du territoire. Pour soutenir leurs activités et financer leurs missions, les religieux développent plusieurs productions agricoles, dont la culture de la canne à sucre.

Les fouilles archéologiques menées sur le site ont révélé les traces d’une ancienne sucrerie, parmi lesquelles le moulin constitue aujourd’hui l’élément le plus spectaculaire. Sa présence est attestée dès 1770.

Implanté sur une hauteur, ce moulin à vent jouait un rôle essentiel dans le processus de transformation de la canne à sucre. Son mécanisme permettait d’entraîner les équipements nécessaires au broyage avant les différentes étapes de fabrication du sucre.

Restaurer un ouvrage et reconstituer son fonctionnement

L’un des aspects les plus remarquables du projet réside dans son ambition.

Il ne s’agit pas uniquement de consolider une ruine ou de préserver des vestiges archéologiques. Les travaux prévus visent à restaurer intégralement le moulin, y compris ses systèmes de prise au vent, de transmission mécanique et de broyage.

Cette approche permettra aux visiteurs de mieux comprendre le fonctionnement d’un équipement industriel qui participait autrefois à l’économie de la Guyane coloniale.

Le chantier doit débuter à la fin de l’année 2026, avec une fin des travaux envisagée en 2027.

Un patrimoine encore en cours de découverte

L’habitation Loyola demeure aujourd’hui l’un des sites archéologiques majeurs de Guyane.

Après l’abandon du domaine en 1769, la forêt a progressivement recouvert les vestiges, contribuant paradoxalement à leur préservation. Depuis 1994, les archéologues travaillent à dégager et à étudier les différentes structures encore présentes sur le site.

Malgré plusieurs décennies de recherches, une partie importante de l’ancienne habitation reste encore à explorer. Chaque campagne de fouilles apporte ainsi de nouvelles connaissances sur l’organisation économique et sociale de ce domaine historique.

Le moulin s’inscrit donc dans un ensemble patrimonial beaucoup plus vaste dont l’étude se poursuit encore aujourd’hui.

(c) MyPhotoAgency / Ronan Liétar

Un futur pôle de valorisation du patrimoine guyanais

La restauration du moulin s’intègre dans un projet plus large porté par la commune de Rémire-Montjoly.

Situé à moins d’un kilomètre de l’habitation Loyola et de la Maison des Cultures et des Mémoires de Guyane, le site doit devenir l’un des éléments centraux d’un futur parc patrimonial actuellement en préparation.

L’objectif est de mettre en valeur les vestiges de l’ancienne habitation et de la sucrerie grâce à des dispositifs de médiation adaptés permettant au public de mieux comprendre l’histoire agricole et industrielle du territoire.

Cette dynamique s’appuie déjà sur l’attractivité du site archéologique de Loyola, ouvert aux promeneurs, aux groupes scolaires et aux visiteurs lors des opérations de fouilles. Elle bénéficie également de la proximité de la Maison des Cultures et des Mémoires de Guyane, équipement culturel de 6 000 m² inauguré en 2020.

Une nouvelle vie pour un symbole du patrimoine industriel guyanais

La sélection du moulin de Loyola parmi les projets emblématiques du Loto du patrimoine 2026 marque une étape importante pour la préservation du patrimoine industriel de la Guyane. En redonnant forme et fonctionnement à cet ancien équipement sucrier, le projet ambitionne non seulement de sauvegarder un vestige historique majeur, mais aussi de transmettre au public une part essentielle de l’histoire économique et agricole du territoire.