Finances locales en MARTINIQUE : les intercommunalités accélèrent, les communes restent en retrait

0
qerhsjtsrykdtukrikty

En 2025, les communes martiniquaises ont consacré 18 € à l’investissement pour 100 € de recettes courantes, presque deux fois moins que dans l’Hexagone. Les trois intercommunalités de l’île ont, elles, porté ce ratio à 40 %. C’est le principal enseignement de la 6e édition de l’Observatoire des communes publié par l’Agence française de développement (AFD).

L’Observatoire s’appuie sur les données de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), qui portent sur les comptes 2025 des 34 communes et des trois EPCI (CACEM, CAESM et CAP Nord). Il dresse le portrait de collectivités globalement solvables.

Pour les entreprises qui vivent de la commande publique, il montre surtout que ces marges ne se transforment pas en chantiers au même rythme selon le niveau de collectivité.


Des communes solides mais en retrait

Le taux d’effort mesure le rapport entre les dépenses d’investissement et les recettes de fonctionnement. Celui des communes martiniquaises atteint 18 % en 2025, en hausse de 2,3 points. Il reste loin de La Réunion (26 %), de la Guyane (31 %) et de l’Hexagone (33 %), sans parler de Mayotte (59 %). Seule la Guadeloupe fait moins bien, avec 16 %.

La tendance est pourtant à la reprise. Les investissements communaux avaient atteint 119 M€ en 2023 avant de reculer en 2024 ; ils remontent à 126 M€ en 2025. Par habitant, les dépenses d’investissement progressent de 13,9 %. L’AFD y voit la marque du cycle municipal : les réalisations tendent à se concentrer en fin de mandat, et des élections étaient prévues en 2026.

Une capacité d’autofinancement en baisse

Cette relance repose sur une base qui se fragilise. Les dépenses de fonctionnement augmentent de 1,6 %, tandis que les recettes stagnent (-0,1 %). L’épargne brute, c’est-à-dire ce qui reste une fois les charges courantes payées, recule donc de 14,5 %, à 161 € par habitant.

La masse salariale pèse lourd : 1 084 € par habitant, soit près des deux tiers des dépenses de fonctionnement, contre 660 € en moyenne dans l’Hexagone. L’AFD souligne que ce poste est long et complexe à réduire, en raison des règles de la fonction publique territoriale.

Côté financement, l’Observatoire rappelle que les communes n’autofinancent en moyenne qu’environ 30 % de leurs investissements. Le reste provient de l’État, de la Collectivité territoriale de Martinique et de l’Union européenne. Ce ratio est toutefois calculé sur plusieurs années. En 2025, les recettes d’investissement des communes reculent de 12,9 %, à 196 € par habitant, alors que les dépenses atteignent 345 €.

Intercommunalités : un taux d’effort porté à 40 %

Le contraste est net avec les EPCI dont les dépenses d’investissement bondissent de 71,8 %, à 278 € par habitant. Leur taux d’effort passe de 23 % à 40 % en un an, au-dessus de celui des intercommunalités hexagonales (37 %). Dans le même temps, leurs recettes d’investissement font plus que doubler (+121,5 %).

Le détail invite toutefois à la prudence. Les dépenses d’équipement, qui correspondent aux travaux et aux acquisitions durables, progressent de 41,7 %, à 206 € par habitant.

Une autre partie de la hausse provient d’une ligne « autres dépenses d’investissement » qui atteint 60 € par habitant. Ce montant a été multiplié par plus de 15, et l’Observatoire n’en précise pas la nature.

Le document rappelle que les EPCI exercent des compétences qui exigent de lourds investissements : eau potable, assainissement, déchets et aménagement. Il ne ventile pourtant pas les dépenses 2025 par domaine ni par intercommunalité. Comme celle des communes, l’épargne des EPCI recule, de 8,5 %.

Une dette contenue, des marges à mobiliser

Sur l’endettement, les indicateurs sont rassurants. La dette des communes s’élève à 325 M€ fin 2025, soit 4 M€ de moins qu’en 2023. Elle pourrait être remboursée en 5,5 ans en y consacrant toute l’épargne, loin du seuil d’alerte de 12 ans cité par l’Observatoire. Celle des intercommunalités, de 85 M€, a reculé de 10 M€ en un an, pour une capacité de désendettement de trois ans.

Pour l’AFD, qui finance elle-même des collectivités, ces marges permettraient de recourir davantage à l’emprunt, selon la situation propre à chaque collectivité. L’agence identifie aussi des freins : les délais de versement des subventions et les besoins de trésorerie qui en découlent. Parmi les solutions, elle cite des avances de type préfinancement relais, qui sécurisent la trésorerie en attendant le versement effectif des aides.

Les prochains exercices budgétaires, les premiers des équipes municipales élues en 2026, diront si ces capacités se traduisent en chantiers.


OBSERVAOITREAFD GUYANE

CONSULTER ICI L’OBSERVATOIRE DES COMMUNES DE MARTINIQUE