Après 22 mois d’études sur les sécheresses, les pluies extrêmes et les inondations, le projet RISC-RA entre dans une nouvelle étape. La Région Réunion prolongera les travaux pendant douze mois pour transformer les connaissances acquises en outils d’aide à la décision.
Restitués le 20 août au Domaine du MoCA, les résultats doivent notamment alimenter les documents d’urbanisme, les schémas d’alimentation en eau potable et la révision du Schéma d’aménagement régional à l’horizon 2050. Financée sur les fonds propres de la Région, cette prolongation permettra d’explorer les mesures d’adaptation à mettre en œuvre face aux vulnérabilités identifiées.
Une déclinaison réunionnaise de CLIMAAX
Financé par Horizon Europe, CLIMAAX fournit aux territoires un cadre commun et une boîte à outils pour évaluer les risques climatiques actuels et futurs.
Le programme associe données européennes, projections climatiques, modèles et informations locales afin d’aider les autorités à renforcer leurs plans d’adaptation et leurs dispositifs de gestion des risques.
D’après la Région, il accompagne 69 territoires répartis dans 24 pays. La Réunion, première région française sélectionnée en 2024, en est également la seule région ultrapériphérique représentée.
Sa déclinaison locale, baptisée RISC-RA pour Reunion Island’s Climate Risks Atlas, a bénéficié de 264 000 euros de financements européens sur 22 mois.
Pilotée par la Région, l’étude mobilise l’Université de La Réunion, l’OSU-Réunion/CNRS, Météo-France et le BRGM. Elle vise à produire une lecture territorialisée des risques en croisant les projections climatiques avec les caractéristiques géographiques et socio-économiques de l’île.
Ce travail répond à une difficulté particulière : malgré sa forte exposition aux aléas naturels, La Réunion reste insuffisamment représentée dans certains modèles climatiques globaux.
La mobilisation des données et des compétences scientifiques locales doit ainsi permettre d’affiner les évaluations et de mieux les intégrer à la décision publique.
Des cartes produites à l’échelle infra-communale
La première phase, menée entre 2024 et 2025, a porté sur deux risques principaux : la sécheresse météorologique et les précipitations extrêmes, qu’elles soient cycloniques ou non.
L’épisode de sécheresse observé entre la fin de l’année 2024 et le début de 2025 a notamment servi de référence pour approfondir les enjeux liés à la ressource et à l’approvisionnement en eau.
Les équipes ont produit de premières cartographies à l’échelle infra-communale, selon le découpage IRIS. Cette précision doit permettre de dépasser une lecture générale du territoire et de mieux différencier les niveaux d’exposition et de vulnérabilité entre les secteurs.
La seconde phase, conduite en 2025 et 2026, a affiné l’évaluation à partir de données locales et des échanges avec les acteurs de terrain. Elle a également élargi le périmètre aux inondations, en particulier aux crues éclair, au ruissellement et aux phénomènes torrentiels.
La source régionale ne détaille toutefois pas encore les secteurs identifiés comme les plus vulnérables ni les résultats chiffrés des projections. Les cartes produites constituent donc, à ce stade, une base scientifique destinée à être traduite en instruments opérationnels.
Des implications pour l’urbanisme et les infrastructures
L’intégration de ces connaissances au SAR 2050 pourrait peser sur les futurs arbitrages en matière d’aménagement, de localisation des équipements et de programmation des investissements publics.
Elle doit également améliorer la prise en compte du ruissellement, des tensions sur la ressource en eau et de l’exposition aux fortes précipitations.
« Ce que nous faisons, ce n’est pas clore un projet, c’est transmettre un résultat. L’Atlas des risques hydriques n’est pas fait pour les archives : il est fait pour nos délibérations, pour les documents d’urbanisme, pour les schémas d’eau potable et pour les habitants de cette île. Un savoir qui ne circule pas ne protège personne », a souligné Jean-Pierre Chabriat, conseiller régional, lors de la restitution.
Pour les collectivités, aménageurs et entreprises du BTP, cette lecture plus fine pourrait contribuer à mieux cibler les travaux de sécurisation des réseaux, les ouvrages de gestion des eaux pluviales ou les opérations de prévention des inondations.
Elle ne constitue toutefois pas, en elle-même, une nouvelle règle de construction ou une modification immédiate de la constructibilité des terrains.
L’enjeu des douze prochains mois sera précisément de franchir ce passage entre connaissance scientifique et action territoriale. La portée de RISC-RA dépendra désormais de la manière dont ses résultats seront repris dans les documents de planification, les projets d’infrastructure et les décisions d’investissement.









