La commune de Macouria, en Guyane, s’est engagée dans une démarche inédite d’adaptation au changement climatique. Accompagnée par le Cerema dans le cadre du programme Territoires adaptés au climat de demain (+4°C), elle a réalisé un diagnostic approfondi de ses vulnérabilités afin d’anticiper les conséquences du réchauffement climatique sur son développement, ses infrastructures, ses ressources naturelles et la qualité de vie de ses habitants.
Cette démarche, menée entre 2025 et 2026, doit déboucher sur une stratégie territoriale d’adaptation construite avec les acteurs locaux.
Un territoire déjà confronté à plusieurs effets du changement climatique
Située à l’ouest de Cayenne, sur le littoral guyanais, Macouria compte environ 19 000 habitants selon l’Insee et figure parmi les communes les plus dynamiques du territoire. Cette attractivité s’accompagne toutefois d’une exposition croissante à plusieurs risques climatiques qui affectent déjà le territoire.
Le recul du trait de côte, les inondations, les sécheresses récurrentes et la hausse des températures font partie des phénomènes observés localement. Le diagnostic réalisé par le Cerema souligne que ces évolutions devraient s’intensifier au cours des prochaines décennies sous l’effet du changement climatique.
Les projections mobilisées dans le cadre de l’étude, fondées notamment sur les données de Météo-France et du programme Guyaclimat, montrent une augmentation des températures minimales pouvant atteindre 4,2 °C à l’horizon 2100 par rapport à la période 1980-2014. Les précipitations annuelles pourraient diminuer d’environ 25 %, tandis que les périodes de sécheresse deviendraient plus longues et plus marquées.
Le territoire devrait également faire face à une remontée du niveau marin estimée à 84 centimètres d’ici la fin du siècle. Cette évolution accroît les risques de submersion des zones littorales et renforce les enjeux liés à l’aménagement du territoire. Parallèlement, la fréquence des journées chaudes devrait fortement augmenter et les risques d’incendie progresser.
Un diagnostic territorial inédit à l’échelle de la Guyane
Le travail engagé par la commune et le Cerema constitue la première démarche de ce type menée en Guyane dans le cadre du programme Territoires adaptés au climat de demain.
Réalisé sur une période de 18 mois, entre janvier 2025 et juin 2026, le diagnostic repose sur un large ensemble de données : projections climatiques, documents d’urbanisme, études techniques existantes, observations de terrain, entretiens avec les acteurs locaux et contributions des habitants.
L’objectif n’était pas seulement d’analyser les aléas climatiques, mais aussi de comprendre leurs conséquences concrètes sur le fonctionnement du territoire. Pour cela, les équipes ont étudié les vulnérabilités actuelles et futures face aux principaux phénomènes susceptibles d’affecter la commune :
- inondations par ruissellement ou débordement de cours d’eau,
- submersion marine,
- sécheresses,
- fortes chaleurs,
- tempêtes ou encore érosion littorale.
Cette approche a permis de produire plusieurs outils d’aide à la décision. Le phénomène d’îlots de chaleur urbains a notamment été objectivé. Les secteurs les plus exposés aux risques d’inondation, de submersion ou d’inconfort thermique ont été identifiés.
Une estimation des habitations potentiellement concernées par la submersion marine dans les quartiers littoraux a également été réalisée à partir de données cartographiques et de photographies aériennes.
Le diagnostic a par ailleurs permis de cartographier les espaces de savane disparus ou menacés et de mieux comprendre les interactions entre urbanisation, préservation des espaces naturels et développement économique.
Une analyse centrée sur les besoins essentiels des habitants
L’une des particularités de la démarche repose sur l’analyse du territoire à travers les besoins fondamentaux de sa population.
Des ateliers réunissant élus, techniciens, experts et acteurs locaux ont permis de construire un portrait fonctionnel du territoire autour de plusieurs dimensions :
- se loger, accéder à l’eau,
- se nourrir, travailler, se déplacer, se soigner, s’éduquer
- ou encore s’épanouir dans son environnement.
Cette approche a mis en évidence la forte interdépendance entre les enjeux climatiques et les besoins quotidiens de la population. Une difficulté d’accès à l’eau peut par exemple avoir des conséquences sur l’habitat, l’agriculture, la santé publique ou encore l’attractivité économique de la commune.
Les travaux ont également souligné la nécessité de trouver des équilibres entre différents objectifs parfois concurrents. La croissance démographique génère de nouveaux besoins en logements et en équipements, tandis que la préservation des espaces agricoles, des zones naturelles et des continuités écologiques devient un enjeu majeur pour renforcer la résilience du territoire.
Dans le cadre d’un atelier consacré aux perspectives pour 2050, les participants ont formulé 66 préoccupations et 60 attentes concernant l’avenir de la commune. Ces échanges ont permis d’identifier les principaux sujets d’anticipation :
- disponibilité de la ressource en eau,
- évolution du littoral,
- développement urbain, mobilité,
- préservation de la biodiversité
- ou encore maintien des activités agricoles.
Une stratégie d’adaptation construite autour de trois grands défis
À partir des résultats du diagnostic, les élus de Macouria ont retenu trois enjeux prioritaires qui structurent désormais la phase de construction de la stratégie d’adaptation.
Le premier concerne la gestion de l’eau. L’objectif est de préserver durablement la ressource et de sécuriser l’alimentation en eau potable dans un contexte où les tensions pourraient s’accentuer sous l’effet des sécheresses et de l’évolution des usages.
Le deuxième porte sur l’agriculture, l’élevage et l’alimentation. La commune cherche à maintenir une agriculture nourricière, diversifiée et ancrée dans les ressources locales, tout en renforçant sa capacité à faire face aux évolutions climatiques.
Le troisième enjeu concerne l’aménagement du territoire et l’attractivité économique. Les réflexions portent notamment sur l’amélioration du confort thermique des espaces publics et privés, la réduction des vulnérabilités urbaines et l’adaptation des futurs projets d’aménagement.
Pour travailler sur ces sujets, le Cerema s’appuie sur le principe des trajectoires d’adaptation, inspiré de la méthode TACCT développée par l’Ademe. Plutôt qu’une simple liste d’actions figées, cette approche repose sur plusieurs scénarios d’évolution associés à des seuils de déclenchement.
Dans le cas de la ressource en eau, plusieurs niveaux d’impact ont ainsi été définis. Le premier correspond à une situation où les usages restent équilibrés. Les niveaux suivants traduisent progressivement l’apparition de tensions, de conflits d’usage, de pénuries localisées puis, dans les scénarios les plus dégradés, des transformations profondes des usages de l’eau.
Cette méthode permet aux collectivités d’adapter leurs décisions au rythme réel de l’évolution du climat et des risques, tout en limitant le risque d’investissements inadaptés ou engagés au mauvais moment.
Source : Cerema
La stratégie actuellement élaborée par la commune et le Cerema doit permettre de traduire ces constats en actions concrètes afin de préparer le territoire aux conditions climatiques attendues d’ici 2050 et 2100, tout en préservant son attractivité et sa capacité de développement.









