Jusqu’à 42 °C annoncés dans certaines régions, 49 départements placés en vigilance rouge… Le nouvel épisode caniculaire que traverse la France rappelle une réalité de plus en plus tangible : le rafraîchissement des bâtiments est désormais un enjeu majeur d’adaptation climatique.
Dans un dossier de presse consacré au froid renouvelable, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) soulignent que la géothermie de surface, le géocooling et les réseaux de froid constituent des leviers déjà disponibles pour répondre à cette problématique.
La climatisation, une réponse qui peut aussi réchauffer les villes
En France, la climatisation représente aujourd’hui environ 6 % de la consommation totale d’électricité, soit près de 30 TWh par an. Cette demande pourrait encore augmenter à mesure que les épisodes de chaleur extrême se multiplient.
Or, le développement massif des climatiseurs n’est pas sans conséquence. Selon le dossier de presse publié par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), les rejets d’air chaud des systèmes de climatisation peuvent accentuer l’effet d’îlot de chaleur urbain, avec une augmentation des températures comprise entre +0,5 et +2 °C dans certains environnements fortement urbanisés.
La problématique dépasse d’ailleurs le cadre national. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la consommation mondiale d’énergie liée à la climatisation pourrait tripler d’ici 2050.
Dans le même temps, les émissions de CO₂ associées au développement de l’air conditionné dans les pays émergents pourraient progresser de 50 %.
Le défi est donc clair : comment maintenir le confort d’été des bâtiments sans créer de nouvelles pressions énergétiques et climatiques ?
Géothermie de surface, géocooling, réseaux de froid : des solutions déjà disponibles
Face à cette équation, les acteurs de la filière des énergies renouvelables mettent en avant une autre approche : produire du froid autrement. Parmi les solutions disponibles figurent la géothermie de surface, le géocooling et les réseaux de froid renouvelable.
La fraîcheur naturelle du sous-sol
La géothermie de surface repose sur une caractéristique naturelle du sous-sol. À quelques mètres de profondeur, la température reste remarquablement stable tout au long de l’année, généralement entre 8 et 16 °C.
Cette fraîcheur peut être utilisée pour rafraîchir un bâtiment sans recourir aux systèmes de climatisation conventionnels.
Le géocooling, aussi appelé rafraîchissement passif, exploite directement cette température naturelle. Contrairement à une climatisation classique, il ne nécessite pas le fonctionnement permanent d’une pompe à chaleur.
Selon le SER et le BRGM, ses performances peuvent atteindre près de 60 kWh de frigories produits pour seulement 1 kWh d’électricité consommée.
La géothermie de surface n’est plus une technologie expérimentale. Elle chauffe ou rafraîchit déjà près d’un million de Français, preuve que cette solution est désormais déployée à grande échelle.
Des réseaux qui mutualisent le froid
Autre modèle en développement : les réseaux de froid. Plutôt que d’équiper chaque bâtiment d’un système individuel, ils mutualisent la production de froid à l’échelle d’un quartier, d’un campus, d’un hôpital ou d’un ensemble tertiaire.
En 2024, la France comptait déjà 294 kilomètres de réseaux, qui ont livré environ 0,9 TWh de froid.
Leur intérêt dépasse la seule performance énergétique. En centralisant la production de froid, ces infrastructures réduisent les consommations électriques, limitent les nuisances sonores et visuelles et, surtout, n’alimentent pas les îlots de chaleur urbains comme le font les climatiseurs individuels.
Un enjeu de politique énergétique et de résilience du bâti
Le développement du froid renouvelable s’inscrit désormais dans une perspective de long terme. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) fixe ainsi une trajectoire de 2 TWh de froid livré en 2030, puis de 2,5 à 3 TWh à l’horizon 2035.
Plusieurs annonces récentes du gouvernement visent également à accélérer le déploiement de la géothermie, notamment à travers des mesures de simplification administrative, le renforcement des capacités industrielles et de nouveaux outils de financement.
Ces orientations traduisent une évolution plus profonde. Le refroidissement des bâtiments ne peut plus être considéré comme une simple question de confort. Il devient progressivement un sujet de politique énergétique, d’aménagement urbain et d’adaptation au changement climatique.
Cette réflexion résonne particulièrement dans les territoires ultramarins. Confrontés à des températures élevées et à une forte dépendance à la climatisation, ils pourraient trouver dans le froid renouvelable un levier supplémentaire de résilience.
La géothermie constitue déjà une réalité en Guadeloupe, qui accueille la centrale géothermique de Bouillante, tandis que le potentiel de la Martinique, de La Réunion et de Mayotte est également identifié par la filière.
Face aux canicules appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses, la question n’est donc plus seulement de savoir comment rafraîchir les bâtiments.
Elle est aussi de déterminer comment le faire sans réchauffer davantage les villes ni accroître la pression sur les systèmes énergétiques. À ce titre, la géothermie de surface et les réseaux de froid apparaissent comme des solutions appelées à changer d’échelle.









