La Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) dresse un constat préoccupant dans son bulletin de conjoncture d’avril 2026. Après un premier trimestre déjà marqué par un net ralentissement, l’activité du secteur continue de se dégrader tandis que les prises de commandes atteignent leur niveau le plus bas depuis le premier confinement de 2020.
Entre recul de la demande, hausse des coûts de production et ajustements de l’emploi, les entreprises de travaux publics évoluent dans un environnement de plus en plus contraint.
Les travaux publics poursuivent leur décrochage
Les indicateurs publiés par la FNTP témoignent d’un nouvel affaiblissement de l’activité en avril. En volume, les travaux réalisés reculent de 4,8 % sur un mois et de 11,5 % sur un an.
Depuis le début de l’année, la baisse cumulée atteint 7,9 %, ramenant le niveau d’activité du secteur à celui observé à l’été 2022.
Cette évolution prolonge la tendance observée depuis plusieurs mois et confirme l’essoufflement progressif d’un secteur qui avait jusqu’ici mieux résisté aux turbulences économiques.
La dégradation est d’autant plus significative qu’elle intervient dans un contexte où les entreprises doivent déjà composer avec des marges de manœuvre financières réduites et une visibilité limitée sur leurs perspectives de développement.
Les commandes tombent à leur plus bas niveau depuis 2020
Le signal le plus inquiétant du bulletin ne concerne toutefois pas l’activité passée, mais l’activité à venir. Les marchés conclus poursuivent leur chute et traduisent un net ralentissement de la demande.
En avril 2026, les prises de commandes affichent un recul de 15 % par rapport à avril 2025. Sur les quatre premiers mois de l’année, leur baisse atteint 17,9 % en volume.
La FNTP souligne que ces commandes sont désormais retombées à leur niveau le plus faible depuis la crise sanitaire. Dans son analyse, elle indique ainsi que : « Les prises de commandes retombent à leur point le plus bas depuis le premier confinement du printemps 2020. »
Cette situation nourrit les inquiétudes du secteur. Les marchés conclus constituent en effet un indicateur avancé de l’activité future. Lorsque les carnets de commandes se contractent durablement, les effets se répercutent généralement sur les volumes de travaux réalisés dans les mois suivants.
Un secteur confronté à un « double choc »
Pour expliquer cette dégradation, la FNTP met en avant plusieurs facteurs qui se combinent actuellement.
Le premier concerne le ralentissement de la demande. L’organisation professionnelle évoque notamment un investissement local traditionnellement plus faible dans le contexte du cycle électoral municipal.
Les collectivités territoriales, qui représentent une part importante des donneurs d’ordre des travaux publics, tendent en effet à ralentir leurs engagements à l’approche des échéances électorales.
Le second facteur concerne les coûts de production. Les tensions géopolitiques observées depuis le début de l’année et leurs conséquences sur les marchés de l’énergie et des matières premières exercent une pression supplémentaire sur les entreprises.
La FNTP résume cette situation par une formule particulièrement explicite : « Le secteur fait face à un double choc. »
D’un côté, les commandes ralentissent. De l’autre, les coûts augmentent. Entre février et mars 2026, l’index TP01, qui mesure l’évolution des coûts de production des travaux publics, a progressé de 3,1 %.
Selon la fédération, cette hausse est même supérieure à celle enregistrée en mars 2022 dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine.
L’emploi commence à s’ajuster
Les conséquences de ce ralentissement se font désormais sentir sur le marché du travail.
Les entreprises ont d’abord réduit leur recours à l’intérim, traditionnellement utilisé comme variable d’ajustement lorsque l’activité ralentit. En avril, les heures intérimaires reculent de 22,5 % sur un an. Depuis le début de l’année, la baisse atteint 17,6 %.
Les ouvriers permanents restent pour l’instant relativement préservés, mais les indicateurs montrent également un tassement. Les heures travaillées par les salariés permanents diminuent de 2,3 % sur un an et de 3,9 % en cumul depuis janvier.
Les effectifs ouvriers suivent la même trajectoire. Après plusieurs mois de résistance, ils affichent désormais une baisse de 2,4 % sur un an.
Pour la FNTP, ces évolutions traduisent l’entrée progressive du secteur dans une phase d’ajustement plus visible, conséquence directe du ralentissement de l’activité et de l’affaiblissement des carnets de commandes.
Une phase post-électorale sous surveillance
Le bulletin de conjoncture publié début juin confirme ainsi la fragilité actuelle des travaux publics en France métropolitaine.
La combinaison d’une demande en recul, de commandes au plus bas depuis le printemps 2020 et d’une remontée des coûts de production crée un contexte particulièrement défavorable pour les entreprises du secteur.
La FNTP estime d’ailleurs que les prochains mois seront déterminants. À mesure que s’ouvrira la phase post-électorale, l’évolution des investissements publics et la capacité des entreprises à absorber les tensions sur les coûts seront observées de près.
Dans l’immédiat, les indicateurs disponibles laissent entrevoir un secteur qui continue de perdre de la dynamique et dont les perspectives demeurent incertaines.

Consulter ici le bulletin de conjoncture – Avril 2026 de la FNTP









