À Kawéni, Terre & Eau dispose depuis mai 2026 d’une nouvelle chaîne industrielle de fabrication de briques de terre comprimée (BTC). Avec une production moyenne de 2 300 unités par jour, la filière mahoraise renforce ses capacités, portée par la demande en matériaux locaux et de nouvelles perspectives d’investissement.
Présentée lors de BATIMAT 2026, cette évolution s’appuie sur plusieurs années d’expérience dans la fabrication et la pose de briques de terre comprimée à Mayotte. Créée en septembre 2024, Terre & Eau prolonge l’activité d’AC-BTP, engagée dans cette technique constructive depuis 2018. L’entreprise transforme les terres excavées des chantiers en blocs de construction, sans recours à la cuisson, au sein de son unité de Kawéni.
Une production passée de 500 à 2 300 briques par jour
L’industrialisation s’est opérée progressivement. Entre 2018 et 2022, la production reposait sur deux presses manuelles, capables de fabriquer environ 500 briques par jour. L’acquisition d’une presse semi-automatique fin 2022 a permis de porter cette cadence à 800 unités quotidiennes en moyenne.
Une nouvelle étape a été franchie en mai 2026 avec l’inauguration d’une chaîne industrielle. Celle-ci assure les différentes opérations de fabrication, depuis la préparation des terres jusqu’au chargement des blocs.
Le processus comprend notamment le broyage, le stockage en silo, le malaxage, la compression et le séchage, avec une période de cure de 28 jours.
La nouvelle presse dispose d’une capacité théorique pouvant atteindre 25 000 briques par jour avec un moule adapté. La production effective reste toutefois inférieure à ce potentiel, avec une moyenne annoncée de 2 300 unités quotidiennes depuis sa mise en service.
Cette montée en puissance s’appuie sur des applications déjà réalisées dans plusieurs équipements et opérations de logements à Mayotte. Les BTC ont notamment été utilisées au lycée des métiers du bâtiment de Longoni, à l’internat de Kawéni et dans l’opération Le Baobab à Mamoudzou.
Selon les ouvrages, elles servent au remplissage des façades, à la réalisation de murs porteurs ou à la création de claustras ventilés.
Investissements et formation pour accompagner la demande
Les perspectives de développement restent importantes. Selon une étude de marché présentée par Terre & Eau, les besoins en BTC à Mayotte pourraient représenter 368 000 m² de murs entre 2026 et 2035, dans le scénario central, soit un marché estimé à 86,6 millions d’euros pour la fourniture et la pose.
Pour accompagner cette demande potentielle, l’entreprise prévoit un programme d’investissement de 2,94 millions d’euros sur la période 2026-2028.
Celui-ci comprend notamment l’installation d’une centrale de malaxage, l’automatisation de certaines opérations, l’aménagement d’espaces de séchage et le renforcement des moyens logistiques.
L’objectif est d’atteindre une production de 12 000 briques par jour d’ici fin 2027.
Le projet bénéficie de 475 000 euros de soutien au titre de France 2030 et de 50 000 euros d’aide départementale liée au cyclone Chido. D’autres financements, notamment auprès du Fonds vert et du FEDER, sont sollicités.
Mais l’augmentation des capacités de fabrication ne constitue qu’une partie du défi. La filière doit également disposer de professionnels formés à la mise en œuvre des blocs. Terre & Eau annonce ainsi 42 parcours qualifiants en 2026-2027, cofinancés par le Fonds social européen plus (FSE+).
Comme le souligne la présentation de Terre & Eau et ART.TERRE Mayotte : « Produire ne suffit pas : sans poseurs qualifiés, la capacité industrielle ne devient pas des mètres carrés construits. »









