Avec l’adoption de la troisième Stratégie nationale bas-carbone, le Gouvernement fixe une nouvelle trajectoire pour réduire les émissions françaises jusqu’en 2050. Le bâtiment occupe une place importante dans cette feuille de route, qui mise à la fois sur la rénovation du parc existant, la sortie progressive des chauffages fossiles et la décarbonation de la construction neuve.
En 2024, les bâtiments ont représenté 56 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 15 % des émissions brutes de la France. La SNBC-3 prévoit de ramener ce volume à 37 millions de tonnes en 2030, puis à seulement 3 millions en 2050. Par rapport à 1990, cela correspondrait à une baisse de 61 % à la fin de la décennie et de 97 % à l’horizon 2050.
Un objectif de 700 000 rénovations performantes par an
Pour atteindre cette trajectoire, l’essentiel de l’effort devra porter sur les bâtiments déjà construits. La stratégie fixe un objectif de 700 000 rénovations performantes par an entre 2025 et 2030. Parmi elles, 250 000 rénovations d’ampleur devront cibler les logements les moins efficaces sur le plan énergétique.
À plus long terme, le Gouvernement souhaite parvenir à un parc de logements majoritairement classés A, B ou C au diagnostic de performance énergétique. La disparition des passoires énergétiques est envisagée entre 2035 et 2040.
Cette orientation confirme le changement d’échelle attendu sur le marché de la rénovation. Les interventions ne devraient plus se limiter à des gestes isolés, mais davantage associer isolation, ventilation, traitement des menuiseries et remplacement des équipements énergétiques. L’objectif affiché est de réduire durablement les consommations, les factures et les émissions, tout en améliorant le confort des occupants.
Le secteur tertiaire est également concerné. Les consommations devront diminuer conformément aux objectifs du dispositif Éco Énergie Tertiaire. La SNBC-3 prévoit notamment une réduction de 85 % des surfaces tertiaires chauffées au fioul entre 2020 et 2030. Pour le gaz, la baisse visée atteint 17 % à cette même échéance, puis 85 % en 2050.
Les systèmes de chauffage appelés à évoluer
La transformation du parc passera aussi par le remplacement progressif des équipements fonctionnant aux énergies fossiles. Dans les logements, le nombre de chaudières au fioul devra diminuer d’au moins 60 % entre 2023 et 2030, avant leur sortie complète. Le parc de chaudières au gaz devra, pour sa part, reculer d’au moins 20 % sur la même période. La majorité de ces équipements devrait être remplacée par des solutions décarbonées d’ici 2050.
Les pompes à chaleur occupent une place centrale dans cette évolution. La stratégie vise environ 9 millions d’appareils installés dans les logements en 2030, puis un rythme d’un million de nouvelles installations par an à partir de cette date.
La feuille de route ne se limite toutefois pas au chauffage. Elle prend également en compte l’augmentation des besoins de refroidissement. La maîtrise de la consommation liée à la climatisation et la réduction de l’impact des fluides frigorigènes figurent parmi les objectifs retenus. La SNBC-3 recommande par ailleurs de respecter des températures de consigne de 19 °C pour le chauffage et de 26 °C pour la climatisation.
Cette question du confort d’été devrait prendre une place croissante dans les projets de rénovation comme dans les constructions neuves. Une meilleure isolation ne suffit pas toujours : la protection solaire, la ventilation et la conception du bâtiment devront aussi permettre de limiter les besoins en refroidissement.
La construction neuve et les matériaux également concernés
Pour les bâtiments neufs, la SNBC-3 confirme le rôle de la réglementation environnementale RE2020. Celle-ci doit accompagner la réduction des émissions liées à la construction et favoriser l’utilisation de matériaux biosourcés ou présentant une empreinte carbone plus faible.
La stratégie encourage également la sobriété dans l’utilisation des matières, l’écoconception, la réparation, le réemploi et le recyclage. Ces orientations concernent l’ensemble de la chaîne du bâtiment, depuis la fabrication des matériaux jusqu’à la gestion des produits en fin de vie.
Le développement des réseaux de chaleur fait aussi partie des leviers retenus. L’objectif national est de raccorder 5,8 millions de logements à ces réseaux en 2035, en cohérence avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie.
La SNBC-3 fixe ainsi un cap particulièrement élevé pour le bâtiment. Mais la traduction de ces objectifs en chantiers dépendra désormais de la disponibilité des entreprises, des compétences, des équipements et des financements. Derrière l’ambition des 700 000 rénovations annuelles se pose déjà la question de la capacité réelle de la filière à suivre ce rythme.









