Dans le BTP martiniquais, les choix d’investissement ne dépendent plus uniquement des besoins de chantier ou du renouvellement du matériel. Exonérations fiscales, crédits d’impôt, allègements sociaux ou dispositifs d’aide à l’investissement influencent désormais directement la manière dont les entreprises structurent leur développement.
Au Salon des Bâtisseurs 2026, Steven PRUDENT, expert-comptable, commissaire aux comptes et vice-président de l’Ordre des experts-comptables de Martinique, est revenu sur les principaux mécanismes mobilisables par les entreprises du secteur.
ZFANG : des exonérations devenues centrales pour les entreprises du secteur
Une large partie de l’intervention est consacrée à la Zone Franche d’Activité Nouvelle Génération (ZFANG), présentée comme l’un des principaux dispositifs fiscaux applicables aux entreprises implantées dans les départements d’outre-mer.
Le secteur du BTP y figure explicitement parmi les activités éligibles. Steven Prudent rappelle notamment que les entreprises concernées peuvent bénéficier :
- d’un abattement de 50 % sur les bénéfices imposables dans le régime de droit commun,
- ou d’un abattement renforcé pouvant atteindre 80 % pour certaines activités spécifiques du bâtiment et des travaux publics.
Ces mécanismes concernent aussi bien les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés, celles relevant de l’impôt sur le revenu, ainsi que certaines micro-entreprises sous conditions.
La conférence montre également que le dispositif dépasse largement la seule question du bénéfice imposable. Les entreprises peuvent aussi bénéficier d’abattements sur la cotisation foncière des entreprises (CFE), ainsi que sur la taxe foncière des propriétés bâties.
Dans certains cas, l’abattement sur la CFE peut atteindre 100 %, avec un plafond fixé à 150 000 euros par an.
À travers ces mécanismes, l’intervention montre à quel point la fiscalité locale influence désormais directement la rentabilité des entreprises du secteur.

Crédit d’impôt, défiscalisation : des arbitrages devenus stratégiques
La conférence insiste ensuite sur les différents outils d’aide à l’investissement disponibles pour les entreprises du BTP.
Steven Prudent détaille notamment les mécanismes de déduction fiscale à l’impôt sur les sociétés, crédit d’impôt, ou encore défiscalisation via des sociétés de portage spécialisées.
L’intervenant prend plusieurs exemples concrets d’investissements productifs, notamment l’acquisition d’engins ou de matériel de chantier.
Pour une entreprise qui réalise un investissement neuf de 50 000 euros, deux options principales peuvent être envisagées :
- déduire directement le montant de l’investissement du résultat imposable,
- ou solliciter le mécanisme de crédit d’impôt prévu par l’article 244 quater W du CGI.
Dans ce second cas, l’administration fiscale peut rembourser jusqu’à 35 % du montant investi.
La conférence montre ainsi que les entreprises arbitrent désormais leurs investissements en fonction de leur régime fiscal, de leur trésorerie, de leur niveau d’imposition, mais aussi des délais de remboursement et des contraintes administratives associées.
Steven Prudent évoque également le recours à des SNC de défiscalisation, régulièrement utilisées dans les Outre-mer. Ces structures permettent à des investisseurs privés de financer du matériel productif ensuite loué à des entreprises du BTP, réduisant ainsi le coût d’accès aux équipements pour l’utilisateur final.
L’intervenant rappelle toutefois que seuls les investissements directement liés à l’activité productive sont réellement éligibles. Certains équipements, comme les véhicules de tourisme ou le matériel non considéré comme productif, restent exclus ou fortement encadrés.
Des aides conditionnées à une rigueur administrative croissante
L’un des points les plus marquants de la conférence concerne les exigences administratives liées à ces dispositifs.
Steven Prudent insiste à plusieurs reprises sur la nécessité :
- d’être à jour de ses obligations déclaratives,
- de déposer correctement ses comptes annuels,
- de respecter les formulaires fiscaux,
- et de suivre précisément les règles d’éligibilité.
Concernant le crédit d’impôt, il rappelle notamment que plusieurs demandes ont déjà été rejetées pour des entreprises n’ayant pas déposé leurs comptes au greffe dans les délais réglementaires.
L’intervention montre ainsi que l’accès aux aides repose désormais autant sur :
- la qualité de gestion administrative,
- que sur l’investissement lui-même.
Le cadre européen ajoute également une couche supplémentaire de complexité. La conférence revient notamment sur le règlement européen dit “de minimis”, qui plafonne les aides publiques à 300 000 euros sur trois années glissantes.
Les entreprises doivent donc suivre précisément l’ensemble des aides déjà perçues afin d’éviter les risques de dépassement ou de reprise fiscale.
Steven Prudent recommande d’ailleurs aux entreprises de construire une véritable stratégie d’investissement en amont :
- cartographie des projets,
- choix du régime fiscal,
- articulation avec les aides locales,
- conformité européenne,
- et calendrier de mise en service des équipements.
LODEOM : un levier social toujours déterminant dans le BTP
La conférence aborde également le dispositif LODEOM, qui reste l’un des principaux mécanismes d’allègement social pour les entreprises ultramarines.
Le secteur du BTP figure là encore parmi les activités explicitement éligibles.
Le mécanisme permet :
- une exonération totale des charges patronales jusqu’à 1,3 SMIC,
- puis une exonération dégressive entre 1,3 et 2,2 SMIC.
Mais là encore, l’accès au dispositif reste conditionné au respect des obligations déclaratives, à la régularité des paiements sociaux, et à l’absence de condamnations liées au travail dissimulé ou à la fraude.
Pour les entreprises du bâtiment, où les tensions sur la main-d’œuvre restent importantes, l’intervention rappelle aussi le retour des aides à l’apprentissage depuis mars 2026.
Le montant de l’aide peut atteindre :
- 5 000 euros par apprenti,
- et jusqu’à 6 000 euros pour l’embauche d’un apprenti en situation de handicap.
Là encore, les aides restent conditionnées au respect des obligations administratives, notamment la transmission correcte des contrats et des DSN.
Un modèle économique fortement lié aux dispositifs ultramarins
À travers cette conférence, une idée ressort clairement : dans le BTP martiniquais, les dispositifs fiscaux et sociaux influencent désormais directement les stratégies d’investissement, de recrutement et de développement des entreprises.
Exonérations sur les bénéfices, allègements de charges, crédits d’impôt, défiscalisation ou aides à l’apprentissage participent progressivement à l’équilibre économique de nombreuses structures du secteur.
Mais l’intervention montre aussi que ces mécanismes supposent une gestion de plus en plus rigoureuse suivi administratif, conformité déclarative, respect des règles européennes, et anticipation fiscale deviennent aujourd’hui des composantes à part entière du pilotage des entreprises du BTP en Martinique.









