Cap sur l’Avenir : Arnaud Guilloré et les Défis de Lafarge Antilles

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    « D’ici 2030, notre objectif est clair : réduire drastiquement notre empreinte carbone pour un avenir plus vert »

    Arnaud Guilloré, à la tête de Lafarge Antilles, dirige avec vigueur trois structures clés dans le secteur des matériaux de construction. Entre les fluctuations du marché et les impératifs écologiques, sa vision pragmatique et son optimisme mesuré sculptent l’avenir de la société dans un paysage économique et environnemental complexe. Nous l’interrogeons sur les stratégies adoptées pour naviguer dans ces eaux agitées, tout en visant l’excellence et le développement durable. De la Russie aux Antilles, son parcours est un témoignage de l’adaptabilité et de la persévérance nécessaires pour diriger une industrie essentielle au secteur du BTP. Nous l’avons rencontré pour discuter des réalisations, des défis et des ambitions de l’entreprise.

    Pourriez-vous nous résumer votre parcours jusqu’à votre poste actuel ?

    Mon itinéraire professionnel a démarré en Russie où j’ai passé cinq ans au sein d’un grand groupe français du BTP avant de venir aux Antilles. Ici, j’ai d’abord travaillé pour le groupe Gouyer, spécialisé dans le béton prêt à l’emploi (racheté plus tard par le Groupe Colas). En 2011, j’ai rejoint Lafarge en tant que Directeur de la filiale béton en Guadeloupe et depuis 2016, je suis le Directeur Général de Lafarge Antilles.

    Lafarge Ciment Antillais est présent en Martinique et en Guadeloupe. Combien d’employés comptez-vous et comment se structure votre entreprise ?

    Nous sommes environ 120 employés répartis entre la Martinique et la Guadeloupe au sein de trois sociétés. La première est Lafarge Ciment Antillais qui produit et commercialise du ciment grâce à deux stations de broyage installées sur chaque île. Ensuite, Le Béton Contrôlé qui opère en Guadeloupe dans le béton prêt à l’emploi. Et la troisième est la SAM, qui distribue des produits techniques et innovants pour le bâtiment et les travaux publics.

    La fabrication du ciment est complexe. Pouvez-vous nous expliquer votre processus ?

    Le processus commence avec la fabrication du clinker, qui n’est pas produit localement. Nous le recevons d’Algérie, d’Amérique latine ou des Caraïbes. Le Clinker est broyé avec de la pouzzolane, produit des carrières de Martinique et de Guadeloupe, et du gypse. Nos ciments sont normalisés et adaptés aux spécificités de nos territoires 

    Usine de Fort de France

    Depuis 2008, la consommation de ciment est en forte baisse, quel a été l’impact sur votre marché et quels chiffres clés pouvez-vous partager ?

    La crise a créé une véritable rupture. Si on remonte à 2008, juste avant les crises sociale et internationale, nous étions à un point haut avec 530 000 tonnes de ciment vendues par an. En 2023, nous avons produit et commercialisé 330 000 tonnes de ciment, soit une chute d’environ 40% sur 15 ans. Cela est dû à des facteurs multiples, dont la diminution de la population, la fin d’importants chantiers structurants (Port – Aéroport – Hôpitaux – Centrales électriques) et les évolutions de la politique publique en matière de logement (Baisse de la LBU et loi sur la défiscalisation du logement privé moins favorable). Sur les dernières années la baisse annuelle est d’environ 5 à 6%.

    Face aux défis économiques actuels, comment envisagez-vous l’avenir de votre marché en Martinique et en Guadeloupe ?

    Je reste fondamentalement optimiste. Nous ne pourrons sans doute pas revenir au niveau de ventes de 2008 sans un changement de politique publique et une inversion de la tendance démographique. Néanmoins, nous proposons des solutions innovantes et durables pour nous adapter à la baisse de production et répondre aux besoins de nos territoires. Il s’agit de trouver les moyens de continuer à se développer en dépit des circonstances.

    Concernant l’octroi de mer, quelle est votre position face à cette taxe qui soutient l’économie locale ?

    L’octroi de mer est une question épineuse. C’est un outil qui soutient l’économie locale et le financement des collectivités. Notre position est alignée avec celle de la majorité des élus locaux et des organisations professionnelles locales: tout changement doit être abordé avec précaution. Il s’agit de préserver à la fois le pouvoir d’achat de la population, les recettes des communes et le tissu industriel local. Supprimer cet outil sans une alternative adaptée pourrait mettre en péril les industries locales dont la nôtre. Il est essentiel de trouver un juste milieu qui favorise le développement économique tout en protégeant les acteurs existants.

    La gestion des paiements peut être complexe dans le BTP. Comment abordez-vous ces défis ?

    Notre filiale ciment ne répond pas directement aux marchés publics, nos principaux clients étant des industriels ou des distributeurs. Pour notre filiale béton, qui travaille avec les entreprises de construction ou les artisans, la situation est parfois plus complexe. Nous assurons un suivi rigoureux et essayons d’accompagner nos clients du mieux possible.

    Quels sont vos objectifs pour Lafarge Ciment Antillais en matière de développement durable et comment votre entreprise contribue-t-elle concrètement à la protection de l’environnement dans cette optique ?

    Notre objectif est clair : minimiser notre empreinte environnementale d’ici à 2030. Pour y parvenir, nous avons adopté une stratégie à plusieurs leviers. Le premier, favoriser l’économie circulaire, en collaborant étroitement avec des acteurs locaux tels qu’Albioma en Guadeloupe et le Groupe SEEN en Martinique. Ces partenariats nous permettent d’utiliser des résidus de fabrication industrielle et du plâtre recyclé, intégrant ainsi les principes de durabilité dans nos processus. Par ailleurs, nous nous sommes engagés vers une plus grande autonomie énergétique, avec l’installation de panneaux photovoltaïques sur nos infrastructures. Nous visons l’objectif net zéro carbone en 2050. Ces efforts sont reconnus par notre récente certification ISO 14001 obtenue en 2018, qui réaffirme notre engagement envers une amélioration continue de nos pratiques environnementales.

    Vous avez parlé précédemment des jeunes dans le BTP,  comment votre Groupe attire-t-il les jeunes vers une industrie souvent perçue comme moins attrayante ?

    Le développement économique n’est pas dissociable du progrès social. Des politiques pour la santé et la sécurité, l’emploi et la formation ou la scolarisation sont donc menées en partenariat avec les collectivités locales et le monde de l’éducation.

    Nous investissons aussi dans l’amélioration de l’image de nos sites avec des initiatives comme l’intégration d’espaces verts et des actions de sensibilisation auprès des jeunes. Nous voulons montrer que l’industrie du ciment et du béton est dynamique, porteuse d’innovation et cruciale pour le développement durable de nos îles. Notre objectif est de convaincre que nos métiers offrent des carrières valorisantes et essentielles à la construction de notre avenir.

    Propos recueillis par Philippe PIED

     

     

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