Béton performantiel : une formulation plus ouverte, mais toujours très encadrée

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Le SNBPE vient de publier son Guide 2026 consacré à l’approche performantielle du béton prêt à l’emploi, dans le prolongement des évolutions introduites en 2025. La principale nouveauté est l’ouverture de la démarche au domaine de composition : la durabilité peut désormais être justifiée pour un ensemble de formulations encadrées, et non plus seulement pour une formule unique. L’approche performantielle modifie ainsi la logique de prescription.

Là où l’approche classique repose sur le respect de limites de composition, elle permet certaines dérogations à condition de démontrer expérimentalement la durabilité du béton. Plus de latitude dans la formulation, donc, mais toujours avec le même objectif : garantir une durabilité équivalente pour l’ouvrage.


Du béton unique au domaine de composition

La première version du FD P 18-480, publiée en 2022, reposait sur la qualification d’une composition unique : une formule donnée, avec des constituants et des dosages définis, était étudiée pour une classe de résistance et une ou plusieurs classes d’exposition déterminées.

La version 2025 introduit une deuxième possibilité. L’étude peut désormais porter sur un domaine de formulation, associé à un ensemble de compositions de liants totaux évalué dans son ensemble à travers une Étude Générique (EG).

Les bétons destinés aux différents projets peuvent ensuite être formulés à l’intérieur de cette enveloppe, sous réserve de respecter les conditions fixées lors de sa qualification.

La souplesse reste strictement bornée. Le domaine doit présenter une étendue d’au moins ±5 % sur la composition du clinker et des autres constituants, sans dépasser ±10 %. S’il se réduit à un point, il relève à nouveau de l’approche par composition unique.

Dans cette voie, le liant total doit également contenir au minimum 25 % de clinker, contre 15 % dans le cas d’une composition unique.

Des teneurs minimales en liant restent par ailleurs imposées : 260 kg/m³ pour les classes XC et XF1 et 300 kg/m³ pour les autres classes concernées. Les formules placées aux extrémités du domaine ainsi que celle située en son centre sont soumises à l’évaluation expérimentale.

Le béton effectivement proposé pour un chantier doit ensuite rester dans le domaine validé. Le ciment et les additions doivent notamment être les mêmes produits que ceux employés lors de l’Étude Générique, la quantité de liant total ne peut être inférieure à celle testée et le rapport Eeff/Ltot ne peut dépasser celui retenu lors de l’EG.

Une liberté qui se paie par davantage de justification

Le changement ne signifie donc pas un allègement du contrôle. Le recours à l’approche performantielle nécessite l’accord des différentes parties au projet et la mise en place de dispositifs qualité spécifiques chez le producteur de béton, l’entreprise et le laboratoire.

Dans le cas du domaine de composition, l’Étude Générique et ses conclusions doivent en outre être validées par une tierce partie indépendante. Cette validation peut notamment être assurée par un laboratoire qualifié indépendant du demandeur ou, dans certaines conditions, par un organisme certificateur.

La qualification repose ensuite sur plusieurs étapes :

  • étude en laboratoire ;
  • validation du dossier ;
  • épreuve de convenance dans les conditions industrielles prévues pour le projet ;
  • mise en place des systèmes d’assurance qualité ;
  • contrôles en production.

La question du calendrier devient particulièrement importante. Les indicateurs généraux de durabilité — porosité accessible à l’eau et résistivité électrique pour le BPE — sont mesurés à 28 jours.

Les grandeurs directement associées à la durabilité nécessitent généralement une cure humide de 90 jours avant les essais.

Le SNBPE souligne que ces délais peuvent porter la durée globale d’un essai de carbonatation à environ six mois, contre environ 3,5 mois pour les essais les plus courts liés à la migration des ions chlorure.

Pour les opérations qui envisagent cette démarche, la qualification du béton doit donc être intégrée très en amont du calendrier de fourniture.

Le contrôle se poursuit en centrale

La démonstration de performance ne s’arrête pas à la qualification initiale. Selon le niveau d’application, les indicateurs généraux peuvent être contrôlés en production tous les 500 m³ ou chaque mois pendant une période initiale de trois mois, puis tous les 1 000 m³ ou tous les deux mois.

Pour les niveaux les plus exigeants, certaines grandeurs de durabilité font également l’objet de contrôles périodiques pouvant aller jusqu’à une fréquence trimestrielle.

Les exigences portent aussi sur le fonctionnement de la centrale. Le guide prévoit notamment une mesure de la teneur en eau de chaque coupure granulaire au moins une fois par semaine, un suivi continu de l’humidité des sables et un contrôle de la consistance au minimum une fois par journée de production.

L’approche performantielle ne permet pas davantage de s’affranchir de l’ensemble des autres règles applicables.

La classe minimale de résistance mécanique reste obligatoire, les exigences de composition éventuellement imposées par un DTU contractuel continuent de s’appliquer et certaines classes d’exposition restent hors du périmètre du FD P 18-480.

Les classes XF3 et XF4 en sont notamment exclues, tandis que XF2 n’est couverte que dans certaines configurations.

Avec le domaine de composition, l’évolution de 2025 élargit donc la marge de manœuvre laissée aux formulateurs sans supprimer le cadre.

Elle déplace surtout le centre de gravité de la prescription : moins dépendre de certaines limites de composition prédéfinies, à condition de démontrer, documenter et maintenir dans le temps la performance de durabilité attendue du béton.


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Consulter ici le guide 2026 de l’approche performantielle des bétons publié par le SNBPE