Le bruit reste de loin la nuisance professionnelle la plus répandue dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Une étude publiée le 7 avril 2026 par Santé publique France dresse un état des lieux détaillé des expositions auxquelles sont confrontés les travailleurs du BTP en France hexagonale.
En croisant les matrices emplois-expositions du programme Matgéné avec les données du recensement de la population de 2019, les chercheurs montrent que plus d’un million de professionnels du secteur sont exposés à des niveaux sonores élevés sur leur lieu de travail.
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Le bruit, nuisance dominante sur les chantiers
Parmi les neuf agents étudiés dans cette analyse, le bruit apparaît comme la nuisance la plus fréquente dans le secteur.
Selon les estimations de Santé publique France, 62,1 % des travailleurs du BTP sont exposés à un niveau sonore d’au moins 70 dB(A) sur leur lieu de travail, soit environ 1,06 million de personnes.
Cette exposition sonore élevée s’explique notamment par l’utilisation d’engins de chantier, les opérations de perçage et de découpe, les travaux de démolition ou encore certaines activités de génie civil.
Les chercheurs rappellent que l’exposition prolongée à ces niveaux sonores peut provoquer des atteintes auditives irréversibles, ce qui en fait un enjeu majeur de prévention dans le secteur.
Des expositions nettement plus élevées que dans les autres secteurs
Au-delà du bruit, l’étude met en évidence une forte exposition des travailleurs du BTP à plusieurs nuisances professionnelles. Dans de nombreux cas, les proportions d’exposés sont trois à dix fois supérieures à celles observées dans l’ensemble de la population active.
Les écarts les plus marqués concernent notamment :
- le bruit
- les carburants et solvants pétroliers
- le formaldéhyde
- les poussières de bois
- les laines minérales
- les poussières de silice cristalline.
Ces résultats confirment que le BTP constitue une population particulièrement exposée à des risques professionnels multiples, liés à la nature même des activités réalisées sur les chantiers.
Silice, isolants et solvants parmi les principaux agents d’exposition
L’étude identifie également plusieurs agents chimiques ou physiques auxquels une part importante des travailleurs est exposée.
Ainsi, 39,2 % des travailleurs du BTP seraient exposés aux poussières de silice cristalline, présentes notamment dans le béton, le ciment ou les matériaux contenant du sable.
Par ailleurs, 29,7 % des professionnels sont exposés aux laines minérales, utilisées comme isolants thermiques ou acoustiques dans les bâtiments.
Les carburants et solvants pétroliers concernent quant à eux 12,7 % des travailleurs, tandis que les poussières de bois touchent près de 8 % des professionnels, notamment dans les métiers liés à la menuiserie ou à l’aménagement intérieur.
Certaines expositions apparaissent en revanche plus limitées. Les solvants chlorés concernent par exemple une part très faible de travailleurs.
Les ouvriers et artisans en première ligne
La population étudiée représente environ 1,7 million de travailleurs du BTP en France hexagonale, dont près de 88,5 % d’hommes.
Les ouvriers qualifiés et non qualifiés concentrent la majorité des expositions identifiées dans l’étude. Les artisans constituent également une catégorie particulièrement concernée par certaines nuisances professionnelles, notamment les expositions chimiques.
Les intérimaires représentent pour leur part 4,6 % de la population du secteur, avec des proportions plus importantes dans les métiers les moins qualifiés.
Un secteur toujours fortement touché par les accidents du travail
Les résultats de l’étude s’inscrivent dans un contexte de sinistralité encore élevée dans la filière construction. Entre 2019 et 2022, le BTP représentait environ 15 % des accidents du travail avec arrêt et près de 20 % des décès liés à un accident du travail.
En 2023, le secteur a enregistré 76 800 accidents du travail, 149 décès et plus de 6 900 maladies professionnelles reconnues.
Ces chiffres illustrent les enjeux de prévention auxquels reste confronté le secteur.
Mieux comprendre les multi-expositions dans le BTP
Pour les auteurs de l’étude, l’un des apports majeurs de ce travail réside dans l’analyse simultanée de plusieurs types d’expositions. Cette approche permet d’ouvrir de nouvelles perspectives pour mieux comprendre les situations de multi-exposition auxquelles peuvent être confrontés les travailleurs du BTP au cours de leur carrière.
Les chercheurs indiquent ainsi vouloir poursuivre leurs travaux afin d’analyser l’évolution de ces expositions dans le temps, de comparer les résultats avec des études internationales et d’approfondir la situation de certaines populations spécifiques, notamment les travailleurs intérimaires.









