DROM : les infrastructures, un levier du développement territorial

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Dans son édition 2026 de La France et ses territoires, l’INSEE met en évidence des trajectoires économiques très contrastées d’une région à l’autre. Dans les départements et régions d’Outre-mer, ces écarts renvoient notamment aux dynamiques démographiques, au marché du travail, mais aussi à l’accès aux infrastructures, aux réseaux et aux équipements nécessaires au développement des territoires. 


 

Des trajectoires économiques encore très contrastées

Démographie, qualifications, emploi, innovation, infrastructures : pour l’INSEE, le développement économique résulte de la combinaison de plusieurs facteurs qui tendent à se renforcer les uns les autres.

Les territoires disposant d’une forte concentration d’emplois qualifiés, de services et de réseaux bénéficient ainsi davantage des dynamiques d’attractivité.

Les DROM se distinguent toutefois par des situations que l’Institut qualifie de « singulières », avec des écarts importants par rapport aux moyennes nationales.

Sur le marché du travail, le taux de chômage s’échelonne par exemple en 2025 de 13,4 % en Martinique à 24,9 % à Mayotte, contre 4,5 % à 12,2 % selon les départements de France métropolitaine.

Ces écarts ne résument cependant pas, à eux seuls, les trajectoires ultramarines.

Interrogé par RCI à l’occasion de la publication de l’étude, Xavier Bonnet, chef du département de l’action régionale à l’INSEE, souligne qu’ils n’excluent pas de nouvelles dynamiques d’emploi, notamment autour des fonctions de conception, de recherche ou de gestion.

Les infrastructures, un facteur d’attractivité

Pour l’INSEE, les infrastructures occupent une place centrale dans ces mécanismes.

En facilitant la circulation des personnes, des marchandises et de l’information, elles permettent aux entreprises d’accéder plus facilement aux marchés, aux fournisseurs et à la main-d’œuvre.

Elles participent ainsi directement à l’attractivité économique des territoires. 

Le rapport illustre ce mécanisme à partir des transports collectifs. Dans les grandes agglomérations hexagonales, six ans après leur desserte par une ligne de tramway, les quartiers concernés enregistrent une croissance de l’emploi supérieure de 9 points à celle de quartiers comparables.

Dans les quartiers non centraux, l’écart atteint même 13 points.

Ces résultats ne sont pas directement transposables aux Outre-mer, mais ils illustrent la manière dont une infrastructure structurante peut modifier les bassins d’emploi, les déplacements et l’organisation d’un territoire.

Le numérique répond à une logique comparable. Au début de 2025, 92 % des locaux français sont raccordables à la fibre optique. Certains territoires restent néanmoins en retrait et, dans les données retenues par l’INSEE, Mayotte ne dispose pas encore d’un réseau en fibre optique.

L’enjeu est d’autant plus notable que le territoire mahorais se distingue par une croissance économique rapide : son PIB a progressé en moyenne de 6,4 % par an entre 2018 et 2023, dernière année disponible dans l’étude. 

Logements et équipements suivent les évolutions démographiques

Les besoins d’aménagement ne dépendent cependant pas uniquement de la croissance économique. L’évolution de la population modifie elle aussi directement la demande en logements et en équipements.

L’INSEE souligne que les territoires vieillissants doivent davantage répondre aux besoins en soins, en services à la personne et en équipements adaptés.

À l’inverse, les territoires disposant d’une population plus jeune doivent notamment absorber les besoins d’une population active importante en matière de logements, tout en anticipant leur propre vieillissement.

Cette lecture invite à ne pas considérer les Outre-mer comme un ensemble homogène. Les enjeux d’une Martinique confrontée au vieillissement ne sont pas ceux d’un territoire comme Mayotte, où la pression démographique demeure d’une autre nature.

Plus largement, le rapport relève que les territoires concentrant emplois et nouveaux habitants connaissent aussi une pression accrue sur le logement et le foncier. À l’inverse, une dynamique démographique plus faible peut s’accompagner d’une progression de la vacance.

Une innovation encore très dépendante du secteur public

Les écarts territoriaux apparaissent également dans la capacité d’innovation. En 2022, l’effort de recherche représente 0,5 % du PIB dans les DROM, contre 2,2 % au niveau national.

Surtout, la structure de cette recherche diffère fortement de celle observée dans l’Hexagone.

Alors qu’à l’échelle nationale environ deux tiers des dépenses de recherche et développement sont portées par les entreprises, 88 % de la R&D ultramarine repose sur les administrations et organismes publics.

L’INSEE cite notamment le Centre national d’études spatiales en Guyane ainsi que les implantations du Cirad en Guadeloupe et à La Réunion.

Sébastien Durier, responsable de la division statistiques régionales et locales de l’INSEE, souligne auprès de RCI que cette innovation, même moins importante à l’échelle nationale, « peut être très structurante pour les économies locales ».

Au-delà des seuls indicateurs économiques, l’édition 2026 de La France et ses territoires met ainsi en évidence une même mécanique : réseaux de transport, infrastructures numériques, logements, équipements et capacités d’innovation participent ensemble aux conditions de développement des territoires.

Pour les DROM, leurs besoins restent étroitement liés à des trajectoires démographiques et économiques très différentes d’un territoire à l’autre.