Le logement neuf rebondit, la filière construction reste fragilisée au T1 2026

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Après plusieurs trimestres de forte contraction, la construction neuve de logements montre enfin des signes de reprise au premier trimestre 2026. Les mises en chantier bondissent de 35,6 % et les autorisations progressent de 29,3 %. Une dynamique portée notamment par un mois de mars particulièrement actif. Mais derrière ce rebond spectaculaire, les indicateurs de fond restent fragiles : travaux publics en recul, production de matériaux orientée à la baisse, emploi en contraction et défaillances d’entreprises toujours élevées. La dernière note de conjoncture du GIE Réseau des CERC dessine ainsi une filière encore loin d’une véritable sortie de crise.

Un rebond spectaculaire… mais depuis un point bas

Le principal fait marquant du trimestre concerne le logement neuf. Entre janvier et mars 2026, les logements mis en chantier progressent de 35,6 %, tandis que les autorisations augmentent de 29,3 %.

Le seul mois de mars affiche même une hausse de 58,1 % des mises en chantier et de 48,2 % des autorisations.

Pour autant, la prudence reste de mise. Le GIE Réseau des CERC rappelle lui-même que « les volumes affichés par la construction neuve se révèlent faibles ».

Le premier trimestre totalise 75 500 logements commencés, un niveau qui demeure modeste au regard des standards historiques du secteur. Sur douze mois glissants, les mises en chantier atteignent environ 285 000 logements.

Autrement dit, le secteur semble surtout sortir d’une phase extrêmement dégradée plutôt que retrouver une véritable dynamique de croissance.

Les promoteurs restent prudents face au marché

L’autre signal de fragilité apparaît dans la commercialisation des logements neufs. Les réservations des particuliers stagnent pratiquement au premier trimestre (-0,1 %), alors que les mises en vente chutent de 31,3 %.

Cette baisse des mises en vente traduit une prudence persistante des opérateurs immobiliers.

Malgré l’amélioration des mises en chantier, les promoteurs restent confrontés à un marché encore incertain, marqué par des difficultés d’écoulement, des conditions de financement plus tendues et une demande qui peine à retrouver son niveau d’avant-crise.

Les annulations continuent également de progresser, avec une hausse de 6,2 % sur le trimestre. Même si le marché montre quelques signes de stabilisation, les fondamentaux commerciaux restent donc fragiles.

Les locaux résistent mieux, sans véritable accélération

Du côté des locaux non résidentiels, la situation apparaît plus stable mais sans réelle reprise. Les surfaces mises en chantier reculent légèrement de 0,3 % au premier trimestre, tandis que les autorisations progressent de 4 %.

Sur douze mois, les mises en chantier de locaux atteignent 20,9 millions de mètres carrés, soit une progression de 6,5 %. Là encore, les évolutions restent contrastées selon les segments et les territoires.

L’entretien-rénovation continue quant à lui de se contracter. L’activité recule de 1 % au quatrième trimestre 2025, aussi bien dans le logement que dans les locaux. Plusieurs grandes régions, dont l’Île-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur, enregistrent les replis les plus marqués.

Les travaux publics restent le principal point de fragilité

Alors que le logement montre quelques signes de reprise, les travaux publics continuent de s’enfoncer dans une phase de ralentissement. Au premier trimestre 2026, les travaux réalisés reculent de 6,3 %, tandis que les marchés conclus chutent de 17,3 %.

La dégradation s’inscrit désormais dans la durée. Le document souligne que le premier trimestre devient « le troisième trimestre consécutif en recul » pour l’activité et le sixième trimestre de baisse successive pour les prises de commandes.

Les entreprises du secteur affichent également un pessimisme croissant concernant leurs carnets de commandes. La note précise que « les opinions des entreprises vis-à-vis de leurs carnets de commandes s’avèrent dégradées sur la presque totalité du territoire ».

Le recul des heures travaillées confirme cette tension. Hors intérim, elles baissent de 4,6 % au premier trimestre.

Béton, granulats : les matériaux prolongent la tendance baissière

La baisse d’activité se retrouve également dans l’industrie des matériaux. La production de béton prêt à l’emploi poursuit son recul mois après mois. À fin février 2026, elle recule de 3,4 % sur trois mois et de 2,8 % sur douze mois.

En février seul, la production chute de 8,9 %. Sur douze mois, elle représente 31,8 millions de mètres cubes, avec dix mois de baisse sur les douze derniers mois.

Même tendance pour les granulats. Leur production baisse de 4,5 % sur trois mois et de 2,1 % sur un an. Le volume annuel produit, à 265,6 millions de tonnes, reste très inférieur à la moyenne observée entre 2008 et 2025, estimée à 320 millions de tonnes.

Ces indicateurs montrent que le rebond observé dans le logement ne s’est pas encore diffusé à l’ensemble de la chaîne productive.

Plus de 60 000 postes perdus depuis fin 2022

Le marché de l’emploi continue lui aussi de refléter les difficultés du secteur. À fin 2025, la construction emploie environ 1,59 million de salariés, soit près de 19 400 postes perdus sur un an.

Depuis le point haut atteint fin 2022, la filière a perdu plus de 60 000 emplois salariés.

L’intérim poursuit également sa baisse, avec un recul de 4,2 % sur les trois derniers mois à fin février 2026. Cette évolution traduit généralement un attentisme des entreprises face aux perspectives d’activité.

Une filière encore sous tension malgré quelques signaux de stabilisation

Les créations d’entreprises progressent au premier trimestre, mais cette dynamique reste principalement portée par les micro-entreprises. Dans le même temps, les défaillances repartent à la hausse avec près de 4 000 procédures enregistrées sur le trimestre.

Au final, le rebond du logement neuf apparaît comme le principal signal positif de ce début d’année 2026. Mais le recul des travaux publics, des matériaux et de l’emploi montre qu’une large partie de la filière construction reste encore fragilisée.

Les prochains trimestres permettront de voir si cette amélioration marque un véritable redémarrage ou un simple rebond ponctuel.


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Consulter ici la CONJONCTURE NATIONALE & INTERRÉGIONALE DE LA FILIÈRE CONSTRUCTION – N° 141 – 20 mai 2026