La Corse, la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion ont formalisé leur coopération énergétique à travers une convention signée le 8 octobre 2026. Au-delà du partage d’expériences, le réseau Energ’îles prévoit une gouvernance commune, des moyens de coordination et le développement de projets interrégionaux, sans création d’une nouvelle structure juridique.
Un cadre commun pour peser sur les politiques énergétiques
La création d’Energ’îles donne un cadre permanent à une coopération engagée depuis plusieurs années entre les 4 collectivités. Leurs échanges portaient déjà sur les Programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE), le développement des énergies renouvelables, les réseaux électriques, le stockage et les dispositifs de compensation.
Ces territoires partagent les contraintes propres aux zones non interconnectées (ZNI), dont les systèmes électriques ne sont pas, ou seulement partiellement, reliés au réseau continental.
La dépendance aux approvisionnements extérieurs, la sécurité énergétique et la maîtrise des coûts constituent des préoccupations communes, malgré des situations géographiques et économiques différentes.
La convention vise notamment à renforcer leur capacité à défendre des positions communes auprès de l’État, de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et des institutions européennes.
L’enjeu est de mieux faire prendre en compte les particularités des systèmes énergétiques insulaires dans l’élaboration des politiques publiques.
Trois axes de coopération, de l’expertise aux projets interrégionaux
Le partenariat ne se limite pas à la concertation institutionnelle. La convention définit trois domaines d’action destinés à organiser les travaux du réseau :
- Le partage d’expertises : favoriser les échanges de bonnes pratiques et de connaissances techniques entre collectivités, notamment sur la planification énergétique et les solutions adaptées aux territoires insulaires.
- Le développement de projets communs : encourager les initiatives interrégionales et les réponses coordonnées à des appels à projets ou à manifestation d’intérêt, afin de soutenir l’innovation.
- La représentation des intérêts communs : porter des positions concertées auprès des instances nationales, européennes et, le cas échéant, internationales.
Cette organisation doit permettre aux collectivités de mutualiser certaines expertises tout en conservant la maîtrise de leurs politiques énergétiques respectives. Les domaines de coopération potentiels couvrent notamment les énergies renouvelables, la maîtrise de la demande énergétique, les réseaux et le stockage.
À ce stade, la convention établit un cadre pour faire émerger des projets interrégionaux, sans identifier de portefeuille d’opérations déjà financées.

Une gouvernance partagée et un budget annuel estimé à 88 000 euros
Le fonctionnement d’Energ’îles repose sur deux instances. Un comité de pilotage (COPIL), composé des élus ou de leurs représentants, définit les orientations du partenariat. Un comité technique (COTECH) réunit les services compétents des collectivités pour préparer et suivre les actions.
La convention prévoit également la désignation d’un chef de file pour une durée de deux ans. Celui-ci sera chargé de coordonner les activités du réseau, d’assurer sa communication extérieure, de préparer et suivre l’exécution de son budget et de servir d’interlocuteur privilégié auprès des partenaires. Une feuille de route encadrera les principales étapes de mise en œuvre.
Sur le plan juridique, le rapport présenté à la commission permanente de l’Assemblée de Corse précise qu’Energ’îles « ne dispose pas de personnalité juridique propre ». Le dispositif constitue donc un cadre de coopération entre collectivités, et non une nouvelle agence autonome.
Son budget annuel est estimé à 88 000 euros, dont 60 000 euros consacrés à une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage. Le rapport corse évoque une contribution indicative de 22 000 euros par collectivité fondatrice.
Ces montants restent prévisionnels. Les dépenses et les contributions devront être arrêtées annuellement, sous réserve des validations budgétaires propres à chaque membre.
Cette enveloppe concerne le fonctionnement et l’accompagnement technique du réseau, et non le financement direct de nouvelles infrastructures énergétiques.
Vers un élargissement à la Guyane et à Mayotte ?
Le périmètre d’Energ’îles pourrait évoluer au-delà de ses quatre membres fondateurs. Selon le rapport de la Collectivité de Corse, des échanges sont engagés avec la Collectivité territoriale de Guyane et le Conseil départemental de Mayotte, qui ont manifesté leur intérêt pour rejoindre le partenariat.
Leur éventuelle adhésion élargirait la coopération à d’autres territoires ultramarins confrontés à des enjeux spécifiques de production, de distribution et de consommation énergétique.
La prochaine étape sera surtout opérationnelle : définir les priorités communes, organiser les travaux techniques et identifier les projets pouvant bénéficier d’une coopération interrégionale. La portée concrète du réseau dépendra ainsi de sa capacité à traduire les orientations de la convention en actions partagées.









