Le ralentissement de l’économie mahoraise se confirme au deuxième trimestre 2026. Le BTP reste actif, mais la baisse des importations de ciment, la hausse des coûts et les tensions de trésorerie dégradent ses perspectives.
Dans ses Tendances conjoncturelles publiées le 8 septembre 2026, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) établit le climat des affaires à 101,3 points, soit légèrement au-dessus de sa moyenne de longue période.
La construction illustre toutefois la perte de dynamisme en cours : « L’activité demeure en territoire positif, mais poursuit un effritement net depuis la fin 2025. »
Une activité positive qui perd de son élan
Les entreprises du BTP interrogées déclarent toujours une activité favorable au deuxième trimestre 2026. Cette appréciation est néanmoins beaucoup moins partagée qu’au cours des trimestres précédents.
Le solde d’opinion relatif à l’activité chute de 158,1 points entre le premier et le deuxième trimestre, marquant une rupture avec l’orientation haussière amorcée à la fin de 2025.
Cette variation ne correspond pas à une baisse équivalente de la production. Les soldes d’opinion mesurent l’évolution de la perception des dirigeants interrogés. L’enquête sectorielle de l’IEDOM repose sur neuf entreprises du BTP employant au total 382 salariés.
Les carnets de commandes restent positivement orientés, mais leur dynamique s’affaiblit. Leur solde d’opinion passe de 44,1 au premier trimestre à 31,1 au deuxième, soit un recul de 13 points.
L’écart atteint 109,5 points sur un an. Le niveau des effectifs demeure également favorable, mais le sursaut du trimestre précédent s’essouffle.
Les professionnels deviennent plus prudents pour les prochains mois. « Les professionnels du secteur anticipent un repli marqué de l’activité au troisième trimestre », indique l’IEDOM.
Les importations de ciment reculent de 31,7 %
Les importations de ciment corrigées des variations saisonnières s’établissent à 30 044 tonnes au deuxième trimestre 2026, contre environ 44 016 tonnes au trimestre précédent. Elles diminuent de 31,7 % sur trois mois et de 30,8 % sur un an.
En données brutes, Mayotte a importé 28 031 tonnes de ciment au cours du trimestre, soit une baisse de 27,8 % par rapport au début de l’année et de 34 % sur douze mois.
Les importations peuvent varier selon les stocks, le calendrier des livraisons et les conditions logistiques. Elles ne mesurent donc pas directement le volume de travaux réalisé, mais leur forte contraction constitue un signal supplémentaire du ralentissement.
La baisse du ciment importé intervient alors que les coûts continuent de progresser :
- l’indice des prix du bâtiment augmente de 1,8 % sur le trimestre et de 7,6 % sur un an ;
- l’indice des prix des travaux publics progresse de 3,3 % sur le trimestre et de 14,8 % sur un an ;
- les prix de l’énergie à Mayotte enregistrent une hausse annuelle de 16,4 %.
Les entreprises du BTP signalent une nette progression de leurs prix et anticipent une nouvelle hausse au troisième trimestre.
L’IEDOM évoque notamment les difficultés d’approvisionnement en matières premières et une possible incidence du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.
Trésoreries et délais de paiement sous pression
La hausse des coûts s’accompagne d’une fragilisation financière des entreprises. Le solde d’opinion relatif à la trésorerie se détériore de 21,1 points entre le premier et le deuxième trimestre. Celui consacré aux délais de paiement recule de 39,9 points sur la même période.
La combinaison de charges élevées, de règlements plus difficiles et de commandes moins dynamiques réduit les marges de manœuvre du secteur.
Des tensions d’approvisionnement sont également constatées dans l’économie mahoraise, avec des stocks de matières premières et de produits finis inférieurs à leur niveau habituel. Ce contexte peut inciter les dirigeants à différer leurs investissements ou à geler certains projets.
Des financements encore dynamiques
Les données bancaires apportent néanmoins un contrepoint. L’encours des crédits à l’habitat accordés aux entreprises atteint 368 millions d’euros au deuxième trimestre 2026. Il progresse de 3,9 % sur trois mois et de 24,3 % sur un an.
L’encours des crédits d’investissement accordés aux entreprises, toutes activités confondues, s’élève à 505,2 millions d’euros. Il reste quasiment stable sur le trimestre, mais augmente de 31,5 % sur douze mois.
Cette progression peut toutefois correspondre à des opérations engagées avant la dégradation récente de la conjoncture.
Le ralentissement du BTP s’inscrit dans une économie mahoraise plus hésitante au premier semestre 2026.
La construction reste active et les financements progressent, mais la baisse du ciment importé, la hausse des coûts, le tassement des commandes et les tensions de trésorerie fragilisent les perspectives.
Le troisième trimestre permettra de mesurer la résistance du BTP au ralentissement général de l’économie de Mayotte. L’évolution des commandes, des approvisionnements, des prix et des délais de paiement sera déterminante.

Consulter ici les tendances conjoncturelles au 2ème trimestre 2026 de Mayotte









