Comment continuer à aménager les villes réunionnaises sans aggraver le ruissellement et les îlots de chaleur ? Un document d’étude et retours d’expériences par la DEAL, en partenariat avec le CAUE de La Réunion, apporte des réponses concrètes à travers un ensemble de recommandations adaptées au territoire.
Des cours d’école aux parkings, en passant par les voiries, les logements et les espaces publics, le document analyse les solutions permettant de redonner aux sols leur capacité d’infiltration. Une évolution devenue stratégique sur une île exposée aux pluies extrêmes, aux inondations, aux fortes chaleurs et à une urbanisation contrainte par le relief.
Une urbanisation qui accentue les risques liés à l’eau et à la chaleur
L’imperméabilisation accompagne depuis plusieurs décennies le développement des villes. Routes, parkings, cours d’école, zones commerciales et espaces résidentiels ont progressivement recouvert les sols de béton, d’enrobé ou de bitume.
Ces revêtements empêchent l’eau de pluie de pénétrer naturellement dans le sol. Lors des épisodes pluvieux intenses, les volumes ruissellent plus rapidement vers les réseaux, les ravines et les secteurs situés en aval. Cette situation augmente les risques de saturation des ouvrages d’évacuation, d’inondation, d’érosion et, dans certaines zones, de glissement de terrain.
Le phénomène est particulièrement sensible à La Réunion. L’île alterne fortes pluies saisonnières et périodes de sécheresse, tandis que les épisodes cycloniques peuvent produire des précipitations considérables dans un temps très court. Près de 200 000 personnes vivent par ailleurs en zone inondable, principalement sur le littoral et les mi-pentes, où se concentre une grande partie de l’urbanisation.
La minéralisation contribue aussi à la formation d’îlots de chaleur. Les surfaces sombres absorbent l’énergie solaire pendant la journée et la restituent durant la nuit. Dans les secteurs urbains denses, la réduction de la végétation et de l’évaporation naturelle dégrade le confort thermique et peut accroître les besoins en climatisation.
Désimperméabiliser répond ainsi à plusieurs objectifs :
- ralentir les eaux pluviales,
- préserver leur qualité,
- favoriser la recharge des nappes,
- réduire la chaleur urbaine
- et restaurer certaines fonctions écologiques des sols.
Une intervention qui ne se limite pas à retirer le bitume
Remplacer une surface étanche par un revêtement poreux ne suffit pas à garantir le bon fonctionnement d’un aménagement. La capacité d’infiltration dépend d’abord de la nature du sol, de son état, de la pente et de la circulation de l’eau à l’échelle du site.
Les sols réunionnais disposent, lorsqu’ils ne sont pas artificialisés, d’une porosité estimée entre 50 et 60 % et d’une réserve en eau utile élevée. Leurs comportements restent toutefois variables. Les sols bruns et argileux infiltrent difficilement, tandis que les sols andiques sont généralement plus perméables, mais peuvent perdre une partie de leurs performances lorsqu’ils sont compactés.
Le relief constitue une autre contrainte majeure. Environ la moitié de la superficie de l’île présente une pente comprise entre 10 et 30 %. Sur un terrain plat et filtrant, l’eau peut être infiltrée directement. Sur un sol argileux, des ouvrages de stockage temporaire peuvent être nécessaires. Sur les fortes pentes, il faut plutôt ralentir les écoulements à l’aide de terrasses, de noues transversales ou de bandes végétalisées afin de limiter l’érosion.
Avant les travaux, l’étude recommande donc d’analyser l’hydrologie, la composition du sol, son niveau de compactage, les pollutions éventuelles, la végétation existante, les usages et les réseaux enterrés. Les opérations menées sur des sites déjà aménagés sont particulièrement complexes : elles peuvent révéler d’anciennes fondations, des ouvrages non répertoriés ou des sols dégradés.
Le raisonnement doit également dépasser les limites de la parcelle. Une solution qui évacue rapidement l’eau d’un projet peut déplacer le problème et aggraver le ruissellement en aval. La gestion des eaux pluviales doit ainsi être pensée à l’échelle du bassin versant et articuler plusieurs ouvrages complémentaires.
Des solutions à combiner selon les usages
La ville perméable repose d’abord sur des dispositifs simples, souvent fondés sur la topographie et la végétation. Les noues recueillent l’eau dans des dépressions peu profondes et plantées. Les jardins de pluie, bassins paysagers et fossés d’infiltration assurent temporairement son stockage avant qu’elle ne rejoigne progressivement le sol.
Ces espaces peuvent remplir plusieurs fonctions. En plus de la gestion hydraulique, ils créent de l’ombre, améliorent le paysage, soutiennent la biodiversité et séparent les différents usages dans les rues, les parkings ou les ensembles résidentiels.
Les arbres occupent une place centrale. Leurs racines contribuent à maintenir la porosité du sol, tandis que leurs feuillages interceptent une partie des précipitations et réduisent l’échauffement des surfaces. Leur implantation doit cependant être anticipée : volume de terre disponible, choix des essences, proximité des réseaux et résistance aux vents cycloniques conditionnent leur pérennité.
Les infrastructures elles-mêmes peuvent participer au stockage de l’eau. Les chaussées à structure réservoir utilisent les couches situées sous la voirie ou le stationnement pour retenir temporairement les précipitations. Les dalles alvéolaires, pavés à joints larges, graviers stabilisés et bétons drainants permettent, selon les usages, de réduire la part de surfaces totalement étanches.
À La Réunion, des matériaux comme le basalte, les scories volcaniques ou la pouzzolane présentent aussi un intérêt. Leur porosité peut favoriser le drainage et leur utilisation participe à l’intégration paysagère des projets. Les matériaux issus de la déconstruction et les déchets végétaux transformés en paillage offrent également des possibilités de réemploi.
Ces solutions doivent toutefois rester compatibles avec l’accessibilité. Dans les parkings et les cheminements, certains revêtements très ouverts ou instables ne conviennent pas aux personnes à mobilité réduite, aux poussettes ou aux vélos. Le choix des matériaux doit donc concilier infiltration, résistance, sécurité et confort d’usage.
Des projets réunionnais déjà engagés
Les retours d’expérience réunis par le CAUE montrent que ces principes sont déjà appliqués à différentes échelles.
- La Possession : la transformation de la cour de l’école Auguste-Lacaussade a permis de retirer une partie des surfaces minérales et de réintroduire des espaces plantés. L’opération associe végétalisation, ombrage, gestion des eaux pluviales et nouveaux usages pédagogiques. Le chantier a également illustré les difficultés propres aux sites anciens, avec la découverte d’ouvrages enterrés pendant les travaux.
- Saint-Denis : le projet de forêt urbaine du Barachois expérimente la transformation d’un espace minéralisé en milieu densément planté. Au-delà de l’infiltration, l’objectif est de créer un îlot de fraîcheur et de tester le comportement d’une végétation diversifiée dans un environnement urbain contraint.
Le secteur du logement commence lui aussi à intégrer ces pratiques.
Dans des opérations comme La Volière à Saint-Pierre ou Les Mahots au Port, les noues, les espaces végétalisés et les stationnements perméables participent à une gestion des eaux pluviales au plus près de leur point de chute.
Ces projets montrent que le dispositif hydraulique peut devenir un élément structurant du paysage résidentiel, plutôt qu’un ouvrage technique relégué en périphérie.
L’étude couvre également des rues, des places, des cheminements doux et des friches urbaines. Elle ne présente cependant pas ces opérations comme des modèles immédiatement reproductibles. Chaque aménagement doit être adapté aux caractéristiques physiques du site, à ses usages et à ses moyens de gestion.
L’entretien, condition de la performance dans le temps
La durabilité des aménagements constitue l’un des principaux points de vigilance. Les revêtements drainants peuvent se colmater sous l’effet des poussières et des sédiments. Les noues doivent rester dégagées, les plantations être suivies et les phénomènes d’érosion contrôlés.
L’entretien doit donc être défini dès la conception, avec une répartition claire des responsabilités entre entreprises, maîtres d’ouvrage, collectivités, bailleurs ou copropriétés. Le suivi peut comprendre le désherbage, la taille, le nettoyage, le contrôle hydraulique et l’évaluation régulière de l’infiltration.
Les solutions existent déjà et plusieurs opérations réunionnaises en démontrent la faisabilité. L’enjeu est désormais de passer des projets pilotes à une pratique courante de l’aménagement.

Le Document est consultable sur le site de la DEAL Réunion









