Travaux publics : le secteur pourrait perdre près de 15 % de son activité en deux ans

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    Après un recul estimé à 8 % en 2026, l’activité des travaux publics pourrait diminuer de 7 % supplémentaires en 2027. Dans ses prévisions publiées le 20 octobre, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) anticipe ainsi une contraction cumulée proche de 15 % en deux ans. La chute des commandes et les restrictions budgétaires pesant sur les collectivités locales expliquent l’essentiel de cette dégradation.


    Un décrochage déjà marqué en 2026

    La baisse d’activité de 8 % en volume attendue pour 2026 était déjà atteinte à fin août, sans perspective de redressement avant la fin de l’année. Sur les huit premiers mois, le nombre d’appels d’offres publics a reculé de 26 %.

    Les prises de commandes ont également chuté de plus d’un quart, retrouvant des niveaux proches de ceux de la crise sanitaire, tandis que les carnets de commandes continuent de se dégrader.

    Le retournement intervient plus tôt que lors du cycle municipal de 2014. Cette fois, l’activité s’est contractée dès le premier semestre de l’année électorale. Pour la FNTP, cette dégradation précoce, combinée à la faiblesse des nouvelles commandes, annonce une année post-électorale particulièrement difficile.

    Les collectivités locales, principal facteur de contraction

    Les collectivités représentent 43,9 % du chiffre d’affaires national des travaux publics. Leur poids explique l’incidence majeure de leurs choix d’investissement sur l’ensemble du secteur.

    La FNTP prévoit une diminution de 12 % en volume de l’activité réalisée auprès d’elles en 2027, avec des écarts importants : -14 % pour les communes et intercommunalités, -8 % pour les régions et -2 % pour les départements.

    Ces derniers bénéficieraient notamment du redressement des droits de mutation, dont la dynamique semble toutefois s’essouffler.

    Cette évolution résulterait à la fois du cycle municipal et des contraintes financières.

    Après 8,3 milliards d’euros d’efforts demandés aux collectivités en 2025 et 2026, le projet de loi de finances pour 2027 prévoit, selon le gouvernement, une contribution supplémentaire de 5,5 milliards d’euros au redressement des comptes publics.

    Le recentrage envisagé du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) pourrait notamment réduire leurs marges de manœuvre pour investir.

    Le précédent de 2015 illustre la sensibilité des travaux publics au calendrier municipal : le chiffre d’affaires réalisé auprès des collectivités avait alors diminué de 10 %.

    La forte baisse des appels d’offres en 2026 fait désormais craindre un nouveau recul de la production, surtout pour les marchés portés par les communes et les intercommunalités.

    Des perspectives contrastées selon les maîtres d’ouvrage

    L’État, à l’origine de 3,7 % du chiffre d’affaires des travaux publics, devrait enregistrer une baisse d’activité de 10 % en volume en 2027.

    Les infrastructures de transport pourraient une nouvelle fois subir les arbitrages budgétaires, alors que le financement de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) demeure incertain.

    La clientèle privée, qui représente 31,2 % du marché, connaîtrait un repli de 4 %. Malgré une reprise récente des mises en chantier de logements, le ralentissement des autorisations et la faiblesse des ventes de logements neufs fragilisent les perspectives.

    La baisse des surfaces autorisées dans le non-résidentiel pourrait également freiner les investissements.

    Seuls les grands opérateurs, qui concentrent 21,2 % du chiffre d’affaires du secteur, maintiendraient leur niveau d’activité.

    Les chantiers du Lyon-Turin et du canal Seine-Nord Europe, ainsi que les investissements dans les réseaux électriques, compenseraient le ralentissement des opérations de la Société des grands projets et la progression plus lente qu’attendu des investissements ferroviaires.

    Une contraction prolongée qui menace l’emploi

    Avec deux exercices successifs de baisse, la perte cumulée de production approcherait 15 % en volume par rapport à 2025.

    La FNTP rapproche cette trajectoire de la crise de 2013 à 2016, lorsque le secteur avait perdu 16 % de son activité en valeur et près de 26 000 emplois permanents et intérimaires. Les deux périodes ne sont toutefois pas directement comparables, les évolutions étant mesurées dans un cas en volume et dans l’autre en valeur.

    Les premiers effets sur l’emploi seraient déjà visibles en 2026, avec une accélération du recul des effectifs ouvriers. La Fédération ne chiffre pas les pertes d’emplois possibles en 2027.

    Les conséquences pourraient fortement varier selon les entreprises. Celles qui dépendent de la commande des communes et intercommunalités seraient les plus exposées, tandis que les grands projets offriraient davantage de stabilité à certains métiers.

    L’évolution des budgets locaux et des nouveaux marchés sera donc décisive pour l’activité et l’emploi en 2027.


    Source : FNTP, « Prévisions 2027 : vers un nouveau choc d’activité pour les travaux publics »