Les territoires d’Outre-mer disposent d’un large éventail de ressources susceptibles d’alimenter une construction plus sobre en carbone, comme la bagasse de canne, bambou, terre crue ou encore bois locaux.
Pourtant, ces matériaux restent encore peu utilisés à grande échelle dans le secteur du bâtiment. C’est le constat dressé par le Cerema dans son étude publiée en avril 2026 sur l’état des filières biosourcées et géosourcées en Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte.
Des ressources locales aux applications déjà identifiées
En Guadeloupe, la canne à sucre occupe environ 12 000 hectares, soit près d’un tiers de la surface agricole utile du territoire. La bagasse issue de sa transformation constitue un gisement important, mais près de 90 % de cette ressource est déjà mobilisée pour la production d’électricité et de chaleur par l’usine Gardel.
Le bambou représente également un potentiel significatif, avec un gisement estimé à environ 4 000 tonnes par an, tandis que la banane, cultivée sur près de 2 500 hectares, ouvre des perspectives de valorisation des fibres végétales dans les matériaux isolants ou les bétons végétaux.
Le rapport souligne également le potentiel de ressources géosourcées déjà présentes dans les territoires. En Guadeloupe, la terre crue est identifiée comme la ressource présentant le meilleur rapport entre disponibilité et coût, avec des usages envisageables en pisé, en torchis, en adobe ou encore en blocs de terre comprimée. La pierre volcanique, déjà exploitée sous forme de granulats pour les travaux de voirie, pourrait également trouver de nouveaux débouchés dans la réhabilitation du patrimoine bâti et certains aménagements architecturaux.
Le défi désormais : transformer les gisements en véritables filières
Mais entre le gisement et le chantier, un fossé subsiste encore. Dans la plupart des territoires étudiés, les capacités de transformation industrielle demeurent limitées. Le Cerema évoque des chaînes de production incomplètes, un manque d’équipements de transformation, des filières commerciales peu structurées et des difficultés persistantes de normalisation et d’assurabilité.
Le bois local illustre particulièrement cette situation : malgré l’existence de ressources disponibles, l’absence de scieries structurées, de capacités de séchage et de traitement ou encore le déficit de compétences freinent leur valorisation. Certains acteurs interrogés évoquent même un coût du bois local trois à 4 fois supérieur à celui du bois importé.
Au-delà des seuls enjeux techniques, l’étude met en lumière une question plus structurelle. Les territoires ultramarins disposent déjà d’une partie des ressources nécessaires à une construction davantage ancrée dans les réalités climatiques tropicales.
Le véritable défi consiste désormais à transformer ces gisements dispersés en filières économiques capables de produire, transformer, certifier et commercialiser des matériaux de construction à une échelle compatible avec les besoins du secteur.
Pour le bâtiment ultramarin, l’enjeu est loin d’être anecdotique. Développer ces filières pourrait contribuer à réduire la dépendance aux importations, créer de nouvelles activités économiques locales, renforcer l’économie circulaire et accompagner la décarbonation du secteur de la construction.
Le rapport du Cerema montre ainsi que la question n’est plus de savoir si les Outre-mer disposent de ressources biosourcées et géosourcées, mais comment organiser leur montée en puissance pour qu’elles deviennent demain de véritables matériaux de construction du territoire.

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