Après plusieurs années marquées par des crises successives, culminant avec le passage du cyclone Chido fin 2024, l’économie mahoraise a retrouvé en 2025 une dynamique plus favorable. Le climat des affaires s’améliore, l’inflation ralentit et la consommation repart progressivement, dans un contexte porté par les besoins de reconstruction du territoire.
Dans son Rapport annuel économique 2025, l’IEDOM souligne toutefois que cette reprise reste fragile. Si les principaux indicateurs repassent progressivement au vert, le redressement demeure étroitement lié aux investissements de reconstruction et reste exposé aux incertitudes logistiques, financières et internationales.
Un climat des affaires qui retrouve progressivement des couleurs
Les indicateurs conjoncturels témoignent d’une amélioration sensible au cours de l’année. Après un premier trimestre marqué par un indice du climat des affaires (ICA) de 106,6 points, celui-ci atteint 112,8 points au quatrième trimestre, un niveau supérieur à sa moyenne de longue période.
Cette progression traduit le redémarrage progressif de l’activité après le passage du cyclone Chido. Les entreprises bénéficient d’un retour progressif des commandes, tandis que les besoins de réparation et de réhabilitation soutiennent plusieurs secteurs de l’économie.
L’IEDOM invite toutefois à ne pas surestimer cette amélioration. Comme le souligne le rapport, « cette dynamique reste cependant irrégulière (…) et demeure vulnérable aux difficultés logistiques, à l’allongement des délais de paiement et aux tensions de trésorerie des entreprises ».
Autrement dit, la confiance revient progressivement, mais les fragilités structurelles n’ont pas disparu.
Une reprise économique portée par la reconstruction
L’amélioration des principaux indicateurs économiques repose sur un même moteur : la reconstruction engagée après le passage du cyclone Chido.
Dans un contexte d’inflation modérée, autour de 1,3 % en moyenne annuelle, les ménages ont progressivement repris leurs dépenses. Cette évolution ne traduit pas uniquement un regain du pouvoir d’achat. Elle reflète aussi les besoins de remplacement des biens détruits ou endommagés : véhicules, équipements domestiques, matériaux et travaux de réparation.
Cette dynamique se retrouve dans le commerce extérieur. Les importations atteignent un niveau historique, progressant de 25,9 % pour dépasser les 300 millions d’euros.
Les biens d’investissement augmentent de 31,7 %, tandis que les biens intermédiaires progressent de 38,1 %, illustrant l’intensification des achats nécessaires à la remise en état du territoire et au redémarrage des activités économiques.
Le secteur bancaire accompagne également ce mouvement. La collecte de dépôts progresse de 21,7 %, tandis que les crédits aux entreprises continuent d’augmenter, principalement sous l’effet des investissements destinés au renouvellement de l’outil de production.
Ces évolutions traduisent davantage une phase de rattrapage économique qu’un changement durable du modèle de croissance de Mayotte.
Les grands investissements concentrent désormais les priorités du territoire
Cette reprise s’accompagne d’une réorientation des investissements vers les infrastructures les plus stratégiques du territoire.
Le rapport rappelle que Mayotte doit simultanément répondre aux conséquences du cyclone Chido et à des besoins structurels anciens, liés à une forte croissance démographique.
Logements, établissements scolaires, réseaux d’eau, infrastructures routières, équipements publics ou encore installations portuaires nécessitent d’importants programmes d’investissement.
Comme le souligne l’IEDOM, « le secteur de la construction constitue un secteur stratégique de l’île. Il bénéficie d’un potentiel de croissance important au regard des besoins en matière d’infrastructures ».
Cette priorité se traduit par plusieurs programmes structurants déjà engagés ou programmés, qui témoignent de l’ampleur des investissements attendus dans les prochaines années :
- Près de 346 millions d’euros programmés pour les constructions scolaires sur la période 2016-2025 ;
- 730 millions d’euros mobilisés dans le cadre du Plan Eau Mayotte 2024-2027, afin de renforcer durablement la production et la distribution d’eau potable ;
- 1,2 milliard d’euros prévu pour les futures infrastructures aéroportuaires, dans le cadre de la loi pour la refondation de Mayotte.
Au-delà des montants annoncés, ces projets traduisent une volonté de mettre à profit la phase de reconstruction pour résorber les déficits historiques en équipements publics et accompagner le développement du territoire sur le long terme.
Entre annonces d’investissements et réalité du terrain
Pour autant, le rapport ne présente pas une reprise sans réserve.
Les entreprises du BTP disposent de carnets de commandes bien orientés et constatent une amélioration progressive de leur activité, en particulier au second semestre. Toutefois, les réalisations demeurent en retrait par rapport aux attentes des professionnels.
Les retards de lancement de certains chantiers, les délais de paiement, les tensions persistantes sur la trésorerie ainsi que les difficultés logistiques continuent de ralentir la montée en puissance de la reconstruction.
L’IEDOM résume cette situation avec nuance : le volume d’activité est important, mais le secteur « reste dans l’attente du lancement de nombreux chantiers de reconstruction du territoire ».
Cette observation souligne un enjeu majeur pour les prochains exercices : transformer les enveloppes financières programmées en opérations effectivement réalisées sur le terrain.
Une économie encore exposée aux risques extérieurs
Si les fondamentaux conjoncturels s’améliorent, plusieurs facteurs continuent de peser sur les perspectives.
Mayotte demeure fortement dépendante des importations pour son approvisionnement en biens de consommation, en matériaux et en équipements.
Dans ce contexte, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations des chaînes logistiques internationales pourraient rapidement affecter les coûts d’approvisionnement et raviver les pressions inflationnistes.
Le territoire reste également confronté à des défis de long terme : forte croissance démographique, besoins massifs en logements, adaptation des réseaux d’eau, renforcement des infrastructures publiques et amélioration de la résilience face aux risques climatiques.
Une année charnière avant le véritable défi de l’exécution
Le rapport annuel économique de l’IEDOM montre que 2025 marque davantage le début d’une phase de reconstruction que l’aboutissement d’un redressement économique.
Les indicateurs repassent progressivement au vert, mais ils restent largement soutenus par des mécanismes de rattrapage liés au cyclone Chido. La véritable étape décisive sera désormais la capacité du territoire à convertir les investissements programmés en réalisations concrètes, qu’il s’agisse de logements, d’écoles, de réseaux d’eau, de transports ou d’équipements publics.
Pour les entreprises de la construction, cette transition constitue sans doute l’un des principaux enjeux économiques des prochaines années : accompagner une reconstruction qui dépasse l’urgence post-catastrophe pour devenir un véritable levier de développement durable de Mayotte.










