Souvent associé aux débats sur la « bétonisation », le béton reste pourtant un matériau central dans la construction. Face aux exigences climatiques et réglementaires, notamment celles de la RE2020, la filière s’engage dans une transformation visant à réduire son empreinte carbone tout en conservant ses performances techniques. Lors d’un webinaire organisé avec Envirobat Centre-Val de Loire, plusieurs acteurs du secteur – dont le SNBPE et Cimbéton – ont présenté les évolutions en cours, entre innovations industrielles, nouvelles formulations et optimisation de la conception des bâtiments.
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Un matériau incontournable dans la construction
Utilisé depuis l’Antiquité, le béton reste aujourd’hui l’un des matériaux les plus répandus dans le secteur du bâtiment et des infrastructures. Ses propriétés techniques – résistance mécanique, durabilité, résistance au feu et capacité d’adaptation à de nombreux usages – expliquent sa place centrale dans les projets de construction.
Le béton conserve également un avantage économique. Selon les données présentées lors du webinaire, les solutions constructives en béton peuvent rester 15 à 20 % moins coûteuses que certaines alternatives pour le gros œuvre.
La filière repose par ailleurs sur un réseau dense d’installations industrielles. La France compte environ 1 800 centrales à béton, réparties sur l’ensemble du territoire afin d’alimenter les chantiers à proximité.
Cette organisation répond à une contrainte spécifique du matériau : une fois fabriqué, le béton doit être utilisé rapidement. La durée d’utilisation entre la centrale et le chantier est généralement comprise entre une heure et une heure et demie, ce qui explique le maillage territorial très dense de la filière.
En pratique, la distance moyenne parcourue par les camions toupies pour livrer les chantiers est estimée à 18 kilomètres, tandis que 95 % des matières premières utilisées pour produire du béton proviennent d’un rayon de 150 kilomètres.
D’où vient réellement l’empreinte carbone du béton ?
Si le béton reste incontournable dans la construction, son impact environnemental constitue aujourd’hui l’un des principaux sujets de transformation pour la filière.
En moyenne, la fabrication d’un mètre cube de béton génère environ 200 kg de CO₂, et près de 250 kg lorsqu’il s’agit de béton armé intégrant de l’acier. L’essentiel de ces émissions ne provient pas des granulats ou du transport, mais du ciment, et plus précisément du clinker, composant principal du ciment.
La production du clinker nécessite une cuisson des matières premières à environ 1450 °C dans des fours industriels. Ce procédé génère des émissions de CO₂ pour deux raisons : la forte consommation énergétique liée à la montée en température, mais aussi la réaction chimique de décarbonatation du calcaire lors de sa transformation.
Aujourd’hui, la production d’une tonne de ciment en France représente en moyenne 559 kg d’équivalent CO₂. Toutefois, cette valeur diminue progressivement grâce aux évolutions industrielles et à l’intégration de nouveaux constituants dans les ciments.
Une stratégie de décarbonation pour l’industrie cimentière
Face à ces enjeux, l’industrie cimentière a engagé une stratégie de transformation à long terme. Une feuille de route sectorielle vise notamment une réduction de 50 % des émissions de CO₂ d’ici 2030, puis plus de 90 % à l’horizon 2050, par rapport aux niveaux de 2015.
Plusieurs leviers sont mobilisés pour atteindre ces objectifs. Le premier consiste à améliorer l’efficacité énergétique des installations industrielles, notamment dans les fours de cuisson du clinker.
Le deuxième levier repose sur la substitution progressive des combustibles fossiles par des combustibles alternatifs issus de déchets ou de biomasse.
La réduction du taux de clinker dans les ciments constitue également un axe majeur. L’utilisation de ciments composés intégrant d’autres constituants minéraux permet déjà de réduire l’empreinte carbone des liants.
Enfin, la filière explore des solutions plus prospectives comme les technologies de captage et stockage du CO₂, qui pourraient à terme permettre de réduire fortement les émissions résiduelles des cimenteries.
RE2020 : une nouvelle approche carbone du bâtiment
L’entrée en vigueur de la RE2020 a profondément modifié l’approche environnementale de la construction neuve. Contrairement aux réglementations thermiques précédentes, cette réglementation intègre désormais un indicateur carbone global du bâtiment, calculé sur l’ensemble de son cycle de vie.
L’objectif est de réduire progressivement les émissions associées aux constructions neuves, avec plusieurs seuils successifs prévus en 2022, 2025, 2028 et 2031.
Contrairement à certaines idées reçues, le béton ne représente pas la totalité de l’empreinte carbone d’un bâtiment.
Dans une maison individuelle, le gros œuvre en béton représente en moyenne environ 15 % des émissions totales. Dans un logement collectif, cette part atteint environ 34 %, les autres postes étant liés au second œuvre et aux équipements techniques.
Autrement dit, la réduction de l’empreinte carbone d’un bâtiment repose sur une approche globale intégrant l’ensemble des matériaux et systèmes.
Optimiser la conception pour réduire l’impact carbone
Au-delà des transformations industrielles, plusieurs leviers peuvent être activés directement dans les projets de construction.
Le premier concerne la qualité des données environnementales utilisées dans les analyses de cycle de vie. Des bases de données comme INIES et des outils de calcul spécifiques permettent aujourd’hui d’utiliser des fiches environnementales plus précises pour les produits de construction.
Le deuxième levier repose sur l’éco-conception des bâtiments. Dans certains cas, une optimisation du dimensionnement des structures peut réduire significativement les quantités de matériaux utilisées.
Par exemple, diminuer l’épaisseur d’un mur de quelques centimètres lorsque les contraintes structurelles le permettent peut entraîner des économies de matière et une réduction de l’empreinte carbone.
Enfin, les producteurs de béton développent des formulations moins carbonées. Selon les solutions retenues, les gains peuvent atteindre 15 % à plus de 30 % de réduction des émissions, voire davantage dans certains cas.
Une étude de cas pour atteindre les seuils RE2020
Pour illustrer ces démarches, les intervenants ont présenté l’exemple d’un bâtiment collectif de 40 logements en R+5, représentant environ 2 200 m² de surface.
Le projet, initialement conforme au premier seuil RE2020 de 2022, ne respectait plus les exigences du seuil 2025 après actualisation des données environnementales. Plusieurs pistes d’optimisation ont alors été étudiées : modification de certains matériaux, utilisation de fiches environnementales plus précises et adoption de ciments moins carbonés.
Le remplacement du ciment initial par certaines formulations composées a notamment permis de réduire l’empreinte carbone du béton de 27 à 39 %, contribuant ainsi à faire repasser le projet sous les seuils réglementaires.
Cette étude de cas montre que la réduction du carbone dans la construction repose souvent sur une combinaison de solutions plutôt que sur un seul changement de matériau.
Les bétons drainants, une réponse aux défis climatiques urbains
Au-delà de la question carbone, la filière explore également des solutions pour mieux adapter les villes aux effets du changement climatique.
Les bétons drainants, parfois appelés bétons poreux, permettent par exemple de favoriser l’infiltration des eaux pluviales directement dans le sol. Leur structure comporte généralement 15 à 30 % de vides, ce qui facilite l’écoulement de l’eau à travers le matériau.
Ces solutions peuvent être utilisées pour des parkings, des trottoirs, des pistes cyclables ou encore des aménagements urbains. Elles contribuent à limiter le ruissellement, à recharger les nappes phréatiques et à réduire les phénomènes d’îlots de chaleur dans les zones urbaines.
Un matériau en pleine évolution
Face aux enjeux climatiques et réglementaires, le béton entre aujourd’hui dans une phase de transformation importante. Réduction de l’empreinte carbone des ciments, optimisation des formulations et évolution des pratiques de conception témoignent des efforts engagés par la filière.
Pour les professionnels du bâtiment, l’enjeu consiste désormais à intégrer ces innovations dans une approche globale de la construction bas carbone, où chaque choix technique contribue à améliorer la performance environnementale des projets.









