ARMOS Martinique, la voix commune du logement social

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    Créée le 29 juin 2026 par cinq bailleurs sociaux et trois aménageurs, l’Association régionale des maîtres d’ouvrage sociaux de Martinique veut porter une parole commune sur la production, la réhabilitation et le financement du logement social. Elle naît alors que près de 15 800 ménages attendent un logement, que le parc n’a progressé que de 69 unités en un an et que plus de 300 millions d’euros de travaux doivent être transformés en marchés puis en chantiers. Pour les habitants comme pour le BTP, l’utilité de cette nouvelle instance se mesurera désormais à ses résultats.

    Par Philippe Pied

    Les principaux chiffres

    Indicateur Donnée Période et portée
    Ménages en attente 15 800 Estimation communiquée en juillet 2026
    Parc locatif social 35 510 Logements recensés au 1er janvier 2025
    Mises en service 40 Logements entrés dans le parc en 2024, contre 499 en 2023
    Programme annoncé Plus de 300 M€ 52 opérations et 3 036 logements, dont 1 890 à réhabiliter

    Huit acteurs autour de la même table

    La création de l’ARMOS Martinique donne au secteur une structure régionale dédiée à la coopération et à la représentation collective. Les cinq bailleurs fondateurs sont la Société Martiniquaise d’HLM, la SIMAR, Ozanam, la SEMAAG et la SEMSAMAR. DEFIA, la SEMA et SOAME représentent le volet aménagement.

    Cette composition associe la gestion du parc, la maîtrise d’ouvrage et l’aménagement, trois fonctions qui doivent être coordonnées pour faire sortir les opérations.

    La présidence a été confiée à Prescilla Rascar Moutoussamy, directrice générale de la Société Martiniquaise d’HLM. Nicolas Gauvin, de SOAME, occupe la vice-présidence. Antoine Roffiaen, pour Ozanam, est secrétaire, tandis que Jean-Luc Galy, pour la SIMAR, assure la trésorerie. Ce bureau traduit la volonté de partager la gouvernance entre bailleurs et aménageurs plutôt que de limiter l’association à une simple enceinte de concertation. La composition du bureau a été précisée par Brayen Sooranna, directeur des Outre-mer de l’Union sociale pour l’habitat.

    Les missions rendues publiques couvrent quatre champs complémentaires : représenter les membres auprès des institutions locales et nationales, construire une stratégie partagée, mutualiser les connaissances et les analyses, puis organiser le dialogue avec les collectivités, l’État et les acteurs de l’habitat.

    L’ARMOS n’est donc pas un bailleur supplémentaire. Elle n’a pas vocation à se substituer aux organismes qui financent, construisent et gèrent les logements. Son rôle est de rendre leur action plus lisible, plus cohérente et plus audible. La publication de la SIMAR présente cette coordination comme la première ambition de la nouvelle structure.

    Avec seulement 40 logements mis en service en 2024, la création de l’ARMOS intervient au moment où la production doit repartir.

    Une demande toujours plus forte

    La nouvelle association se met en place dans un contexte de forte tension. Selon les éléments communiqués lors du déplacement de l’Union sociale pour l’habitat et de la Fédération nationale des associations régionales d’organismes d’habitat social, près de 15 800 ménages étaient en attente d’un logement social en Martinique au milieu de l’année 2026.

    La demande progresse alors même que la population martiniquaise diminue. Ce paradoxe s’explique par le fait que le besoin en logements ne suit pas mécaniquement l’évolution du nombre d’habitants.

    La baisse de la taille des ménages, le vieillissement, le départ d’une partie des jeunes actifs, la fragilité des revenus et la difficulté à accéder au parc privé transforment la demande. Les besoins portent aussi sur la localisation, le niveau de loyer, l’accessibilité et la taille des logements.

    Un parc important peut donc coexister avec une attente très longue lorsqu’il tourne peu ou répond imparfaitement aux profils des demandeurs.

    Au 1er janvier 2025, la DEAL recensait 35 510 logements locatifs sociaux, soit 69 de plus qu’un an auparavant. Le parc représente environ 21 % des résidences principales, une proportion supérieure à la moyenne nationale.

    Pourtant, seulement 40 logements ont été mis en service en 2024, contre 499 l’année précédente, soit une chute de 92 %. Le même relevé comptabilisait 1 121 logements vacants. La vacance structurelle, correspondant aux logements inoccupés depuis plus de trois mois, restait proche de 2 % des logements proposés à la location.

    La remise en location des logements mobilisables est un levier utile, mais elle reste sans commune mesure avec l’ampleur de la demande. Ces données sont issues du répertoire du parc locatif social publié par la DEAL Martinique.

    Construire et réhabiliter en même temps

    La réponse ne peut pas se limiter à relancer la construction neuve. Sur les 3 036 logements compris dans la programmation présentée aux entreprises du BTP en février 2026, 1 146 concernent des constructions et 1 890 des réhabilitations.

    Près de deux logements sur trois relèvent ainsi du patrimoine existant. Cette répartition traduit l’état d’un parc qui doit être entretenu, renforcé et adapté tout en continuant à accueillir ses locataires.

    Les travaux portent sur la sécurité parasismique, la performance énergétique, l’accessibilité, le vieillissement des équipements et l’adaptation des logements à une population plus âgée. Ils doivent aussi tenir compte des risques naturels, du changement climatique et, dans certains secteurs, des conséquences des échouements de sargasses.

    En site occupé, ces opérations exigent un phasage précis, une forte coordination des entreprises et un accompagnement des habitants.

    L’ARMOS peut apporter une valeur concrète en partageant les diagnostics, les solutions techniques éprouvées et les retours d’expérience. Une doctrine commune sur certains travaux récurrents pourrait éviter de recommencer les mêmes études, sécuriser les consultations et donner davantage de visibilité aux entreprises.

    Les choix resteront propres à chaque maître d’ouvrage, mais la mutualisation peut réduire les délais et améliorer la qualité des programmes.

    Le foncier constitue l’autre point de blocage. Les organismes Hlm ont besoin de terrains disponibles, viabilisés et compatibles avec les documents d’urbanisme, les risques et les réseaux.

    L’association devra donc travailler avec la Collectivité territoriale de Martinique, les intercommunalités, les communes, les établissements fonciers et les services de l’État. Sans ingénierie et sans maîtrise foncière en amont, les financements disponibles ne suffisent pas à faire démarrer les chantiers.

    Pour le BTP, l’enjeu est de transformer plus de 300 millions d’euros de projets annoncés en marchés attribués et en chantiers réels.

    Une programmation décisive pour le BTP

    La création de l’ARMOS intervient au moment où le logement social est présenté comme l’un des principaux leviers de relance du bâtiment en Martinique.

    En février 2026, 52 opérations prêtes à être engagées ont été annoncées, pour plus de 300 millions d’euros de travaux. Elles portent sur 3 036 logements, auxquels s’ajoutent environ 36 millions d’euros consacrés chaque année à l’entretien courant, au gros entretien, aux remplacements de composants et aux travaux de relocation.

    L’ensemble représente près de 340 millions d’euros de commande potentielle.

    L’État doit contribuer à hauteur de 87 millions d’euros, principalement par la ligne budgétaire unique, les crédits d’impôt et le fonds Barnier pour le confortement parasismique.

    Ce soutien reste déterminant pour équilibrer des opérations renchéries par le coût des matériaux, le transport, les normes, les taux d’intérêt et les contraintes propres aux chantiers insulaires. Les bailleurs doivent parallèlement préserver des loyers compatibles avec les ressources des ménages.

    Ces opérations et leur financement ont été présentés en détail dans Bâtisseurs en février 2026.

    Un premier point d’étape publié par la DEAL à la fin d’avril 2026 montrait que cinq opérations de construction neuve, représentant 201 logements, avaient démarré ou reçu un ordre de service.

    Deux opérations de réhabilitation de la SIMAR, concernant 148 logements, avaient également franchi ce cap. Ces résultats confirment un début de concrétisation, mais ils montrent aussi la distance qui reste à parcourir pour engager l’ensemble de la programmation. La DEAL souligne également une augmentation du nombre de réponses sur certains lots jusque-là en tension.

    Pour une filière fragilisée, cette visibilité est essentielle. Étienne Desplanques, préfet de la Martinique, a rappelé en février que le BTP représente environ 6 à 7 % des entreprises martiniquaises, mais entre 15 et 20 % des défaillances observées ces dernières années.

    Une programmation consolidée par l’ARMOS permettrait aux entreprises d’anticiper leurs recrutements, leurs achats, leurs besoins de trésorerie et, lorsque la taille des marchés l’exige, la constitution de groupements.

    Des marchés plus accessibles aux entreprises

    Le problème ne tient pas seulement au nombre de projets. Plusieurs consultations reçoivent peu de réponses, parfois aucune, notamment sur certains lots de gros œuvre ou de second œuvre.

    Des entreprises renoncent en raison de leur trésorerie, des garanties demandées, de l’évolution des prix ou de dossiers jugés trop complexes. À l’inverse, des offres anormalement basses peuvent conduire à des défaillances et à des reprises de chantier coûteuses.

    Le dialogue engagé entre les bailleurs et la Fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Martinique a déjà fait émerger plusieurs pistes :

    • généraliser les prix révisables lorsque la durée du chantier le justifie ;
    • mieux calibrer les avances versées aux entreprises ;
    • adapter les retenues de garantie ;
    • améliorer les délais de validation des situations de travaux ;
    • publier les prévisions de marchés par corps d’état ;
    • faciliter les groupements d’entreprises ;
    • expérimenter des macro-lots dans les opérations de réhabilitation.

    L’ARMOS peut devenir le lieu où ces engagements sont suivis et, lorsque le droit de la commande le permet, rapprochés entre organismes.

    Cette harmonisation ne doit pas réduire la concurrence ni uniformiser artificiellement les opérations. Elle doit rendre les règles plus prévisibles et les consultations plus lisibles.

    Pour les petites et moyennes entreprises, connaître plusieurs mois à l’avance le volume de marchés, les qualifications nécessaires et le calendrier prévisionnel peut faire la différence entre une absence de réponse et une offre solide.

    Une voix martiniquaise au niveau national

    L’un des apports majeurs de l’ARMOS sera de relier plus directement les acteurs martiniquais au réseau national du Mouvement Hlm.

    Jean-Luc Vidon, président de la Fédération nationale des associations régionales et vice-président de l’Union sociale pour l’habitat, ainsi que Brayen Sooranna, directeur des Outre-mer de l’Union sociale pour l’habitat, ont accompagné la création de la structure. La FNAR et l’USH ont annoncé leur soutien à son développement.

    Cette représentation nationale compte au moment où le financement du logement social ultramarin est sous tension.

    Les paramètres conçus pour l’Hexagone rendent imparfaitement compte des surcoûts, des risques, de la rareté foncière et de la situation sociale des territoires ultramarins. Une parole commune permettra de documenter ces écarts et de défendre des demandes précises sur la ligne budgétaire unique, le financement de la réhabilitation, le confortement parasismique, l’adaptation climatique et l’ingénierie foncière.

    Brayen Sooranna insiste notamment sur la nécessité de sécuriser durablement les financements pour répondre aux besoins des ménages en attente. Jean-Luc Vidon considère, pour sa part, que l’association doit améliorer le dialogue entre les bailleurs et leurs partenaires publics et privés. Leurs analyses ont été présentées à l’issue de leur déplacement auprès des acteurs martiniquais du logement.

    À l’échelle locale, l’association pourra aussi devenir un interlocuteur identifié pour la Collectivité territoriale de Martinique, les trois intercommunalités, les communes, la Banque des Territoires, Action Logement, les chambres consulaires, les organisations professionnelles et les services de l’État.

    L’intérêt est de présenter un diagnostic partagé avant les arbitrages, au lieu d’additionner des demandes dispersées.

    Les résultats attendus

    Les communications publiées lors de la création de l’ARMOS définissent ses grandes missions, mais elles ne détaillent pas encore son calendrier de travail, ses moyens, son budget ni ses objectifs chiffrés.

    La création juridique et la composition du bureau constituent donc un point de départ. La crédibilité de l’association dépendra des outils qu’elle mettra rapidement à la disposition de ses membres, des entreprises et des décideurs publics.

    Un premier livrable utile serait une programmation consolidée et régulièrement actualisée des opérations, avec pour chacune :

    • le nombre de logements concernés ;
    • le montant estimé des travaux ;
    • le mode de dévolution retenu ;
    • les différents lots ;
    • la date prévisionnelle de consultation ;
    • la date prévue de démarrage.

    Un tableau de bord commun devrait ensuite suivre les logements financés, les marchés lancés, les marchés attribués, les ordres de service, les livraisons, les réhabilitations achevées, les lots infructueux et les délais de paiement.

    Cette transparence permettrait de distinguer les annonces des travaux réellement exécutés.

    L’ARMOS devra également produire des analyses sur la demande, la vacance, la rotation, les typologies recherchées et les besoins par territoire. Ces données sont indispensables pour éviter de raisonner uniquement en nombre global de logements.

    Construire au bon endroit, au bon niveau de loyer et avec la bonne typologie compte autant que le volume produit.

    Enfin, l’association ne pourra pas résoudre seule la pénurie foncière, la baisse des financements, le manque d’entreprises sur certains lots ou les difficultés de trésorerie du BTP. Elle peut toutefois éviter que ces problèmes soient traités séparément et trop tard.

    Pour les 15 800 ménages en attente, le résultat attendu reste simple : davantage de logements attribuables et adaptés. Pour les entreprises, il s’agit d’obtenir une commande visible, accessible et effectivement engagée.

    ARMOS Martinique en bref

    • Création : 29 juin 2026.
    • Bailleurs fondateurs : Société Martiniquaise d’HLM, SIMAR, Ozanam, SEMAAG et SEMSAMAR.
    • Aménageurs fondateurs : DEFIA, SEMA et SOAME.
    • Présidente : Prescilla Rascar Moutoussamy.
    • Vice-président : Nicolas Gauvin.
    • Secrétaire : Antoine Roffiaen.
    • Trésorier : Jean-Luc Galy.
    • Missions : représentation collective, stratégie partagée, mutualisation des connaissances et dialogue avec les partenaires de l’habitat.