ZAN : le foncier constructible devient un enjeu stratégique pour l’avenir de la construction en Martinique

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La trajectoire Zéro Artificialisation Nette (ZAN) va progressivement modifier les conditions de développement urbain en Martinique. Une étude de l’ADDUAM montre que les réserves foncières inscrites dans les PLU représentent encore un potentiel important d’urbanisation, mais que plusieurs territoires devront revoir leurs stratégies pour concilier besoins en logements, développement économique et réduction de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers.

La construction de demain devra composer avec une nouvelle donnée : le foncier disponible devient une ressource à maîtriser. Inscrite dans la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, la trajectoire ZAN fixe un objectif de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) entre 2021 et 2031, avant d’atteindre le zéro artificialisation nette à horizon 2050.

Dans ce contexte, l’ADDUAM a analysé les réserves foncières encore programmées dans les Plans locaux d’urbanisme (PLU) afin d’évaluer leur compatibilité avec ces objectifs de sobriété foncière. L’étude porte notamment sur les zones à urbaniser (AU), c’est-à-dire les secteurs identifiés pour accueillir de futurs projets d’aménagement.


Les PLU concentrent encore d’importantes réserves foncières

L’étude de l’ADDUAM met en évidence un enjeu majeur pour les prochaines années : les documents d’urbanisme martiniquais prévoient encore des capacités d’ouverture à l’urbanisation qui pourraient représenter une consommation future d’espaces naturels, agricoles et forestiers.

Au total, 235 zones AU ont été analysées sur les communes disposant d’un document d’urbanisme local.

Ces secteurs ne sont pas tous au même niveau de maturité. Certains sont déjà artificialisés, d’autres partiellement engagés, tandis que plusieurs restent encore non urbanisés. Leur devenir constitue donc un levier important dans l’atteinte des objectifs ZAN.

Pour les collectivités, l’enjeu est désormais d’arbitrer entre plusieurs impératifs : préserver les espaces agricoles et naturels, maintenir une capacité de production de logements et accompagner le développement économique.

Des situations contrastées selon les territoires

L’analyse de l’ADDUAM montre que la trajectoire vers la sobriété foncière ne se présente pas de la même manière selon les territoires.

L’Espace Sud face à une forte pression foncière

Le territoire de la CAESM apparaît comme l’un des secteurs les plus exposés. L’étude recense :

  • 140 zones à urbaniser (AU) ;
  • 383,37 hectares encore disponibles dans ces zones ;
  • une consommation programmée jugée élevée au regard des objectifs fixés pour 2031.

Selon l’analyse de l’agence, la perspective d’atteindre l’objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’ENAF est considérée comme « peu probable » sur ce territoire.

Plusieurs communes font l’objet d’une attention particulière, notamment Les Anses-d’Arlet, Le Marin, Rivière-Salée et Saint-Esprit.

CAP Nord : une consommation déjà fortement engagée

Au nord de la Martinique, la pression foncière est également visible. Entre 2011 et 2020, CAP Nord a consommé 379 hectares d’ENAF, dont 68 % liés à l’habitat, soit près de 259 hectares.

Sur la période 2021-2023, le territoire a déjà consommé 104,3 hectares, soit 56,2 % de l’enveloppe théorique disponible pour l’ensemble de la période 2021-2031 selon les objectifs de réduction fixés.

Cette dynamique réduit mécaniquement les marges de manœuvre restantes pour les années à venir.

La CACEM dans une trajectoire plus favorable

La situation apparaît plus maîtrisée au sein de la CACEM. L’étude recense :

  • 27 zones AU ;
  • 82,61 hectares encore disponibles ;
  • une perspective d’atteinte de l’objectif intermédiaire jugée « atteignable ».

L’ADDUAM nuance toutefois cette situation en soulignant que certaines communes ont déjà consommé une part importante de leur potentiel, notamment Le Lamentin, qui fait l’objet d’un focus spécifique dans l’étude.

Vers une nouvelle manière de produire la ville

Pour les acteurs du bâtiment et de l’aménagement, la trajectoire ZAN implique une évolution profonde des pratiques.

Le développement urbain ne pourra plus reposer uniquement sur l’ouverture de nouveaux secteurs périphériques. Les stratégies devront davantage intégrer :

  • la densification des espaces déjà urbanisés ;
  • le renouvellement urbain ;
  • la mobilisation des friches ;
  • la lutte contre la vacance.

Cette évolution pourrait modifier progressivement la nature des opérations immobilières et des projets d’aménagement. Les collectivités, promoteurs, bailleurs et entreprises devront davantage travailler sur l’optimisation du foncier existant.

Le foncier devient un facteur clé des futurs projets

L’étude de l’ADDUAM montre ainsi que la question foncière sera au cœur des politiques de construction dans les prochaines années. Le défi ne sera pas uniquement de disposer de terrains disponibles, mais d’identifier les secteurs capables d’accueillir de nouveaux projets tout en respectant les objectifs de sobriété imposés par la réglementation.

Pour la filière construction martiniquaise, le ZAN marque donc moins un arrêt du développement urbain qu’un changement de modèle : construire davantage avec moins d’extension urbaine, en valorisant mieux les espaces déjà existants.