Le secteur du bâtiment est le premier producteur de déchets en France. Dans les Outre-mer, cet enjeu est encore plus complexe. Les matériaux de construction sont en grande partie importés, les gisements de déchets restent relativement modestes et les solutions de valorisation locales demeurent limitées. À cela s’ajoutent le coût du transport maritime et la rareté du foncier nécessaire à l’implantation d’infrastructures de traitement.
C’est dans ce contexte que les premières Assises de l’économie circulaire dans les Outre-mer ont consacré un atelier à la construction circulaire. Les échanges ont mis en évidence un constat partagé : les territoires ultramarins ne pourront développer des filières pérennes de valorisation des déchets du bâtiment qu’en construisant des modèles adaptés à leurs propres réalités.
Des contraintes structurelles qui compliquent la gestion des déchets de chantier
Contrairement à l’Hexagone, les Outre-mer disposent de marchés plus restreints et de volumes de déchets souvent insuffisants pour rentabiliser certaines installations industrielles. Les solutions consistant à exporter les déchets vers l’Hexagone se heurtent, quant à elles, à des coûts logistiques élevés et à une organisation particulièrement complexe.
« Il faut assurer la cohérence de l’ensemble du service », a résumé Jérôme Dassigny, directeur des affaires publiques, relations collectivités locales et maîtrise d’ouvrage chantier de Valobat.
Autrement dit, une filière ne peut fonctionner que si chaque maillon est sécurisé : collecte, points de dépôt, préparation des matériaux, transport et débouchés industriels.
Des filières commencent néanmoins à se structurer
La filière à responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB) constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers de structuration.
En Guyane et en Martinique, Valobat a fait le choix de proposer un interlocuteur unique pour la partie aval de la filière et de s’appuyer sur une présence opérationnelle directement implantée dans les territoires.
Les premiers résultats commencent à apparaître. En Martinique, un premier projet de déchetterie professionnelle est désormais opérationnel. D’autres pourraient suivre afin de mieux mailler le territoire et d’offrir aux professionnels du bâtiment des solutions de dépôt plus accessibles.
Certaines filières de valorisation émergent également. Le cas du plâtre a été cité comme exemple. Une installation de traitement a pu voir le jour grâce à la mobilisation de plusieurs acteurs : Martinique Recyclage, le groupe SEEN, l’ADEME, la Collectivité territoriale de Martinique et un cimentier capable d’utiliser la matière produite. De son côté, Valobat garantit les tonnages nécessaires au fonctionnement de la filière.
L’exemple illustre une réalité souvent rappelée au cours des Assises : la construction circulaire ne repose pas uniquement sur des innovations techniques. Elle suppose de coordonner l’ensemble des acteurs de la chaîne, du producteur de déchets jusqu’à l’utilisateur final des matériaux valorisés.
Le changement d’échelle reste le principal défi
Tous les matériaux ne disposent pas encore d’une solution de valorisation adaptée.
Les membranes bitumineuses utilisées pour l’étanchéité des toitures plates en sont une illustration. Leur dépose sélective est techniquement possible. En revanche, aucune filière locale de traitement n’existe aujourd’hui. Leur transport soulève également des interrogations. Sous l’effet de la chaleur, le matériau peut se ramollir et compliquer les opérations de manutention après plusieurs milliers de kilomètres de transport maritime.
Au-delà de ces difficultés techniques, d’autres freins demeurent. Les intervenants ont notamment souligné l’importance des enjeux normatifs et assurantiels. L’utilisation de matériaux recyclés ou issus du réemploi doit répondre à des exigences de performance et de sécurité parfois difficiles à concilier avec les réalités économiques des petits marchés ultramarins.
Les échanges ont finalement montré que la question des déchets du bâtiment dépasse largement la seule dimension environnementale. Elle pose celle de la capacité des territoires ultramarins à développer de nouvelles activités économiques, à créer des débouchés industriels locaux et à mieux valoriser des ressources aujourd’hui encore largement sous-exploitées.
Série spéciale – Retour sur les premières Assises de l’économie circulaire dans les Outre-mer (2/6)









