GUADELOUPE. Pourquoi les non-conformités parasismiques persistent-elles malgré les contrôles ?

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Construire en Guadeloupe ne relève pas des mêmes exigences qu’ailleurs. Situé en zone de sismicité maximale (niveau 5), régulièrement exposé aux cyclones et aux fortes intempéries, l’archipel fait face à des contraintes naturelles qui imposent une attention particulière à la qualité de la construction. Pourtant, malgré des années de sensibilisation et de contrôles, certaines non-conformités continuent d’être constatées sur les chantiers.

Le bilan 2025 de la qualité de la construction publié par la DEAL Guadeloupe met ainsi en lumière les progrès accomplis, mais également les fragilités qui persistent dans la mise en œuvre des règles constructives.


Trente-deux opérations de contrôle réalisées en 2025

En 2025, l’unité Qualité de la Construction de la DEAL Guadeloupe a mené 32 opérations de contrôle réparties sur 12 communes de l’archipel.

Répartition géographique des opérations de contrôle de la qualité de la construction réalisées en Guadeloupe en 2025.

Ces opérations se décomposent en :

  • 22 contrôles parasismiques dans des maisons individuelles ;
  • 5 contrôles portant sur d’autres exigences réglementaires dans les maisons individuelles ;
  • 5 contrôles réalisés dans des bâtiments d’habitation collectifs, notamment sur les questions d’accessibilité, d’aération, de sécurité incendie ou encore de réglementation thermique.

Au total, 38 logements ont été contrôlés sur un parc de 296 logements recensés, témoignant d’une activité de contrôle qui s’inscrit dans une démarche de couverture progressive de l’ensemble du territoire.

La DEAL rappelle d’ailleurs s’être fixé pour objectif qu’au moins un contrôle soit réalisé tous les trois ans dans chaque commune de l’archipel.

Le recours aux professionnels progresse, mais les défauts de mise en œuvre demeurent

Les contrôles réalisés cette année montrent une évolution des pratiques des maîtres d’ouvrage.

Sur les 27 maisons individuelles contrôlées, 25 relevaient d’un contrat de construction de maison individuelle (CCMI), contre seulement deux opérations en auto-construction.

Cette tendance traduit un recours croissant aux professionnels de la construction et à un cadre contractuel plus structuré. Pour autant, la DEAL souligne que cette professionnalisation ne constitue pas, à elle seule, une garantie de conformité.

Les contrôleurs continuent de constater des défauts pourtant bien identifiés depuis plusieurs années.

Parmi les non-conformités récurrentes figurent notamment :

  • l’utilisation de blocs de maçonnerie de 15 centimètres dans les murs de contreventement ;
  • le non-respect des règles de mise en œuvre des chaînages ;
  • certaines insuffisances dans la conception ou l’exécution des dispositifs de stabilité.

Ces constats interrogent directement la capacité de l’ensemble de la chaîne d’intervention à appliquer de manière rigoureuse les prescriptions constructives dans un territoire particulièrement exposé aux risques naturels.

Un cas révélateur des risques auxquels le territoire reste confronté

Le bilan 2025 fait également état d’une situation particulièrement préoccupante.

Lors d’un contrôle, les agents ont identifié une construction implantée sur une parcelle exposée au risque de mouvement de terrain, sans étude de sol préalable.

Le bâtiment, situé en bordure de ravin, présentait plusieurs anomalies majeures :

  • absence de murs de contreventement ;
  • façade en encorbellement ;
  • absence d’étude géotechnique malgré les contraintes du terrain.

Au-delà de son caractère isolé, ce cas illustre les conséquences potentielles d’une mauvaise prise en compte des risques naturels dès la conception du projet.

En Guadeloupe, où les séismes et les événements climatiques extrêmes constituent des aléas permanents, ces défaillances peuvent avoir des conséquences directes sur la sécurité des occupants et sur la résilience du bâti.

La sécurité des bâtiments peut aussi être compromise après leur construction

Le rapport met également en évidence une problématique moins visible mais tout aussi préoccupante : les interventions réalisées après l’achèvement du gros œuvre.

Les contrôleurs ont observé des situations de perçage de murs, de création d’ouvertures pour le passage de gaines et de modifications réalisées sans repérage préalable des armatures et des chaînages.

Ces interventions, parfois effectuées par différents corps de métier intervenant successivement sur le chantier, peuvent endommager les éléments participant à la résistance parasismique de l’ouvrage.

La DEAL souligne ainsi la nécessité de renforcer la sensibilisation de l’ensemble des intervenants, notamment des climaticiens et des électriciens, afin que leurs travaux n’altèrent pas l’intégrité structurelle des bâtiments.

La qualité de la construction, un enjeu de résilience territoriale

Au-delà du simple respect des normes réglementaires, le bilan 2025 rappelle que la qualité de la construction constitue un enjeu majeur pour la Guadeloupe.

Réduire la sinistralité des bâtiments, améliorer leur comportement face aux séismes et aux cyclones, produire des logements sobres en énergie et adaptés aux modes de vie locaux participe directement à la résilience du territoire.

Le rapport de la DEAL met finalement en évidence une réalité essentielle : dans un territoire soumis à des contraintes naturelles exceptionnelles, la sécurité du bâti repose autant sur la qualité de sa conception que sur la rigueur de sa mise en œuvre et la coordination de l’ensemble des professionnels qui interviennent tout au long du chantier.