Livrée en 2008 à Saint-Pierre, la résidence Ilet du Centre associe 66 logements et des bureaux autour d’une conception bioclimatique. Des mesures thermiques, des données de consommation énergétique et des retours d’usage permettent d’évaluer les performances et les limites de cette opération réunionnaise.
Au centre-ville de Saint-Pierre, la résidence Ilet du Centre associe architecture bioclimatique, végétalisation et ventilation naturelle. Conçu par LAB Réunion Architectes et LEU Réunion environnement, cet ensemble de 4 200 m² utiles, hors stationnement, comprend 315 m² de bureaux.
Présenté par l’AQC à l’occasion de BATIMAT, le projet s’organise en îlot ouvert autour d’un jardin central favorisant la circulation de l’air. Ses performances ont fait l’objet d’une instrumentation universitaire entre 2009 et 2013.
Ventilation naturelle et végétalisation au cœur du projet
L’aménagement de la résidence repose sur un équilibre entre densité bâtie et espaces végétalisés. Avec une emprise au sol de 40 %, soit 1 615 m², l’opération conserve 1 800 m² de surfaces végétalisées, dont 1 480 m² en pleine terre, 260 m² sur dalle et 60 m² en toiture.
Le jardin central participe à cette organisation. Associé aux terrasses végétalisées, aux jardins en hauteur et aux espaces plantés en périphérie, il remplit plusieurs fonctions :
- Gestion des eaux pluviales, en participant à leur régulation sur le site ;
- Confort thermique, en contribuant à tempérer les espaces extérieurs ;
- Filtration des polluants, grâce à la végétation ;
- Préservation de la biodiversité, en créant des espaces favorables à son développement.
Selon le document, l’entretien de l’ensemble des jardins nécessite moins de 80 m³ d’eau par an.
Cette place accordée au paysage s’accompagne d’un travail sur l’enveloppe des bâtiments. Les logements traversants favorisent la ventilation naturelle, tandis que les pergolas, varangues, bardages et protections solaires contribuent à limiter l’exposition directe au soleil.
Les volets persiennés permettent également de maintenir la circulation de l’air durant la nuit. Comme le souligne la présentation, « les volets persiennés maintiennent la ventilation nocturne tout en préservant l’intimité ».
L’objectif est de concilier protection solaire, confort thermique et usages quotidiens sans recourir systématiquement à la climatisation.
Des performances thermiques et énergétiques mesurées
Les campagnes de mesures réalisées après la livraison apportent des éléments sur le comportement thermique de l’opération. Le 17 mars 2009, les températures maximales relevées atteignaient 38 °C dans la rue, contre 34 °C dans le jardin, 33 °C dans le patio et 31 °C dans les bureaux.
Ce relevé fait apparaître un écart de 7 °C entre la rue et les espaces de travail. Le document indique également que la ventilation traversante, associée aux brasseurs d’air, permet de réduire la température ressentie de 4 °C.
Les bureaux, utilisés comme laboratoire grandeur nature, présentent par ailleurs des besoins électriques de 15 kWh/m²/an, hors informatique, reprographie et cuisine. À titre de comparaison, les références présentées dans le dossier atteignent 93 kWh/m²/an pour PERENE 2009 et 135 kWh/m²/an pour des bureaux standard à La Réunion.
La consommation électrique totale des bureaux s’établit toutefois à 63 kWh/m²/an, tous usages compris. Le document précise également que 3 % de leur surface est climatisée.
Ces résultats historiques illustrent les performances relevées dans le cadre de l’expérimentation, sans constituer une évaluation de la situation actuelle du bâtiment.
Les usages révèlent aussi des points de vigilance
Les enquêtes conduites entre 2009 et 2013 permettent de compléter les mesures techniques par les appréciations des occupants.
Parmi les répondants, 56 % jugeaient les conditions estivales agréables en journée, tandis que 66 % considéraient les protections solaires performantes. Sur le plan acoustique, 62 % estimaient les bruits intérieurs raisonnables, malgré des nuisances davantage signalées du côté de la rue.
Les consommations énergétiques des logements variaient, quant à elles, de 28 à 39 kWh/m²/an selon les typologies et l’occupation. Les observations mettent notamment en évidence l’influence des équipements domestiques sur les performances.
Le recours aux plaques de cuisson radiantes pénalise ainsi les consommations par rapport à l’induction.
L’absence de contrôle ou d’alerte sur l’appoint électrique des chauffe-eau solaires peut également entraîner un fonctionnement continu. Au moment de l’enquête, trois logements avaient par ailleurs ajouté un système de climatisation.
Ces constats montrent que les performances d’une conception bioclimatique dépendent aussi de l’utilisation et du suivi des équipements.
À travers l’Ilet du Centre, les mesures et les retours d’usage apportent ainsi un éclairage sur les conditions concrètes de fonctionnement d’une résidence conçue pour le climat tropical.









