Le ralentissement se confirme dans les travaux publics. Selon le bulletin de conjoncture publié le 24 juillet 2026 par la FNTP, à partir de l’enquête trimestrielle réalisée avec l’Insee, l’opinion des entrepreneurs se détériore sur l’activité, les commandes et l’emploi.
Le principal signal d’alerte vient des carnets de commandes. Leur solde d’opinion tombe à -49, contre une moyenne historique de -24, atteignant son niveau le plus bas depuis 2016, crise sanitaire incluse.
L’activité décroche, les anticipations aussi
Au cours des trois derniers mois, le solde d’opinion sur l’activité des entreprises atteint -37, très en dessous de sa moyenne de longue période, établie à -5. L’indicateur recule pour le troisième trimestre consécutif et évolue à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis octobre 2015, hors crise sanitaire.
La tendance n’est pas plus favorable pour les mois à venir. Le solde relatif à l’activité attendue au cours des trois prochains mois descend à -43, contre une moyenne historique de -12. Il diminue depuis avril 2025 et atteint lui aussi ses plus bas niveaux depuis 2015.
Dans son bulletin, la FNTP relève que « les entrepreneurs se montrent de nouveau plus pessimistes qu’au trimestre précédent ».
Ces soldes d’opinion ne correspondent pas à des pourcentages de baisse de l’activité. Ils représentent la différence entre la proportion d’entrepreneurs signalant une amélioration et celle des entreprises faisant état d’une dégradation.
Le recul touche les deux grandes catégories de clientèle, mais il apparaît plus marqué sur les marchés liés aux collectivités locales. Pour l’activité passée, le solde atteint -52 auprès de cette clientèle, contre -34 pour le secteur privé. Sur l’activité future, l’écart reste important, avec respectivement -53 et -33.
Les carnets de commandes au plus bas depuis 2016
La situation des commandes constitue le point le plus préoccupant de l’enquête. Les entrepreneurs jugent « leurs carnets de commande encore plus dégarnis qu’au trimestre précédent ».
Le solde global s’établit à -49, soit 25 points sous sa moyenne historique. La dégradation est particulièrement prononcée pour les entreprises travaillant avec les collectivités locales, où l’indicateur tombe à -60, contre une moyenne de -30. Pour le secteur privé, le solde atteint -40, contre une référence historique de -27.
Cette différence ne signifie pas que le recul est absent du marché privé. Elle montre toutefois que les entreprises dépendant de la commande des collectivités expriment un pessimisme plus marqué sur le niveau de leurs carnets.
Le bulletin ne fournit pas les montants des marchés attribués ni les volumes de travaux correspondants, mais la tendance mesurée auprès des entrepreneurs est nette.
Le manque de demande freine plus d’une entreprise sur deux
L’insuffisance de la demande est désormais le premier obstacle déclaré par les entreprises de travaux publics. Elle est citée par 56 % des répondants, contre une moyenne de 37 % sur la période 2004-2026.
Les contraintes climatiques arrivent en deuxième position. Elles concernent 33 % des entreprises, soit trois fois leur moyenne historique de 11 %. Cette proportion atteint un niveau qui n’avait plus été observé depuis avril 2018.
Environ une entreprise sur cinq fait également état de difficultés liées au personnel. Le tableau détaillé du bulletin retient une proportion de 21 %, contre une moyenne historique de 25 %. Les contraintes financières sont citées par 20 % des répondants, soit presque deux fois leur moyenne de long terme, fixée à 11 %.
À l’inverse, le manque de matériel reste très marginal : il ne concerne que 1 % des entreprises, contre une moyenne de 3 %. Les difficultés actuelles apparaissent donc moins liées à la disponibilité des équipements qu’au manque de commandes, aux conditions climatiques et aux tensions financières.
Emploi et délais de paiement sous pression
La détérioration gagne également les perspectives d’emploi. Le solde d’opinion sur l’évolution des effectifs au cours des trois prochains mois descend à -19, contre une moyenne historique de -11.
Ce chiffre ne correspond pas à une prévision de suppression de 19 % des emplois. Il indique que les entreprises anticipant une réduction de leurs effectifs sont plus nombreuses que celles envisageant de les augmenter.
Le bulletin ne précise ni le nombre de postes concernés ni les métiers les plus exposés.
Autre point de vigilance : le solde relatif aux délais de paiement augmente fortement et repasse nettement au-dessus de sa moyenne de long terme. Pour cet indicateur particulier, une hausse traduit une dégradation, les entreprises étant plus nombreuses à signaler des délais de règlement défavorables.
L’incertitude économique ressentie par les entrepreneurs progresse elle aussi. Elle se rapproche de son plus haut niveau historique d’avril 2022, pour une série statistique commencée en 2021.
Une fin d’année sous surveillance
Réalisée auprès d’un échantillon représentatif d’environ 2 000 entreprises, l’enquête FNTP-Insee fait apparaître une dégradation généralisée de la conjoncture nationale des travaux publics.
L’activité récente recule, les perspectives s’assombrissent, les carnets de commandes se contractent et les intentions d’emploi deviennent plus défavorables. La reconstitution de la demande, notamment sur les marchés liés aux collectivités locales, sera l’un des principaux enjeux du secteur au cours des prochains mois.









