Réunis à Sainte-Lucie jusqu’au 3 septembre, experts et organismes de la CARICOM travaillent à la mise à jour du code régional d’efficacité énergétique des bâtiments. Un chantier à suivre de près en Martinique, au moment où la Collectivité dispose désormais de nouvelles compétences pour adapter la réglementation énergétique et thermique à son territoire.
Depuis le 31 août et jusqu’au 3 septembre 2026, Sainte-Lucie accueille une réunion technique consacrée à la révision du CARICOM Regional Energy Efficiency Building Code, le CREEBC. Organisée au Harbor Club, elle rassemble des spécialistes de la construction, de l’ingénierie et de l’efficacité énergétique venus de plusieurs États de la Caraïbe.
Parmi les participants figurent notamment la CARICOM Regional Organisation for Standards and Quality, CROSQ, le Caribbean Centre for Renewable Energy and Energy Efficiency, CCREEE, la Banque mondiale, le Bureau des normes de Sainte-Lucie, les organismes nationaux de normalisation des pays membres ainsi qu’une équipe de Deloitte chargée de travaux sur les performances énergétiques des bâtiments.
L’objectif n’est pas de revoir l’ensemble des normes de construction caribéennes, mais de moderniser les règles concernant la consommation d’énergie des bâtiments.
Des règles adaptées au climat tropical
Le CREEBC n’est pas nouveau. Adopté au niveau régional en 2018, il s’appuie notamment sur l’International Energy Conservation Code, IECC 2018, mais a été adapté aux réalités climatiques et constructives de la Caraïbe. Il concerne aussi bien les bâtiments résidentiels que commerciaux.
Le code traite notamment de l’enveloppe des bâtiments, murs, toitures, vitrages et ouvertures, mais également des systèmes de refroidissement et de ventilation, de l’éclairage, de la production d’eau chaude et plus généralement des équipements consommateurs d’énergie.
Dans les territoires tropicaux, cette question est particulièrement importante. Concevoir un bâtiment qui limite les apports de chaleur, favorise la ventilation naturelle ou utilise des équipements de climatisation performants peut réduire considérablement sa consommation électrique tout au long de sa durée de vie.
La Banque mondiale souligne d’ailleurs que la climatisation peut représenter jusqu’à 60 % de la consommation électrique dans certains pays de la Caraïbe. Dans une région où l’électricité reste largement dépendante des combustibles fossiles importés et où son coût figure parmi les plus élevés au monde, l’efficacité énergétique des bâtiments constitue donc également un enjeu économique.
De nouveaux seuils de performance à définir
La réunion de Sainte-Lucie doit notamment examiner les « Minimum Energy Performance Standards », MEPS, c’est-à-dire des niveaux minimaux de performance énergétique applicables aux bâtiments.
Les experts doivent revoir et, si nécessaire, modifier les standards proposés dans une étude conduite par Deloitte sur les bâtiments publics et commerciaux des États membres de la CARICOM.
Ils doivent également actualiser le CREEBC lui-même, préparer les documents permettant son application dans les différents pays et étudier les modalités concrètes de sa mise en œuvre.
C’est un point essentiel. Un code régional ne produit réellement ses effets que lorsqu’il est adopté et traduit dans les réglementations nationales. CROSQ indique que plusieurs États membres ont engagé ce processus d’intégration dans leur législation.
La question n’est donc plus seulement de définir ce qu’est un bâtiment énergétiquement performant, mais de déterminer comment transformer ces principes en obligations techniques applicables aux architectes, bureaux d’études, maîtres d’ouvrage, constructeurs et gestionnaires de bâtiments.
Un sujet qui intéresse directement la Martinique
La Martinique n’est pas soumise au CREEBC de la CARICOM. Elle relève du droit français et de dispositions spécifiques applicables aux territoires ultramarins.
Depuis 2025, le Code de la construction et de l’habitation prévoit notamment que les bâtiments d’habitation neufs en Martinique doivent être conçus pour limiter le recours à la climatisation, grâce notamment à la protection solaire et à la ventilation naturelle.
Mais le contexte a profondément évolué en 2026.
La loi du 30 juin 2026 habilite désormais l’Assemblée de Martinique à adopter des dispositions spécifiques en matière d’énergie. Le texte mentionne expressément la maîtrise de la demande en énergie, le développement des énergies renouvelables, la mobilité durable et, surtout, « la réglementation thermique des bâtiments ».
Cette nouvelle capacité normative donne une résonance particulière aux travaux conduits actuellement par les voisins caribéens.
La Martinique pourrait ainsi avoir intérêt à observer les solutions retenues par la CARICOM sur des problématiques qu’elle partage directement avec Sainte-Lucie, la Dominique, la Barbade ou Trinidad-et-Tobago, fort ensoleillement, chaleur, humidité, besoin de ventilation, recours important à la climatisation, coût de l’électricité et nécessité de réduire la consommation énergétique.
Vers une approche véritablement caribéenne du bâtiment ?
La révision du CREEBC pose finalement une question plus large : comment construire dans la Caraïbe en tenant réellement compte du climat caribéen ?
Pendant longtemps, une partie des modèles constructifs et énergétiques a été importée de pays aux conditions climatiques très différentes. La recherche d’une meilleure performance suppose au contraire de travailler sur l’orientation des bâtiments, la protection des façades, les toitures, les matériaux, la ventilation naturelle, l’éclairage, les équipements de climatisation et leur dimensionnement.
La CARICOM cherche aujourd’hui à harmoniser ces exigences afin de disposer d’un socle commun régional.
Pour la Martinique, les conclusions de Sainte-Lucie pourraient donc constituer davantage qu’une simple actualité de coopération caribéenne. Au moment où le territoire obtient la possibilité de définir certaines de ses propres règles énergétiques, elles pourraient aussi fournir des éléments de comparaison pour réfléchir à une réglementation du bâtiment davantage adaptée aux réalités climatiques, énergétiques et économiques de l’île.









