MARTINIQUE. Une économie stabilisée, mais encore freinée par ses fragilités en 2025

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Après les mouvements sociaux qui ont marqué la fin de l’année 2024, l’économie martiniquaise a progressivement retrouvé un certain équilibre en 2025. C’est le principal enseignement du Rapport annuel économique 2025 publié par l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM).

Si plusieurs indicateurs repassent au vert, l’institut souligne toutefois que cette amélioration ne s’accompagne pas d’une véritable reprise économique. Les fragilités structurelles du territoire demeurent, tandis que les secteurs d’activité évoluent à des rythmes contrastés.


Une stabilisation économique, sans véritable dynamique de reprise

Le rapport décrit une économie qui a progressivement retrouvé son niveau d’avant les tensions sociales de 2024. L’indicateur du climat des affaires (ICA) s’est redressé tout au long de l’année pour atteindre une moyenne de 102,4, soit cinq points de plus qu’en 2024.

L’inflation, quant à elle, s’est nettement modérée pour s’établir à 1,1 % en moyenne annuelle, tandis que la consommation des ménages est restée relativement résiliente grâce à la baisse progressive des coûts de financement.

Pour autant, l’IEDOM appelle à la prudence. Comme le résume la synthèse du rapport, « une économie stabilisée en 2025, mais sans nouveau souffle ».

Malgré une amélioration de la conjoncture, les investissements demeurent peu dynamiques et le marché de l’emploi privé ne montre toujours pas de véritable redémarrage.

Cette absence d’élan se traduit également par une confiance encore mesurée des chefs d’entreprise, dans un contexte où les incertitudes économiques et géopolitiques continuent d’alimenter les inquiétudes.

Des fragilités structurelles toujours bien présentes

Au-delà des indicateurs conjoncturels, le rapport met en évidence plusieurs tendances de fond qui continuent de peser sur le territoire.

La démographie poursuit son recul. Au 1er janvier 2026, la Martinique compte 358 818 habitants, soit 601 habitants de moins qu’un an auparavant. Le vieillissement de la population se poursuit également, les personnes de 60 ans et plus représentant désormais 35 % de la population.

Le marché du travail reste fragile. Les effectifs salariés reculent de 0,4 % et le taux de chômage atteint 13,4 %, un niveau toujours largement supérieur à celui observé dans l’Hexagone.

Les difficultés concernent également les entreprises et les ménages. Les défaillances d’entreprises augmentent de 16 %, tandis que les dossiers de surendettement progressent de près de 29 %, signe que les effets des précédents épisodes inflationnistes continuent de peser sur les situations les plus fragiles.

Comme le souligne le directeur de l’IEDOM de la Martinique dans son avant-propos, « cette absence de dynamique économique s’accompagne d’une nouvelle dégradation des indicateurs de vulnérabilité des entreprises et des ménages martiniquais ».

Des secteurs d’activité qui évoluent à des rythmes très différents

Le rapport montre que tous les secteurs ne suivent pas la même trajectoire.

Le tourisme confirme son rôle de moteur de l’économie martiniquaise.

En 2025, l’île accueille 1 029 863 touristes, soit une progression de 4,2 % sur un an. La croisière affiche une performance encore plus marquée avec 322 640 croisiéristes, en hausse de 20,9 %, établissant une fréquentation record.

L’agriculture présente des résultats plus contrastés. Les productions de canne à sucre, de bananes, de légumes et de fruits progressent, tandis que la pêche enregistre une baisse significative de 21,5 %.

La transition énergétique poursuit également son avancée. La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité atteint 27,3 %, contre seulement 7 % dix ans plus tôt.

Le rapport rappelle néanmoins que le mix énergétique martiniquais reste encore largement dépendant des énergies fossiles.

Le bâtiment reste l’un des secteurs les plus fragiles

Parmi les secteurs économiques, le bâtiment demeure l’un des plus exposés aux difficultés actuelles.

Les indicateurs de la construction restent orientés à la baisse. Le nombre de logements autorisés diminue de 0,1 %, tandis que les logements commencés reculent de 0,5 %.

À l’inverse, les attestations de conformité électrique progressent de 7 %, traduisant une activité davantage portée par les travaux sur le parc existant que par un véritable redémarrage de la construction neuve.

L’IEDOM estime toutefois qu’un rebond pourrait intervenir en 2026 si les investissements retrouvent progressivement de la vigueur.

Dans cette perspective, les programmes publics liés aux infrastructures, aux réseaux, aux équipements collectifs ou encore à la transition énergétique pourraient jouer un rôle déterminant dans le soutien à l’activité.

À plus long terme, les évolutions démographiques mises en évidence par le rapport laissent également entrevoir de nouveaux besoins pour les professionnels de la construction, notamment en matière de rénovation, d’adaptation du logement au vieillissement de la population et de développement d’équipements médico-sociaux.

Une reprise encore conditionnée par les investissements

En dressant ce panorama de l’année 2025, l’IEDOM livre finalement un constat nuancé. L’économie martiniquaise a retrouvé une certaine stabilité après les perturbations de 2024, mais elle ne bénéficie pas encore d’une dynamique suffisamment solide pour enclencher un véritable cycle de croissance.

Dans un contexte marqué par le recul démographique, la fragilité persistante de l’emploi, l’augmentation des difficultés financières des ménages et des entreprises ainsi que les incertitudes internationales, la capacité du territoire à relancer l’investissement apparaît plus que jamais déterminante.

Pour les acteurs de la construction, de l’aménagement et des infrastructures, ces évolutions économiques constituent autant d’indicateurs à suivre, tant elles conditionneront les perspectives d’activité des prochaines années.


Martinique

Consulter ici le rapport annuel économique 2025 de la Martinique, publié par l’IEDOM