Soumis aux cyclones, à l’humidité, à la sismicité et à la corrosion marine, les logements collectifs ultramarins présentent des besoins de maintenance spécifiques. Les bailleurs doivent aussi composer avec l’éloignement, le coût des approvisionnements et le manque de main-d’œuvre spécialisée. Pour mieux suivre ces désordres, l’Agence Qualité Construction et ses partenaires ont développé OBOM. Cette plateforme centralise les sinistres déclarés et doit améliorer la connaissance des pathologies récurrentes du bâti ultramarin.
Une base conçue pour compléter l’observation nationale
L’AQC dispose déjà de la base nationale Sycodés, consacrée aux pathologies de la construction. Celle-ci rassemble principalement des déclarations relevant de l’assurance Dommages-Ouvrage, dont le coût se situait en 2023 entre le ticket modérateur de 1 870 euros et un seuil de 158 000 euros.
Selon l’agence, ce périmètre laisse de côté certains désordres récurrents. Les territoires ultramarins restent également insuffisamment représentés dans les données disponibles.
OBOM doit compléter cette observation en intégrant tous les désordres déclarés par les bailleurs, qu’ils relèvent ou non de la garantie décennale. L’objectif est d’en étudier la nature, la fréquence, la localisation, l’évolution et les coûts de réparation.
Une démarche engagée avec les bailleurs depuis 2023
Le projet repose sur un travail collaboratif lancé en 2023 avec l’ARMOS-oi et des bailleurs sociaux de La Réunion. La première phase a consisté à recenser leurs pratiques, à comprendre leurs besoins et à modéliser le parcours d’un sinistre, depuis son apparition jusqu’à la clôture du dossier.
Cette étape de co-conception a servi à définir l’architecture de la base de données et les fonctionnalités jugées prioritaires par les futurs utilisateurs.
Un prototype a ensuite été testé auprès de bailleurs pilotes, notamment en Nouvelle-Calédonie. Il a été alimenté à partir de données réelles couvrant une période de trois ans. Les retours recueillis ont permis d’ajuster les parcours, les niveaux d’accès et les outils de visualisation avant le développement de la version finale.
Aux côtés de l’AQC, le projet réunit Action Logement, l’ARMOS-oi, BatiSolid Antilles et le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Cette association de partenaires doit faciliter la comparaison des situations entre plusieurs territoires et le partage des retours d’expérience.

Un suivi centralisé des sinistres
OBOM permet aux bailleurs de créer, modifier et suivre chaque dossier dans une interface unique. Le traitement est réparti entre plusieurs états :
- brouillon;
- expertise en cours;
- travaux à engager;
- travaux en cours;
- dossier clôturé
Un inventaire géolocalisé rattache les désordres aux bâtiments concernés. Les gestionnaires peuvent ainsi conserver l’historique des déclarations et des interventions réalisées sur leur patrimoine.
La plateforme comprend également une fonction de génération automatique des déclarations au format Word. Les informations peuvent être exportées dans différents formats afin d’être utilisées avec les systèmes existants, même si l’AQC ne précise pas encore les logiciels compatibles.
Les accès varient selon les profils. Chaque bailleur consulte ses propres dossiers, tandis que les superviseurs accèdent aux données des groupements qu’ils représentent. Les institutions disposent de résultats anonymisés.
Des tableaux de bord pour comparer fréquence et coût
Les tableaux de bord croisent différents indicateurs : nature des pathologies, période d’apparition, état des dossiers, coût des réparations ou localisation des bâtiments. Les résultats peuvent être examinés à l’échelle d’un bailleur, d’un groupement ou d’un territoire.
La capture publiée par l’AQC affiche 30 dommages pour 134 logements, soit un taux de 22,39 %. Dans cet exemple, les infrastructures représentent 20 % des désordres, mais 42,5 % des coûts de réparation. Les toitures-terrasses concentrent, de leur côté, 35 % des désordres affichés.
Ces valeurs illustrent le fonctionnement de l’outil, mais ne constituent pas un bilan de la sinistralité ultramarine. Le territoire et le périmètre correspondant à la démonstration ne sont pas précisés.
Une base appelée à s’élargir
Développée sous licence AGPLv3, la plateforme doit pouvoir évoluer avec les besoins des utilisateurs. L’AQC envisage notamment des analyses prédictives, une ouverture à d’autres maîtres d’ouvrage et une intégration renforcée avec les outils métiers.
La portée d’OBOM dépendra désormais du nombre de bailleurs et de territoires qui alimenteront la base. Cette mutualisation doit permettre de mieux identifier les désordres récurrents et d’orienter progressivement les pratiques de maintenance du logement collectif ultramarin.
Source : AQC









