Les ventes immobilières reculent à La Réunion, mais le logement ne devient pas pour autant plus accessible. Depuis 2022, la hausse des taux d’intérêt et le durcissement des conditions de crédit ont écarté une partie des ménages du marché. Dans le même temps, les prix résistent et les loyers privés restent élevés. Le rapport d’activités 2025 de l’AGORAH met ainsi en évidence un marché moins dynamique, sans véritable détente pour les acheteurs ni pour les locataires.
Les ventes reculent, les prix résistent
Après plusieurs années de croissance, le marché immobilier réunionnais a commencé à se retourner en 2022. Les volumes de ventes ont alors diminué de 10 %, première contraction enregistrée depuis 2014. Le mouvement s’est prolongé, traduisant selon l’AGORAH un affaiblissement progressif de la demande solvable sous l’effet de conditions de financement devenues plus contraignantes.
Pour autant, cette baisse de l’activité ne s’est pas accompagnée d’un recul équivalent des prix. Leur relative résistance jusqu’en 2024, notamment sur le marché des appartements, semble davantage liée à la raréfaction de l’offre qu’au maintien de la capacité d’achat des ménages. Autrement dit, les acquéreurs sont moins nombreux à pouvoir financer leur projet, mais les biens disponibles restent insuffisants pour provoquer une véritable correction du marché.
En 2024, le prix médian d’une maison s’établissait à 238 000 euros, soit environ 2 450 euros par mètre carré. Il atteignait 135 000 euros pour un appartement ancien et 220 000 euros dans le neuf. Les terrains à bâtir se négociaient pour leur part à un prix médian de 102 300 euros, soit 236 euros par mètre carré.
Ces montants illustrent une difficulté persistante pour la chaîne du logement. Le coût du foncier continue de peser sur les opérations, tandis que l’écart entre l’ancien et le neuf traduit aussi les contraintes de production auxquelles font face les promoteurs et les entreprises : prix des matériaux, normes, financement et disponibilité des terrains.
La location privée n’offre pas de véritable respiration
Les ménages qui ne peuvent plus accéder à la propriété ne trouvent pas nécessairement de solution plus abordable dans le parc locatif privé. Celui-ci compte environ 72 900 logements à La Réunion, avec un loyer médian de 10,90 euros par mètre carré hors charges. Pour les personnes installées depuis moins d’un an, le niveau atteint 12,20 euros par mètre carré.
L’écart avec le logement social est estimé à 4,50 euros par mètre carré. Surtout, l’AGORAH indique que plus de la moitié des ménages réunionnais ne disposeraient pas de revenus suffisants pour louer dans le parc privé. Derrière le ralentissement des transactions, la tension se reporte donc en partie sur la location, où l’offre disponible reste elle aussi difficilement accessible.
Cette situation n’est pas uniforme à l’échelle de l’île. L’Observatoire des loyers distingue 6 micromarchés. Les tensions les plus fortes concernent notamment le littoral balnéaire, les quartiers proches du centre de Saint-Denis, les Bas de La Possession ainsi que certains secteurs de Sainte-Marie et de Saint-Pierre.
Pour les collectivités, bailleurs, promoteurs et professionnels de la construction, le défi ne consiste donc pas seulement à relancer le nombre d’opérations. Il s’agit aussi de produire des logements dont les prix de sortie et les loyers restent compatibles avec les capacités financières réelles des ménages, dans un territoire où le foncier, le financement et les coûts de construction demeurent sous pression.










