Les collectivités territoriales au cœur de la décarbonation du bâtiment

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Face à l’urgence climatique, la transformation du secteur du bâtiment ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle nationale. Dans un rapport publié en avril 2026, le Haut conseil pour le climat (HCC) analyse le rôle des collectivités territoriales dans l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, le renforcement des puits de carbone et l’adaptation au changement climatique.

L’institution souligne que les territoires disposent de nombreux leviers d’action, mais que leur potentiel reste encore insuffisamment mobilisé pour atteindre les objectifs climatiques fixés par la France.

Un secteur du bâtiment encore fortement émetteur

Le rapport rappelle que le bâtiment demeure l’un des secteurs structurants de la transition climatique. En 2024, les émissions du secteur ont atteint 57,1 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 15 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.

Le parc résidentiel représente à lui seul 62 % des émissions du secteur, en raison notamment des consommations énergétiques liées au chauffage, à l’eau chaude sanitaire, à la climatisation ou encore aux équipements domestiques.

Le document souligne ainsi que « les émissions du secteur des bâtiments sont principalement liées au chauffage, ce secteur est donc particulièrement thermosensible et les consommations énergétiques dépendent largement des variations climatiques ».

Ces émissions sont également influencées par plusieurs facteurs territoriaux. L’âge du parc bâti, la qualité de l’isolation, les conditions climatiques locales ou encore les ressources financières des ménages et des collectivités jouent un rôle déterminant dans la performance énergétique des bâtiments.

Dans cette perspective, la rénovation énergétique et la décarbonation du cycle de vie des bâtiments apparaissent comme des leviers majeurs pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Les collectivités au centre des politiques du bâtiment

Depuis les grandes lois de décentralisation, les collectivités territoriales ont progressivement acquis des compétences structurantes dans les domaines de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement. Elles interviennent aujourd’hui à plusieurs niveaux dans la transformation du parc bâti.

  • Les régions pilotent les schémas régionaux d’aménagement et de développement durable et mobilisent des financements importants, notamment via les fonds européens ou les contrats de plan État-Région.
  • Les départements participent aux politiques de l’habitat et du logement social
  • Les intercommunalités occupent une place centrale dans la planification territoriale à travers les plans locaux d’urbanisme intercommunaux, les programmes locaux de l’habitat ou encore les opérations de renouvellement urbain.
  • Les communes, restent responsables de nombreux outils d’urbanisme, notamment la délivrance des permis de construire et l’élaboration des plans locaux d’urbanisme lorsqu’ils ne sont pas transférés à l’intercommunalité.

Cette organisation territoriale fait des collectivités des acteurs déterminants pour orienter les dynamiques de construction, de rénovation et d’aménagement.

Rénovation énergétique : un levier décisif pour atteindre la neutralité carbone

Le Haut conseil pour le climat identifie plusieurs leviers structurants pour réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment. Parmi eux figurent l’amélioration de la performance énergétique du parc existant, la décarbonation des matériaux de construction, le recours à l’économie circulaire et au recyclage des matériaux, ou encore le développement des matériaux biosourcés.

Le document précise ainsi que « les principaux enjeux du secteur du bâtiment sont la rénovation énergétique, la décarbonation et l’adaptation des bâtiments pour atteindre la neutralité à 2050 et adapter les bâtiments à +4°C ».

Ces actions s’inscrivent dans une stratégie globale visant à réduire l’impact environnemental du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie. Le rapport rappelle l’objectif particulièrement ambitieux fixé par les trajectoires climatiques : rénover jusqu’à un million de logements par an d’ici 2050 afin d’atteindre la neutralité carbone.

Des politiques publiques encore instables pour soutenir la transition

Malgré ces leviers identifiés, le rapport met en évidence plusieurs difficultés qui ralentissent la transformation du secteur. L’instabilité de certains dispositifs publics constitue notamment un frein pour les ménages comme pour les collectivités.

Le HCC souligne notamment que « l’instabilité des dispositifs de rénovation des logements comme MaPrimeRenov’ est le principal freins à la décarbonation des bâtiments ».

La forte demande observée lors de la réouverture du guichet en septembre 2025 — avec 150 000 connexions enregistrées en deux heures — illustre pourtant l’intérêt des ménages pour la rénovation énergétique.

Pour les collectivités territoriales, ces fluctuations rendent plus difficile la mise en place de stratégies de rénovation à long terme et la structuration d’un accompagnement local efficace.

Les réseaux de chaleur, un levier encore sous-exploité

Parmi les solutions identifiées pour réduire les émissions du secteur, les réseaux de chaleur urbains apparaissent comme un outil particulièrement efficace. Placés sous la responsabilité des collectivités, ces réseaux permettent d’alimenter les bâtiments en chaleur à partir de sources d’énergie renouvelables ou de récupération.

Le rapport rappelle que « les réseaux de chaleur urbains, sous la responsabilité des collectivités, sont un levier essentiel pour décarboner le bâtiment en secteur urbain ».

L’analyse cite notamment l’exemple de la Suède, où 66,4 % de la consommation finale brute d’énergie provenaient de sources renouvelables en 2023, contre 22,3 % pour la France, une avance largement liée au développement des réseaux de chaleur dans les villes suédoises.

L’aménagement du territoire, un levier stratégique pour le climat

Au-delà des bâtiments eux-mêmes, le rapport insiste sur l’importance de l’aménagement du territoire dans la transition climatique. Les choix d’urbanisation influencent directement les besoins en mobilité, en infrastructures énergétiques et en services.

Certaines décisions d’aménagement peuvent ainsi soutenir l’attractivité économique d’un territoire tout en entrant en contradiction avec les objectifs climatiques, par exemple en matière d’artificialisation des sols ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les collectivités disposent pourtant de nombreux outils pour intégrer les enjeux climatiques dans leurs politiques d’aménagement, notamment les plans locaux d’urbanisme, les schémas de cohérence territoriale ou encore les zones d’aménagement concerté.

Des moyens et une ingénierie territoriale à renforcer

Enfin, le Haut conseil pour le climat souligne que la réussite des politiques climatiques territoriales repose également sur la disponibilité de moyens humains et techniques adaptés. Les collectivités doivent mobiliser des compétences spécialisées pour identifier les projets, monter les dossiers techniques et financiers, puis assurer leur mise en œuvre opérationnelle.

Le rapport rappelle à ce titre que « des moyens humains conséquents et des compétences spécialisées sont indispensables pour répondre à ces appels à projet tant en amont des projets … que lors de la phase opérationnelle ».

L’institution insiste également sur la nécessité d’améliorer les outils de suivi et les indicateurs permettant d’évaluer les résultats concrets des politiques climatiques locales.

Un potentiel territorial encore largement à mobiliser

Le rapport du Haut conseil pour le climat met ainsi en lumière un constat central : les collectivités territoriales disposent d’un potentiel considérable pour accélérer la transition bas carbone du secteur du bâtiment et de l’aménagement.

Mais pour que ce potentiel se concrétise pleinement, il sera nécessaire de renforcer la stabilité des dispositifs publics, de soutenir l’ingénierie territoriale et de mieux coordonner les politiques climatiques entre les différents niveaux de gouvernance.

Dans un contexte où les territoires sont en première ligne face aux impacts du changement climatique, leur rôle apparaît plus que jamais déterminant pour transformer durablement le secteur du bâtiment.