Des essais réalisés en Guadeloupe sur la résistance des structures en bois ont contribué à faire évoluer les règles parasismiques et les travaux sur la prochaine génération de l’Eurocode 8.
Au FOROM 2026, Paul Quistin est revenu sur ces expérimentations et sur les recherches menées aux Antilles-Guyane pour mieux prendre en compte l’humidité tropicale dans le dimensionnement des constructions.
Mieux caractériser le bois en climat tropical
L’application des normes européennes à la construction bois soulève des difficultés particulières aux Antilles-Guyane. Le climat tropical humide influence les propriétés mécaniques du matériau, tandis que les conditions locales restent insuffisamment caractérisées dans certains référentiels de dimensionnement.
L’Eurocode 5, consacré aux structures en bois, distingue plusieurs classes de service selon les conditions d’humidité. Faute de données adaptées, certains éléments peuvent être considérés en classe 3, la plus contraignante, entraînant des résistances de calcul plus faibles, des déformations plus importantes et des restrictions d’emploi pour certains produits.
Pour mieux documenter ces conditions, les projets BOIS-DUR-AMHEN, déployés en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, ont permis de rassembler des données sur le comportement du bois dans son environnement.
Les travaux reposent notamment sur les relevés climatiques de Météo-France, des mesures d’humidité effectuées sur des ouvrages existants et l’étude des essences utilisées localement, dont les feuillus guyanais.
Ils ont abouti à la constitution de bases de données et au développement d’un outil cartographique permettant d’apprécier les conditions d’humidité et d’aider à déterminer les classes de service conventionnelles.
Ces résultats visent à fournir aux concepteurs des hypothèses mieux adaptées aux conditions réelles d’utilisation du bois, sans constituer à ce stade une modification de l’Eurocode 5.
Des essais guadeloupéens aux règles parasismiques
Une autre série de travaux a porté sur la résistance des panneaux de contreventement, essentiels à la stabilité des constructions bois face aux sollicitations sismiques et aux efforts du vent.
En janvier 2013, une campagne expérimentale organisée en Guadeloupe a permis de réaliser dix essais sur six configurations de panneaux, avec la participation de professionnels du BTP, de bureaux d’études et de lycées professionnels.
Les expérimentations ont notamment révélé des limites dans la résistance de certains assemblages et ancrages. Des ruptures locales ont été observées, notamment par écrasement de lisses basses, arrachement de liaisons entre éléments en bois ou défaillance d’ancrages dans le béton.
Ces observations ont conduit à ajuster les capacités résistantes retenues dans les guides techniques et à renforcer certaines prescriptions constructives.
Les résultats ont notamment été intégrés aux travaux de révision du guide CPMI EC8 pour la zone de sismicité 5, dont une version réglementaire a été publiée en 2020. Ils ont contribué à renforcer les exigences concernant les assemblages métalliques et à écarter certaines configurations de contreventement jugées trop fragiles.
Selon la présentation de Paul Quistin, la technique de palée de stabilité triangulée PST4, étudiée lors de cette campagne, a également été introduite dans le chapitre 13 du projet de deuxième génération de l’Eurocode 8.
Cette évolution illustre la contribution d’expérimentations réalisées en Guadeloupe aux travaux de normalisation des structures en bois.
Vers une meilleure prise en compte des spécificités ultramarines
Les perspectives présentées au FOROM portent désormais sur la valorisation des résultats scientifiques et leur traduction en prescriptions utilisables par les professionnels.
Pour les projets BOIS-DUR-AMHEN, la rédaction de règles professionnelles est notamment envisagée afin de faciliter la diffusion des données et outils auprès des acteurs locaux.
Paul Quistin souligne que « la prise en compte de l’humidité des bois en œuvre dans leur environnement est un point crucial » pour garantir leur fiabilité et leur pérennité.
Concernant les structures, de nouvelles expérimentations sont envisagées sur les assemblages et les ancrages, parallèlement à l’actualisation des guides en fonction de la prochaine génération des Eurocodes.
Les travaux doivent notamment permettre d’améliorer le dimensionnement des contreventements et de mieux intégrer les caractéristiques des matériaux utilisés aux Antilles-Guyane.
Pour les bureaux d’études, charpentiers et constructeurs, ces recherches constituent ainsi une base technique pour faire évoluer les pratiques de conception, en tenant davantage compte des conditions climatiques, des risques naturels et des solutions constructives locales.

Source : Paul Quistin, avec Éric Fournely et Thierry Lamadon, Adaptation des normes en Outre-mer : la construction bois aux Antilles-Guyane, présentation au FOROM / BATIMAT 2026, le 29 septembre 2026.









