
Commande publique en chute, retards de paiement, matériaux plus chers : dans une question écrite publiée au Journal officiel du 20 octobre 2026, le député guadeloupéen Olivier Serva décrit un BTP entré dans une crise « structurelle » et demande à la ministre des Outre-mer des mesures concrètes.
Ce qui ressemblait à un ralentissement passager, après la crise sanitaire, s’est installé dans la durée. C’est le constat que dresse Olivier Serva, député de la 1re circonscription de la Guadeloupe (groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires), dans sa question écrite n° 19111 adressée à la ministre des Outre-mer.
Une commande publique en recul
La commande publique reste la première source d’activité du secteur. Or, entre novembre 2024 et novembre 2025, seuls 331 appels d’offres ont été publiés en Guadeloupe, contre 501 sur la même période un an plus tôt, selon le député.
Il relie cette baisse à la crise du logement social, l’un des principaux donneurs d’ordre du BTP ultramarin. Les notifications de la ligne budgétaire unique (LBU) transmises au préfet de Guadeloupe sont en baisse de 40 % par rapport à 2025, alors que la loi de finances pour 2026 ne prévoyait qu’un recul de 11 %. Un écart qui traduit, selon lui, « un décalage préoccupant » entre les crédits votés par le Parlement et leur exécution sur le territoire.
Trésorerie sous tension
À la baisse des commandes s’ajoutent les retards de paiement des donneurs d’ordre publics, qui seraient redevables d’environ 180 millions d’euros aux entreprises du secteur. Ces impayés pèsent sur les relations avec les banques, de plus en plus restrictives sur les financements, dans un territoire insulaire où les coûts d’exploitation sont plus élevés que dans l’Hexagone.
Ciment, carburant, granulats : des coûts qui grimpent
Le député cite trois sources de hausse des coûts de production :
- Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, en vigueur depuis janvier 2026, renchérit les matériaux importés. Sur le seul ciment, la perte de compétitivité est estimée à 8 %.
- Les carburants, en hausse de 40 à 60 % selon les usages.
- La fermeture de la carrière de Deshaies, après l’éboulement du 3 décembre 2024, prive l’île de son principal fournisseur de granulats. Les entreprises doivent les importer de Martinique ou de la Dominique, à un coût doublé.
Résultat : le chiffre d’affaires du secteur a reculé de 9,8 % en 2025, selon l’IEDOM, et 91 % des chefs d’entreprise du BTP guadeloupéen se disent inquiets pour l’avenir de leur activité.
Ce que demande le député
Olivier Serva interroge la ministre sur deux points :
- les mesures prévues pour rétablir les crédits de la LBU au niveau des autorisations d’engagement votées pour 2026, accélérer le paiement des entreprises par les donneurs d’ordre publics et faciliter leur accès à des financements adaptés aux territoires insulaires ;
- les compensations ou mesures d’accompagnement envisagées face à la hausse des coûts d’approvisionnement en matériaux.
Le ministère des Outre-mer n’a pas encore répondu. Bâtisseurs suivra la réponse.
Philippe Pied








