Face aux difficultés de trésorerie signalées par les entreprises du BTP, les acteurs publics guadeloupéens veulent accélérer le règlement des factures.
Signée le 24 septembre 2026, la Charte de la commande publique fixe 12 engagements et prévoit plusieurs mesures pour traiter les créances en attente, mieux piloter les délais et donner davantage de visibilité aux TPE-PME.
Des retards qui pèsent sur la trésorerie du BTP
En Guadeloupe, les délais de paiement de la commande publique sont devenus un sujet sensible pour les entreprises du BTP. À la fin du premier semestre 2026, les professionnels du secteur ont alerté sur leurs difficultés de trésorerie, notamment en raison de retards dans le règlement des factures publiques.
Le constat dressé par la Région est direct : lorsqu’un acheteur public paie en retard, l’entreprise doit avancer sa trésorerie, avec des répercussions possibles sur les salaires, les fournisseurs, les sous-traitants et la continuité des chantiers.
En 2024, le délai moyen de paiement du secteur public local en Guadeloupe atteignait 47,5 jours, selon les données de l’IEDOM reprises dans le dossier de presse régional. Pour les collectivités territoriales, le délai réglementaire est fixé à 30 jours.
C’est dans ce contexte qu’a été élaborée la nouvelle Charte de la commande publique de Guadeloupe.
Douze engagements pour améliorer les pratiques
Adoptée par la Région Guadeloupe en commission permanente le 3 septembre, la Charte a été officiellement signée le 24 septembre 2026, lors du Haut Conseil de la commande publique.
Le dispositif résulte d’une mobilisation engagée dès juillet, avec une table ronde consacrée au BTP le 2 juillet, suivie d’une CTAP exceptionnelle le 17 juillet puis de travaux menés durant l’été sur les créances publiques.
La Charte prévoit 12 engagements, appelés à être déclinés en plans d’action et en feuilles de route associant objectifs, pilotes, échéances et indicateurs.
La Région souligne de son côté qu’elle affichait en 2025 un délai moyen de paiement de 24,91 jours, inférieur au plafond réglementaire. Ce chiffre concerne toutefois uniquement la collectivité régionale et ne doit pas être confondu avec la moyenne de 47,5 jours enregistrée en 2024 pour l’ensemble du secteur public local guadeloupéen.
Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe, insiste sur la dimension opérationnelle du dispositif : « La Charte n’est pas une déclaration d’intention : elle est déclinée en plans d’action méthodologiques ».
Créances et trésorerie au cœur du plan d’action
À court terme, l’une des priorités consiste à traiter les factures déjà en attente. Une task force réunissant notamment la Région, le Département, l’État, la CGSS, des maires et des représentants professionnels doit recenser les créances signalées, les vérifier et, lorsque cela est nécessaire, en prioriser le traitement.
À plus long terme, le premier plan d’action proposé par la Région s’organise autour de cinq priorités : piloter la performance financière, donner davantage de visibilité aux TPE-PME, moderniser le circuit de la dépense, sécuriser la trésorerie des entreprises et résorber les arriérés de paiement.
Pour les entreprises du BTP, l’enjeu dépasse donc la seule réduction du délai de règlement. Le dispositif prévoit également une meilleure anticipation des futures consultations publiques.
Référent, tableau de bord et calendrier des marchés
Quatre mesures sont particulièrement mises en avant.
- Un référent “délais de paiement” doit être désigné sous trois mois.
- Un tableau de bord mensuel est annoncé dans un délai de six mois afin de suivre les performances.
- Un calendrier des consultations doit également offrir davantage de visibilité aux entreprises sur les marchés à venir.
- un guichet réunissant la DRFiP, la CGSS et le SGAR doit permettre aux entreprises de disposer d’un interlocuteur pour certaines difficultés, notamment lorsqu’une créance doit être signalée.
Ces outils doivent notamment permettre aux TPE-PME d’anticiper plus facilement les consultations et de mieux sécuriser leur trésorerie lorsqu’elles travaillent pour des acheteurs publics.
Un dispositif désormais attendu sur ses résultats
La signature de la Charte ouvre désormais une phase de mise en œuvre. Le document prévoit un comité territorial tous les six mois, un bilan annuel devant la CTAP ainsi que la révision des feuilles de route en fonction des résultats obtenus.
Pour les entreprises du BTP guadeloupéen, l’enjeu sera donc de mesurer dans les prochains mois si ces engagements permettent effectivement de réduire les retards, de résorber les créances en attente et de rapprocher durablement les pratiques du délai réglementaire de 30 jours.
Source : Région Guadeloupe









