Face aux difficultés de recrutement, le BTP veut renforcer son attractivité par la protection sociale

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En Martinique, le secteur du BTP fait face à une difficulté devenue structurelle : attirer de nouveaux profils et fidéliser durablement les salariés dans des métiers réputés exigeants. Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population active et des tensions persistantes sur les recrutements, les entreprises du bâtiment cherchent progressivement à renforcer leur attractivité au-delà du seul niveau de rémunération.

Lors du Salon des Bâtisseurs 2026, Leslie Marie-Joseph, directrice de la CIBTP Antilles-Guyane, et Andréa Buval, responsable développement commercial chez BTPR, ont justement défendu l’idée que la protection sociale devient désormais un véritable levier stratégique pour le secteur.


Le renouvellement des générations devient un enjeu critique pour le BTP martiniquais

Le vieillissement de la population active apparaît aujourd’hui comme l’une des principales préoccupations du secteur. Leslie Marie-Joseph rappelle notamment que plusieurs métiers du bâtiment peinent déjà à renouveler leurs effectifs, en particulier dans les activités les plus physiques ou les métiers techniques spécialisés.

Cette situation s’inscrit dans un contexte démographique plus large touchant la Martinique, avec une diminution progressive du nombre d’actifs disponibles sur le territoire.

Mais au-delà des difficultés de recrutement, les échanges montrent surtout une évolution profonde des attentes des salariés. Les nouvelles générations accordent désormais davantage d’importance :

  • aux conditions de travail,
  • à l’équilibre de vie,
  • à la stabilité professionnelle,
  • à la protection sociale,
  • et aux avantages proposés par les employeurs.

Le sujet dépasse donc largement la seule question de la pénurie de main-d’œuvre. Il touche directement à l’image du secteur et à sa capacité à redevenir attractif auprès des jeunes actifs.

La protection sociale devient progressivement un outil de fidélisation

Pour Leslie Marie-Joseph, l’attractivité du BTP ne repose plus uniquement sur le volume d’activité ou les perspectives économiques du secteur. Elle dépend aussi de la capacité des entreprises à offrir un environnement social plus protecteur et plus stable.

La directrice de la CIBTP Antilles-Guyane rappelle notamment que le bâtiment bénéficie d’un fonctionnement spécifique autour des congés payés, avec un système mutualisé permettant de sécuriser les droits des salariés malgré des parcours professionnels souvent discontinus.

Dans le BTP, les congés acquis suivent le salarié lorsqu’il change d’entreprise. Cette continuité des droits constitue l’une des spécificités historiques du secteur et répond directement à la réalité des carrières du bâtiment, souvent marquées par :

  • des changements fréquents d’employeur,
  • des variations d’activité,
  • ou des interruptions liées aux chantiers.

Le secteur prévoit également plusieurs avantages complémentaires :

  • prime de vacances,
  • jours supplémentaires liés à l’ancienneté,
  • congés pour enfants à charge,
  • ou encore jours de fractionnement.

Au fil de la conférence, la protection sociale apparaît ainsi moins comme une obligation administrative que comme un facteur de stabilité dans un secteur historiquement confronté à une forte mobilité professionnelle.

Le BTP cherche désormais à construire une nouvelle image employeur

L’un des enseignements les plus intéressants de la conférence réside dans l’évolution du discours porté autour du secteur.

Longtemps centré sur :

  • la production,
  • les chantiers,
  • ou les besoins de main-d’œuvre,
    le BTP cherche désormais à mettre davantage en avant :
  • la qualité de vie,
  • l’accompagnement des salariés,
  • les avantages sociaux,
  • et l’environnement professionnel proposé aux équipes.

Cette évolution apparaît notamment à travers plusieurs outils présentés pendant la conférence.

Leslie Marie-Joseph évoque par exemple la plateforme Aleis, développée avec Constructys afin de faciliter les recrutements et la mise en relation entre entreprises et salariés grâce à un système reposant sur les compétences métiers.

Elle présente également le “Club BTP”, construit avec Edenred, qui permet aux salariés affiliés d’accéder à des avantages mutualisés autour :

  • des loisirs,
  • du sport,
  • de la culture,
  • et du pouvoir d’achat.

Ces dispositifs traduisent une évolution importante du secteur, qui cherche progressivement à intégrer des attentes autrefois davantage associées aux grandes entreprises ou à d’autres branches professionnelles.

Le sujet du logement s’inscrit également dans cette logique. Leslie Marie-Joseph explique notamment que la CIBTP Antilles-Guyane a développé un partenariat avec Action Logement afin de faciliter certaines démarches locatives et améliorer l’accès au logement pour les salariés du secteur.

Derrière les dispositifs sociaux, la conférence révèle aussi une fragilité plus discrète du secteur

L’intervention d’Andréa Buval apporte une dimension beaucoup plus humaine aux échanges.

La responsable développement commercial de BTPR insiste notamment sur le rôle de la prévoyance dans un secteur où les risques professionnels restent élevés et où certains événements peuvent rapidement fragiliser l’équilibre financier des familles.

Elle rappelle que les dispositifs d’accompagnement ne concernent pas uniquement la retraite ou la complémentaire santé, mais interviennent aussi dans des situations beaucoup plus sensibles : arrêt de travail, invalidité, décès, difficultés financières, ou problèmes de logement.

Andréa Buval évoque notamment l’importance du capital décès dans certaines situations familiales, expliquant que ces mécanismes permettent parfois d’éviter une dégradation brutale des conditions de vie après la perte d’un salarié.

Les échanges mettent également en évidence une réalité souvent moins visible du secteur : de nombreux salariés n’osent pas toujours solliciter directement leur employeur lorsqu’ils rencontrent des difficultés personnelles ou financières.

Le fonds d’action sociale présenté pendant la conférence intervient justement pour accompagner certaines situations de fragilité avant qu’elles ne se dégradent davantage.

Des outils encore insuffisamment identifiés sur le terrain

La conférence souligne enfin une difficulté persistante : beaucoup de salariés et de petites entreprises connaissent encore mal les dispositifs sociaux déjà disponibles dans le secteur.

Les échanges montrent notamment que plusieurs outils d’accompagnement restent insuffisamment identifiés, malgré les besoins importants du terrain.

Pour Andréa Buval, l’enjeu porte désormais autant sur la communication que sur les dispositifs eux-mêmes. Elle explique que BTPR a renforcé sa présence auprès des entreprises et sur les réseaux sociaux afin d’améliorer la visibilité des outils d’accompagnement proposés aux salariés du bâtiment.

Au fil des échanges, une évolution apparaît clairement : le BTP cherche progressivement à construire un environnement professionnel plus stable, plus protecteur et plus attractif, dans un contexte où les enjeux de renouvellement générationnel deviennent désormais centraux pour l’avenir du secteur.


Consulter ici le REPLAY de la conférence