Décret tertiaire : OPERAT révèle une baisse de 26 % des consommations

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Le parc tertiaire français affiche des résultats mesurables en matière de performance énergétique. Dans son bilan 2024-2025 sur la plateforme OPERAT, publié en mai 2026, l’ADEME constate une baisse de 26 % des consommations énergétiques ajustées du climat entre 2010-2019 et 2024, ainsi qu’un recul de 32 % des émissions de gaz à effet de serre. Le document souligne aussi la montée en puissance du Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET) : les déclarations augmentent rapidement et près de la moitié des bâtiments déclarés atteignent déjà leur objectif réglementaire 2030.

OPERAT change progressivement d’échelle

Longtemps perçu comme une contrainte réglementaire supplémentaire, le dispositif Éco Énergie Tertiaire entre désormais dans une phase beaucoup plus opérationnelle. La plateforme OPERAT, pilotée par l’ADEME, commence à produire une photographie de plus en plus détaillée du parc tertiaire français.

Au début de l’année 2026, près de 340 000 Entités Fonctionnelles Assujetties (EFA) étaient déclarées sur la plateforme, accompagnées de plus de 1,145 million de déclarations de consommation, dont 91 % validées.

La dynamique de déclaration continue de progresser. À la date réglementaire du 30 septembre, les surfaces déclarées et validées sont passées de 247 millions de m² en 2022 à 309 millions de m² en 2023, puis à 343 millions de m² pour l’exercice 2024.

Cette montée en charge reste toutefois incomplète. Le taux de remplissage d’OPERAT est aujourd’hui estimé entre 50 % et 60 % du parc réellement assujetti au décret tertiaire. Les retards de déclaration demeurent importants.

L’ADEME souligne par exemple que 40 % des déclarations liées à l’année 2023 ont été réalisées après l’échéance réglementaire du 30 septembre 2024.

Le rapport montre également une montée progressive des outils numériques utilisés par les déclarants. Si la saisie manuelle sur la plateforme reste majoritaire, les imports CSV et les connexions via API gagnent du terrain, notamment chez les grands gestionnaires multi-sites.

Une baisse des consommations désormais visible

L’enseignement principal du bilan reste la baisse réelle des consommations énergétiques du parc tertiaire.

À périmètre constant, la consommation brute déclarée sur OPERAT diminue de 29,2 % par rapport à la période 2010-2019. Après ajustement climatique, la baisse atteint 26 %. Cette correction permet de neutraliser l’effet des hivers de plus en plus doux afin d’obtenir une lecture plus représentative des efforts réellement réalisés.

La période 2021-2023 marque un tournant particulièrement fort. En seulement deux ans, l’indice de consommation ajustée du climat passe de 82,9 à 74,7, soit une baisse de près de 10 %.

Le rythme ralentit cependant en 2024. L’indice ne recule plus que de 74,7 à 74,1, soit une diminution de 0,9 %. Ce ralentissement semble indiquer que les premières mesures de sobriété et les optimisations rapides ont déjà été largement mobilisées dans de nombreux bâtiments.

Plusieurs facteurs expliquent cette baisse globale :

  • la hausse des coûts de l’énergie observée depuis 2022 ;
  • les travaux de rénovation énergétique ;
  • le déploiement de systèmes de pilotage énergétique ;
  • la modernisation des équipements techniques ;
  • l’évolution des usages dans les bâtiments tertiaires.

Le rapport souligne d’ailleurs que les tendances observées sur OPERAT rejoignent celles identifiées par le SDES dans le bilan énergétique national.

L’électricité prend progressivement le dessus sur le gaz

Le bilan met aussi en évidence une évolution importante du mix énergétique du tertiaire français.

L’électricité représente désormais 60,8 % des consommations déclarées sur OPERAT en 2024, contre 54 % sur la période 2010-2019. Dans le même temps, la part du gaz recule de 37 % à 29 %.

Cette transformation contribue directement à la baisse des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Selon l’ADEME, les émissions ont diminué de 32 % entre la période 2010-2019 et 2024.

Derrière ces chiffres se dessinent plusieurs mutations déjà visibles dans le bâtiment tertiaire :

  • électrification progressive des systèmes ;
  • remplacement de certaines chaudières gaz ;
  • développement des pompes à chaleur ;
  • amélioration des systèmes de régulation ;
  • montée en puissance du pilotage énergétique ;
  • et rénovation des enveloppes de bâtiments.

Le tertiaire reste toutefois fortement dépendant de l’électricité, notamment dans les bâtiments très techniques ou fortement équipés.

Tous les bâtiments ne consomment pas de la même manière

L’un des apports les plus intéressants du rapport concerne les écarts très importants observés entre les différentes catégories d’activités.

Certaines activités affichent des ratios de consommation extrêmement élevés. Les bâtiments liés aux serveurs et infrastructures IT atteignent ainsi 2 924 kWh/m². Les blanchisseries suivent avec 952 kWh/m², devant la restauration à 477 kWh/m² et le commerce alimentaire à 323 kWh/m².

À l’inverse, des secteurs comme le stationnement ou les halles présentent des niveaux de consommation beaucoup plus faibles, respectivement autour de 33 kWh/m² et 66 kWh/m².

Ces écarts rappellent une réalité souvent sous-estimée dans les débats autour du décret tertiaire : tous les bâtiments n’ont pas les mêmes contraintes énergétiques.

Le froid alimentaire, les cuisines professionnelles, les data centers, les équipements hospitaliers ou encore les process industriels intégrés dans certains bâtiments tertiaires génèrent des besoins incomparables avec ceux d’un immeuble de bureaux classique.

Le rapport montre également que certains secteurs restent particulièrement complexes à décarboner. C’est notamment le cas de la santé, du tourisme ou de certaines activités logistiques nécessitant du froid positif ou négatif.

Dans la logistique, les entrepôts frigorifiques représentent seulement 9 % des surfaces déclarées, mais près d’un quart des consommations énergétiques du secteur.

La moitié du parc atteint déjà l’objectif 2030

Autre signal fort du bilan : une partie importante des bâtiments déclarés respecte déjà les objectifs réglementaires fixés pour 2030.

Selon l’ADEME, 51 % des EFA considérées comme fiables atteignent désormais leur objectif 2030. En surface, cette proportion atteint 47 %.

Le document insiste toutefois sur le fait que ces résultats concernent uniquement les déclarations jugées suffisamment cohérentes et fiables après contrôle qualité.

La progression reste néanmoins significative. La part des surfaces atteignant les objectifs est passée de 35 % en 2020 à 47 % en 2023, puis 51 % en 2024. L’ADEME précise cependant que « l’effort reste à renforcer dans les prochaines années pour que l’ensemble du parc atteigne son objectif ».

Tous les secteurs n’avancent pas au même rythme. Les bureaux, le commerce non alimentaire ou encore l’enseignement apparaissent parmi les catégories les plus avancées. À l’inverse, la santé, le tourisme, les laboratoires ou la restauration restent plus en difficulté.

Ces écarts traduisent à la fois des différences de maturité énergétique, de capacité d’investissement, mais aussi de contraintes techniques propres à chaque activité.


OPERAT

Consulter ici le bilan OPERAT 2024-2025 publiée par l’ADEME