Longtemps cantonnée à une image de matériau alternatif ou principalement environnemental, la construction bois cherche désormais à s’imposer comme une solution technique à part entière dans le secteur du bâtiment. Rapidité d’exécution, préfabrication hors site, légèreté structurelle, adaptation aux contraintes climatiques ou encore optimisation des chantiers : lors du Salon des Bâtisseurs 2026, Paul Andrier, chargé de prescription bois chez Piveteau Bois, a surtout défendu une vision industrielle et performante du bois appliqué aux réalités du BTP martiniquais.
Une filière bois de plus en plus industrialisée
L’intervention insiste d’abord sur l’évolution industrielle de la filière bois ces dernières années.
Historiquement implanté en Vendée, le groupe Piveteau Bois transforme aujourd’hui plus d’un million de mètres cubes de bois par an à travers plusieurs sites de production spécialisés dans la première et la seconde transformation du matériau.
Mais la conférence montre surtout à quel point les procédés industriels ont évolué.
Paul Andrier évoque notamment l’utilisation :
- de scanners à rayons X,
- d’outils d’optimisation automatisés,
- et de technologies proches de l’intelligence artificielle pour analyser les grumes et maximiser la valorisation de la matière.
Ces systèmes permettent d’identifier les singularités du bois, détecter les nœuds ou fissures, adapter automatiquement les schémas de sciage, et améliorer le rendement matière.
Selon l’intervenant, ces outils auraient permis d’obtenir des gains de productivité compris entre 1 et 5 % depuis leur intégration industrielle en 2018.
La conférence rappelle également que l’objectif n’est plus seulement de produire des planches ou du bardage, mais de développer de véritables produits d’ingénierie bois : lamellé-collé, CLT, panneaux structurels, éléments préfabriqués, ou systèmes constructifs hybrides.
Le hors-site et la préfabrication changent la logique des chantiers
L’un des thèmes les plus présents de la conférence concerne la préfabrication hors site.
Paul Andrier explique que de nombreux systèmes bois arrivent désormais sur chantier déjà assemblés ou préfabriqués :
- murs à ossature bois,
- façades complètes,
- panneaux structurels,
- ou caissons isolés prêts à poser.
Cette approche réduit fortement les temps d’intervention sur site, les nuisances, les aléas météo, ainsi que certaines contraintes logistiques.
L’intervenant cite notamment l’exemple de projets de réhabilitation énergétique où les façades bois sont entièrement fabriquées en atelier avant d’être simplement levées puis fixées sur le bâtiment existant.
Selon lui, certaines opérations permettent ainsi de gagner plusieurs mois sur le calendrier global d’un chantier.
La conférence met aussi en avant les avantages du bois dans les opérations de surélévation, d’extension, ou de réhabilitation, grâce à la légèreté du matériau.
Cette réduction des charges peut limiter les renforcements structurels, réduire certaines fondations, et simplifier les interventions sur des bâtiments existants.
Paul Andrier insiste également sur les conditions de chantier : « Sur un chantier bois, il n’y a pas de poussière, pas de nuisances comparables à un chantier traditionnel. »
Le sujet dépasse donc largement la seule question environnementale. Il touche aussi à l’organisation des opérations et à la productivité des chantiers.
Un matériau présenté comme compatible avec les contraintes tropicales
La conférence cherche aussi à répondre à plusieurs interrogations fréquemment associées à la construction bois dans les territoires tropicaux.
Paul Andrier rappelle notamment que les systèmes constructifs bois sont aujourd’hui dimensionnés pour répondre :
- aux contraintes sismiques,
- aux vents cycloniques,
- à l’humidité,
- et aux problématiques thermiques.
La légèreté et la souplesse du matériau sont présentées comme des atouts importants face aux efforts sismiques et aux sollicitations liées au vent.
L’intervenant évoque également les traitements de durabilité, notamment les procédés par autoclave utilisés pour protéger les ouvrages contre l’humidité, les termites, et les agressions biologiques.
Plusieurs réalisations présentées pendant la conférence montrent d’ailleurs des projets de logements collectifs, de bureaux, de réhabilitation, ou de bâtiments de grande hauteur, construits à partir de systèmes hybrides mêlant bois, béton et acier.
Parmi les exemples évoqués figure notamment la tour Hyperion à Bordeaux, un immeuble en structure bois atteignant environ 50 mètres de hauteur et 16 étages.
Le débat se déplace vers le coût global des projets
L’un des points les plus intéressants de la conférence concerne la question économique.
Paul Andrier reconnaît que le bois peut parfois générer un surcoût initial sur la fourniture, estimé entre 5 et 15 % selon les projets.
Mais il insiste surtout sur la nécessité d’analyser le coût global d’une opération plutôt que le seul prix des matériaux.
Selon lui, plusieurs facteurs peuvent compenser ce différentiel :
- réduction du temps chantier,
- diminution des fondations,
- livraison plus rapide,
- baisse des nuisances,
- optimisation des surfaces habitables,
- ou encore réduction de certaines charges de structure.
La conférence cite notamment une étude nationale de la construction bois publiée en 2025, montrant que les murs à ossature bois permettraient d’obtenir jusqu’à 8 % de surface habitable supplémentaire grâce à des parois plus fines intégrant directement l’isolation.
L’intervention montre ainsi que le débat économique autour du bois évolue progressivement du coût matière, vers une logique plus large de coût global, de délais et de performance chantier.
Le feu reste l’un des principaux freins culturels
Une part importante de la conférence est enfin consacrée aux idées reçues liées au comportement du bois face à l’incendie.
Paul Andrier explique que le bois bénéficie au contraire d’un comportement jugé prévisible grâce au phénomène de carbonisation de surface.
Selon lui, cette couche carbonisée protège progressivement le cœur de la structure, permettant de conserver une partie importante des capacités mécaniques du matériau.
L’intervenant évoque une vitesse moyenne de combustion d’environ 0,7 millimètre par minute et par face, ce qui permet d’intégrer précisément les exigences réglementaires dès la phase de dimensionnement.
La conférence compare également le comportement du bois à celui du béton, ou de l’acier, dont les performances mécaniques chutent fortement sous l’effet des très hautes températures.
Au-delà des aspects réglementaires, cette séquence montre surtout que le développement du bois dans la construction passe encore par un travail de pédagogie auprès des professionnels comme du grand public.
Une filière qui cherche à gagner en crédibilité dans le BTP martiniquais
À travers cette intervention, la construction bois apparaît moins comme une niche environnementale que comme une filière cherchant à renforcer sa crédibilité technique, industrielle et économique dans le secteur du bâtiment.
Préfabrication, rapidité d’exécution, optimisation des chantiers, adaptation aux contraintes climatiques ou mixité constructive : la conférence montre que le bois tente désormais de répondre à des problématiques très concrètes du BTP contemporain.
Mais elle révèle aussi que le développement de cette solution constructive dépend encore :
- de l’acceptation des professionnels,
- de la maîtrise des coûts,
- des habitudes de conception,
- et de la capacité du secteur à intégrer davantage de systèmes hybrides mêlant bois, béton et acier dans les projets martiniquais.
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